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http://www.bretagne-environnement.org/Air-et-climat/Les-aleas-climatiques/Les-secheresses/L-impact-des-secheresses-reste-modere-en-Bretagne

 

Dernière modification le 14 juin 2007


fiche réseau de mesures

L’impact des sécheresses reste modéré en Bretagne

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Didier Cebron Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Bretagne (Draaf) , 
Gilles Pichard Centre régional de la propriété forestière de Bretagne (CRPF) , 
Thibault Vigneron Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) , 
Thierry Panaget Agence régionale de santé de Bretagne (ARS Bretagne)




A ce jour, ni les milieux aquatiques, ni la distribution d'eau potable n'ont pâti des sécheresses passées en Bretagne. Si l'agriculture est probablement aujourd'hui plus sensible aux épisodes secs, c'est surtout dans les forêts de la région que le stress hydrique a eu les conséquences les plus visibles.


D’une région à l’autre, une sécheresse ne sera pas du tout ressentie de la même façon. Les effets varient selon que l’eau destinée à nos différents usages est prélevée en surface ou dans le sous-sol, et suivant les orientations économiques du territoire sur lequel elle sévit. Du point de vue de la ressource en eau, la Bretagne est plutôt vulnérable aux sécheresses : 80 % des prélèvements d’eau ont lieu en surface et l’eau souterraine n’est pas facilement mobilisable. Mais à ce jour, il n’y a eu aucune crise majeure par manque d’eau dans la région.

L’absence de pluie diminue le débit des rivières, de même que la vitesse du courant et la hauteur d’eau. Les milieux aquatiques peuvent alors être fractionnés par des assecs, et les espèces strictement aquatiques comme les poissons doivent accéder à des zones refuges pour survivre. Elles se trouvent ainsi plus exposées à la moindre hausse de température, aux pollutions ou autres déséquilibres écologiques. Leur mort est inévitable si le cours d’eau s’assèche entièrement. « Jusqu’à présent et de façon générale, les écosystèmes aquatiques bretons ont été peu perturbés par les sécheresses passées » affirme Thibault Vigneron, ingénieur à l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques.

Cependant, les cours d’eau de l’est de la région sont plus sensibles au phénomène de sécheresse car ils possèdent des débits spécifiques beaucoup plus faibles et sont soumis à d’importantes perturbations humaines comme la modification hydraulique des bassins versants et la multiplication des plans d’eau qui accentuent les assecs. « En 2004, nous avons mené des expérimentations sur des portions de petits cours d’eau du Morbihan, asséchées au cours de l’été 2003 pour évaluer les impacts de cet épisode climatique. Les impacts constatés étaient principalement liés à la présence d’obstacles artificiels (buses, barrages) qui exacerbent le fractionnement des milieux et empêchent la recolonisation des zones asséchées. »

La capacité des milieux naturels bretons à surmonter les sécheresses est d’autant plus remarquable qu’ils sont soumis à un équilibre difficile en été : conserver suffisamment d’eau pour maintenir la vie aquatique et assurer les prélèvements destinés à la production d’eau potable. Aucune sécheresse n’a eu de conséquence sanitaire sur l’eau distribuée aux Bretons. Elle est restée suffisamment abondante et n’a pas dépassé les limites réglementaires de qualité de l’eau. Thierry Panaget, ingénieur à la direction régionale des affaires Sanitaires et Sociales de Bretagne reconnaît que « quelques problèmes de pénurie ont bien eu lieu au sud du Finistère, mais ils ont été réglés en faisant appel à des ressources de secours ».

La répartition des ressources utilisées pour la production d’eau potable, leur complémentarité ainsi que le maillage des réseaux d’adduction publique permettent dans presque toutes les situations de sécuriser – en quantité et en qualité – la distribution d’eau potable aux usagers. Il n’en va pas de même pour les îles qui sont coupées du continent. Belle-Île-en-mer a ainsi souffert d’un manque d’eau potable en 2005 et 2006, pallié par des livraisons assurées par bateau depuis Lorient.

La disparition des arbres les moins résistants

C’est finalement la végétation qui a le plus souffert des sécheresses en Bretagne. En période estivale, alors que les besoins des plantes sont au plus fort, si la réserve en eau du sol s’épuise, les plantes subissent un stress hydrique qu’elles ne peuvent pas toujours surmonter.

Carte de stress hydrique en Bretagne en 2003
Carte de stress hydrique en Bretagne en 2003

Les sécheresses de 1976 et 1988-89 ont semble-t-il signé l’arrêt de mort du sapin géant de Vancouver et du tsuga hétérophile. « Ces deux essences vivent dans une nébulosité permanente dans leur continent d’origine, l’Amérique du Nord », explique Gilles Pichard du Centre régional de la propriété forestière de Bretagne, « elles sont aujourd’hui en voie de disparition en Bretagne ».

Les arbres affaiblis par le stress hydrique sont sujets à des attaques parasitaires comme la graphiose de l’orme. Les étés secs sont d’autant plus préjudiciables qu’ils sont rapprochés dans le temps et qu’ils s’accompagnent de canicules. Les peuplements de Sapins pectinés, introduits probablement au XVIIe siècle, et même ceux de hêtres - pourtant une essence autochtone - ont ainsi connu des pertes importantes depuis 1976 car il s’agit d’espèces de basses montagnes.

L'agriculture bretonne, alors qu’elle souffrait moins des sécheresses avant les années 1980, est sans doute devenue plus sensible au manque d'eau au fur et à mesure de son intensification, mais une étude statistique doit être menée pour valider cette hypothèse. A ce jour, l'irrigation est une pratique qui reste peu répandue dans la région. Elle n'utilise qu'un peu plus de 4 % de l'ensemble des prélèvements d'eau, essentiellement pour les cultures légumières, et, dans une moindre mesure, pour les cultures de maïs et les prairies agraires. Ces prélèvements n'ont qu'un impact faible sur les débits des cours d'eau lors des périodes les plus sèches de l'année.