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Dernière modification le 17 février 2009


les impacts

Les risques liés aux incinérateurs en Bretagne

Rédigé par :

Alice Aubert (GIPBE)

En collaboration avec :

Anne Vidy Agence régionale de santé de Bretagne (ARS Bretagne) , 
Frédéric Chahine Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement en Bretagne (Dreal Bretagne)




Usine d'incinération d'ordure ménagère Usine d'incinération d'ordure ménagère

En Bretagne, les industriels qui produisent le plus de déchets dangereux… sont ceux qui traitent les déchets. Parce qu’ils présentent un risque pour l’environnement et la santé, ces sites industriels font l’objet d’une surveillance spécifique notamment pour leurs émissions polluantes dans l’air.


Les entreprises qui traitent les déchets produisent 31 % des déchets dangereux industriels en Bretagne. Rien d’étonnant à cela dans une région qui n’est pas intensément industrialisée. L’industrie y est surtout dominée par l’agroalimentaire qui produit des déchets souvent organiques et non dangereux. C’est donc l’incinération des poubelles des Bretons qui contribue le plus au gisement de déchets dangereux. Les déchets ultimes sont de deux types : les résidus de fumées d’incinération d’ordures ménagères (Refiom) et les mâchefers.

Les mâchefers sont les cendres des déchets brûlés. Leur devenir dépend de leur composition. Ils sont soit  valorisables , c’est-à-dire utilisés en remblai directement à leur sortie du site ; soit maturables , c'est-à-dire qu’ils doivent passer un temps de séjour à l’air libre pour acquérir les conditions physico-chimiques propices à leur valorisation ; soit  stockables  car ils contiennent des polluants, ils sont alors envoyés en installation de stockage. La plupart des mâchefers bretons sont valorisables, donc utilisés directement.

Les Refiom sont des déchets dangereux. Il s’agit de toutes les particules filtrées dans les cheminées de l'incinérateur : une partie des dioxines, des oxydes de soufre et d’azote, du monoxyde de carbone, des particules de métaux lourds et des poussières. Incinérer 1 tonne de déchets ménagers et assimilés fabrique 20 à 30 kg de Refiom.

Les polluants qui ne se retrouvent pas dans les Refiom et qui passent à travers les filtres des cheminées regagnent l’air libre. Leur diffusion dépend de la taille de la cheminée  de l'usine d'incinération d'ordures ménagères (UIOM) : plus elle est haute, plus les polluants sont dilués avant de retomber au sol loin de l’incinérateur. Le comportement des polluants dans le panache intervient également : ils peuvent se condenser, se solidifier, etc. Enfin, les conditions météorologiques, comme la vitesse ou la direction du vent, les variations verticales de température, jouent dans les modalités de diffusion.

La surveillance de la qualité de l’air autour des incinérateurs

Fin 2005, suite à l’application d’une directive européenne  [1], une UIOM non conforme a été fermée en Bretagne. Parmi celles qui ont été mises aux normes : on compte 15 incinérateurs, dont 1 de déchets dangereux, 11 traitant uniquement des déchets ménagers et assimilés et 3 autres brûlant des déchets non dangereux au sens large (boues, déchets animaux, etc.).

La réglementation impose un traitement poussé des fumées émises, les émissions sont contrôlées en continu pour certains paramètres et limitées à un seuil, par exemple 10-10 grammes de dioxine par m3 d’air  [2]. Les UIOM sont des installations classées pour la protection de l’environnement. À ce titre, elles font l’objet d’une surveillance étroite et doivent déclarer annuellement leurs émissions à l’administration.

Chaque année, un agent de la direction régionale de l’industrie et de la recherche et de l’environnement inspecte l’usine. Deux fois par an, l’exploitant effectue une série de 21 mesures visant à contrôler ponctuellement les émissions de grands polluants gazeux et de métaux lourds. On estime aussi la pollution de l’air en analysant les mousses, les lichens, le lait de vache ainsi que le contenu de jauges récoltant des retombées atmosphériques. On détecte ainsi d’éventuels dépassements des seuils limites ou des variations importantes servant à donner des alertes.
Depuis 2005, en Bretagne, on n’a pas observé de dépassement de seuils limites mais des pics d’émissions de dioxines. Ces dernières ne présentaient pas la signature des dioxines issues d’incinérateurs. Les pics n’ont pas été reliés au fonctionnement de l’UIOM  [3].

Retombées au sol : la principale exposition de la population

Ce n’est pas tant le fait d’inhaler des gaz et des particules atmosphériques émis par la cheminée des UIOM qui expose la population à des risques sanitaires que celui de consommer des produits contaminés locaux ou du jardin. Les particules polluantes retombent aux sols et sur la végétation. La contribution alimentaire représenterait en effet 50 % du calcul de l’exposition totale d’une population aux métaux lourds (plomb, cadmium) et 90 % pour l’exposition aux dioxines et PCB .

Pour évaluer les risques liés aux incinérateurs, l’exposition de la population est majorée. Elle est considérée comme permanente, c'est-à-dire affectant 100 % du temps la zone d’influence, et totale, soit un taux de pénétration des polluants dans les habitats de 100 %. Dans le calcul des risques liés à l’inhalation, on retient une durée d’exposition de 30 ans - la durée de vie moyenne d’une UIOM sans modification majeure. Pour celui lié à l’exposition par ingestion, le calcul s’étend à 70 ans, soit les 30 ans de fonctionnement de l’UIOM et 40 ans de rémanence des polluants accumulés dans les sols.

Quels sont les effets pour la santé ? Les effets néfastes sur la santé de la pollution générée par les UIOM sont associés à la quantité et la qualité des agents chimiques émis par les cheminées. De nombreux agents ont des propriétés toxiques (parfois reprotoxiques), et certains d’entre eux sont suspectés d’être cancérigènes. Un lien a été établi entre le fonctionnement des UIOM entre 1972 et 1990 et des troubles de la reproduction et l’apparition de cancers. Cependant, depuis la restriction des valeurs limites d’émissions, les risques sont désormais très faibles pour les installations récentes et respectant les normes européennes.

Mousses, lichens et lait de vache : des bioindicateurs de la qualité de l’air

Les bioindicateurs sont des organismes vivants ou des matières issues du vivant. Ils permettent de détecter des changements de l’environnement, pollution ou dépollution etc.

On connaît les aires de répartition des végétaux bioindicateurs, mousse et lichens, et leur sensibilité. Tous deux disparaissent en cas de pollution à certains gaz, dont par exemple l’oxyde de soufre pouvant être émis par les UIOM. On utilise le lait pour détecter les dioxines. Les dioxines sont des molécules solubles dans les corps gras. Les vaches, en se nourrissant de l’herbe sur laquelle se sont déposées les molécules, les accumulent dans les graisses du lait.


[1] Directive européenne 2000/76/CE du 4 décembre 2000.
[2] Arrêté ministériel du 20 septembre 2002.
[3] La préfecture d’Ille-et-Vilaine a publié en décembre 2008 le rapport d’une expertise sur une contamination par des dioxines dans la zone de Redon. Les dioxines proviendraient du brûlage d’un verger.