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http://www.bretagne-environnement.org/Dechets/La-gestion-des-dechets-agricoles-et-organiques/L-epandage-des-dechets-organiques-et-ses-impacts-sur-l-eau-et-l-air
Dernière modification le 24 mars 2009
Rédigé par :
Alice Aubert (GIPBE)
En collaboration avec :
Armelle Gac
(Ademe)
,
Christian Walter
(Agrocampus Ouest)
,
Hervé Gorius
(Crab)
Depuis toujours, l’homme fertilise ses sols cultivés avec des déchets organiques qu’il recycle. On peut utiliser pour cela des effluents d’élevage, des boues de stations d’épurations, ou des déchets organiques d’origine industrielle. L’épandage se fait soit directement, soit après transformation de ces déchets… mais pas toujours sans encombre pour la qualité de l’eau et de l’air.
Une des particularités de la Bretagne est qu’elle doit gérer de grandes quantités de déchets organiques, qui plus est très variés. L’ agriculture et les industries agroalimentaires en créent plusieurs millions de tonnes chaque année. Certaines communes littorales collectent aussi tous les ans des milliers de mètres cubes d’algues vertes échouées sur leurs plages. A cela s’ajoutent, des tonnages conséquents de déchets verts provenant de l’entretien des jardins et des espaces publics, à savoir environ 400 000 tonnes chaque année. Dans la catégorie des déchets organiques, il faut aussi ranger les milliers de tonnes de boues issues de l’épuration des eaux usées et la partie organique des déchets ménagers – entre 29 et 54 % de notre poubelle domestique.
Ces déchets organiques sont tout en diversité ; alors que les déchets verts sont solides, les lisiers sont liquides, et leurs compositions chimiques sont très variées. Aussi différents soient-ils, tous ont un point commun : ils peuvent être recyclés par retour au sol direct ou après transformation. Ils possèdent encore un grand potentiel soit en tant que fertilisants – s’ils sont riches en azote, phosphore et potassium, des éléments indispensables au développement des plantes - soit pour améliorer la structure du sol s’ils lui apportent de la matière organique. Ces déchets ont donc un intérêt… sous certaines conditions.
Ainsi, certaines boues de stations d’épuration des eaux usées peuvent contenir des agents pathogènes (bactéries, parasites et virus) et des substances chimiques toxiques comme les éléments traces ou des antibiotiques polluants organiques (insecticides, solvants, etc.). L’exposition de la population peut être directe : soit par la consommation d’animaux ou de végétaux provenant de terres où des boues ont été épandues) soit par contact ou par inhalation. Les personnes exposées sont celles qui manipulent les boues (préposés de station d’épuration des eaux usées ou agriculteurs), ou encore les promeneurs, cueilleurs voire les riverains des champs. Pour les polluants organiques, le risque lié à l’épandage est minime comparé à celui lié aux retombées atmosphériques.
La réglementation encadre strictement l’épandage des boues, et oblige avant tout retour au sol à vérifier leur innocuité et à évaluer leurs qualités agronomiques. En effet, avant tout épandage, il est important de vérifier l’équilibre agronomique entre les besoins des plantes et les apports au sol. La somme de ces apports – épandage de lisiers et fumiers, de déchets organiques et la fertilisation chimique - ajoutée à ce qui reste dans le sol ne doit pas dépasser ce que peuvent absorber les plantes. Les plans d’épandage tiennent compte de cet équilibre.
En cas d’excès, l’azote et le phosphore ont tendance à « fuir » le sol et polluer les eaux. Depuis 1994, au titre de la directive Nitrates, toute la Bretagne est classée en zone vulnérable à la pollution par les nitrates, c’est-à-dire que ses eaux dépassent ou risquent de dépasser le seuil de 50 mg/l en nitrates et présentent des tendances à l’eutrophisation. La réglementation du retour au sol est plus sévère qu’ailleurs.
De façon indirecte, contrôler au mieux les apports [1] sur les sols, c’est donc contribuer à limiter les phénomènes d’eutrophisation des cours d’eau, de prolifération de phytoplancton et de marées vertes sur le littoral. Les conséquences sont à la fois écologiques et économiques, par les répercussions sur le tourisme et la conchyliculture.
Bien que de façon moins visible, l’épandage des déchets organiques peut également affecter la qualité de l’air [2]. Protoxyde d’azote (N2O) et ammoniac (NH3) sont émis. Le premier est un gaz à effet de serre. Le second peut réagir avec des gaz de l’atmosphère et participer à l’acidification du sol ou de la pluie à des distances parfois lointaines du lieu d’émission. Il peut aussi être à l’origine de troubles respiratoires. C’est en adoptant de bonnes pratiques agricoles et des techniques d’épandage adaptées que l’on peut limiter ces émissions atmosphériques.
Retour au sol direct ou après transformation ? Tout dépend du déchet, du sol et plus globalement du contexte de la qualité des milieux aquatiques et de l’air à l’échelle d’un territoire qui dépasse de beaucoup la zone d’épandage. A chaque sol sa solution et à chaque déchet organique sa valorisation.
[1] Les apports sur le sol incluent l’épandage d’effluents ou de déchets organiques (traités ou non) mais aussi les engrais et fertilisants chimiques.
[2] Les émissions de gaz issues de déchet organiques ont lieu de façon générale dans les bâtiments d’élevage, au moment du stockage, du compostage et de l’épandage ou une fois au sol. Dans les bâtiments d'élevage ou lors du stockage du méthane (CH4), gaz à effet de serre, est émis.
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