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http://www.bretagne-environnement.org/Eau/Les-pollutions-et-menaces/Cyanobacteries/Le-suivi-des-cyanobacteries-est-recent-en-Bretagne-mais-plus-precis-qu-ailleurs-en-France
Dernière modification le 14 novembre 2007
Rédigé par :
Emmanuèle Savelli (GIPBE)
En collaboration avec :
Geneviève Daulny
(Dreal Bretagne)
,
Luc Brient
(Ecobio)
,
Olivier Coulon
(AELB)
,
Thierry Panaget
(ARS Bretagne)
Pour prévenir les risques associés aux proliférations de cyanobactéries, plusieurs directives s'appliquent indirectement et des prescriptions viennent fixer limites réglementaires et seuils d'alerte. La prévention de ces proliférations passe par celle de l'eutrophisation liée aux rejets agricoles et industriels mais aussi par l'amélioration de l'épuration des eaux urbaines. En cas de contamination, il existe des moyens curatifs à adapter au cas par cas.
Le suivi des cyanobactéries est encore récent en France puisque ce n'est qu'en 1993 que le laboratoire Ecobio de l'Université de Rennes 1 a mis en évidence, pour la première fois, la présence de cyanobactéries toxiques dans les eaux nationales (en l'occurrence des eaux bretonnes). Depuis lors, d'autres régions ont constaté le même phénomène mais la Bretagne a fait l'objet d'un suivi plus précis et plus régulier. Le département des Côtes d'Armor, en particulier, s'est investi rapidement dans ce suivi car il s'est trouvé confronté, le premier, à leur présence lorsqu'il a mis en place des retenues pour l'alimentation en eau potable. Depuis 1995, les scientifiques observent que les sites bretons étudiés ont connu au moins une fois des efflorescences de cyanobactéries. La contamination y est de plus en plus importante et la présence des cyanobactéries s'étale sur une durée de plus en plus longue ; il n'est plus surprenant maintenant d'observer des proliférations jusqu'en octobre au lieu de septembre. Leur récurrence dépend de la qualité des rejets issus des bassins versants et de la morphologie des réservoirs. Il est donc difficile de prédire leur persistance et encore moins la présence d'espèces toxiques.
De nombreuses questions restent en suspens sur ces espèces phytoplanctoniques. Aujourd'hui, le laboratoire Ecobio mène des recherches sur la bioaccumulation des toxines, leur impact sur les organismes vivants et la biodiversité1. Il cherche aussi à comprendre l'effet des turbulences sur la répartition des algues dans la colonne d'eau ainsi que le rôle de la remise en solution des nutriments relargués lorsqu'un algicide est employé sur des communautés algales.
Depuis le 15 février 2006, la directive concernant la gestion de la qualité des eaux de baignade (n°2006/7/CEE) impose une surveillance au moins visuelle des cyanobactéries. En cas d'efflorescence constatée dans un plan d'eau, elle oblige à un suivi qui peut conduire à limiter ou à interdire son usage. Elle sera applicable dès sa transposition en droit français au plus tard en 2008.
La directive n°91/676/CEE, sur la protection des eaux contre la pollution en nitrates d'origine agricole, impose le classement en zone vulnérable des territoires sujets à l'eutrophisation. C'est le cas de toute la Bretagne. Enfin, la directive cadre sur l'eau n°2000/60/CEE prend en compte les proliférations algales comme critère de dégradation de l'état écologique des eaux.
Dans les quatre départements bretons, les pouvoirs publics surveillent les plans d'eau dédiés à ces activités lorsqu'il existe un risque potentiel associé aux efflorescences cyanobactériennes. Des prescriptions sont aujourd'hui en place sur les risques associés aux proliférations de cyanobactéries dans les eaux de consommation ou de baignade. Ainsi, le code de la Santé s'appuie sur la recommandation de l'organisation mondiale de la Santé (OMS) et impose une limite de qualité de 1 μg/L d'équivalent microcystine-LR (une des seules toxines mesurable en routine actuellement) dans l'eau potable. Cette concentration comprend les toxines intra- et extracellulaires. Pour une exposition chronique, un seuil de 0,1 μg/L a été proposé par l'OMS.
La circulaire baignade DGS/SD7a n°2003-270 du 4 juin 2003 fixe la surveillance et les seuils d'alerte pour prévenir les risques associés aux proliférations de cyanobactéries. En ce qui concerne la baignade ou les loisirs nautiques, il existe 4 niveaux allant de la simple information du public à l'interdiction de toute activité sur le plan d'eau touché.
Tableau : La gestion sanitaire du risque associé aux cyanobactéries dans les plans d'eau de baignade ou de loisirs
|
Niveau d'alerte |
Situation |
Actions engagées |
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1 |
Nombre de cellules de cyanobactéries compris entre 20 000 et 100 000/ml |
Surveillance active et information du public |
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2 |
Nombre de cellules de cyanobactéries > 100 000/ml et microcystine-LR < 25 µg/l |
Surveillance active, information du public et limitation de la baignade |
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3 |
Nombre de cellules de cyanobactéries > 100 000/ml et microcystine-LR > 25 µg/l |
Surveillance active, information du public, interdiction de la baignade, limitation des loisirs nautiques |
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4 |
Mousses ou écumes |
Surveillance active, information du public, interdiction de toutes les activités |
Le suivi concernant spécifiquement les cyanobactéries et leurs toxines existe, en Bretagne, depuis 2002. Ce sont les services Santé-Environnement des directions départementales des Affaires Sanitaires et Sociales (Ddass) qui surveillent la qualité de l'eau potable et des plans d'eau de loisir. Ils mesurent la teneur en microcystine-LR dans les eaux distribuées dès lors qu'une prolifération est observée dans l'eau brute ressource. Si elle dépasse 1 µg/l, l'alimentation en eau est coupée sauf dérogation par arrêté. En 2004, 19 zones de pompage sur 36 ont été touchées par des développements de cyanobactéries. Sur le tiers des sites, la microcystine-LR a été détectée dans l'eau brute destinée à la production d'eau potable. Souvent, les teneurs mesurées étaient de l'ordre de 0,5 µg/l mais le seuil de 1 µg/l a été dépassé dans trois sites, avec un maximum de 16,7 µg/l à Rophémel (Côtes d'Armor). Cette toxine n'a dans aucun cas été retrouvée dans les eaux traitées.
Sur l'ensemble de la région, 32 sites de baignades et de loisirs nautiques sont suivis, de mai à septembre, 2 fois par mois en situation normale et 4 fois ou plus par mois en cas d'efflorescence. La chlorophylle-a, la composition du phytoplancton (comptage de cellules) et la concentration en toxines sont analysées. En 2004, 27 sites ont été le siège d'efflorescences algales au moins une fois au cours de lété : 96 % des sites ont atteint, au moins une fois, le niveau dalerte 1, 74 % des sites le niveau 2 et 2 sites le niveau 3 (Guerlédan à Landrouannec en Côtes d'Armor avec 148 µg/l de microcystine-LR et Bourg blanc dans le Finistère avec 34 µg/l). Au total, 19 plans d'eau ont fait l'objet dune interdiction ou dune limitation d'usage au cours de lété.
Comme pour tout ce qui touche à la qualité sanitaire de l'eau, le maire est lacteur clef de l'information des usagers. Les résultats du suivi sanitaire des Ddass, que ce soit pour l'eau distribuée ou les eaux de loisirs, sont affichés en mairie. L'information sur la qualité des eaux de baignade est également affichée sur les plans d'eau.
La prévention des efflorescences de cyanobactéries passe essentiellement par celle de l'eutrophisation. Actuellement, toute la Bretagne est en zone vulnérable au titre de la directive « Nitrates ». Plusieurs programmes contractuels sont en place pour limiter les apports agricoles en éléments nutritifs comme l'azote et le phosphore. Il sagit, par exemple, du programme de maîtrise des pollutions d'origine agricole, des contrats d'agriculture durable ou de Bretagne eau pure.
Les rejets industriels dans le milieu naturel, quant à eux, doivent respecter la réglementation en vigueur (arrêté du 2 février 1998) qui fixe les rejets dans l'air et l'eau selon que la zone considérée est normale ou vulnérable. En particulier, les rejets industriels en phosphore total ne doivent pas dépasser 2 mg/l en concentration moyenne mensuelle lorsque le flux journalier maximal autorisé est égal ou supérieur à 40 kg/jour et 1 mg/l lorsqu'il est supérieur à 80 kg/jour.
Les stations d'épuration urbaines sont également concernées par le contrôle des rejets de phosphore. Le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Loire-Bretagne préconise une déphosphatation pour toutes les stations de plus de 1 000 équivalents de phosphore par habitant rejetant leurs eaux usées dans les cours d'eau des bassins versants bretons. À ce jour, seuls les bassins versants de la Vilaine et de la Rance sont classés en zone sensible au titre de la directive européenne 91/271/CEE sur les « Eaux résiduaires urbaines » (l'ensemble de la région est en cours de classement). L'agence de leau Loire-Bretagne utilise la redevance azote-phosphore pour aider à la mise aux normes des stations d'épuration de plus de 2 000 équivalents de phosphore par habitant.
Que faire, en plus des mesures préventives, lorsqu'un plan d'eau est touché par des proliférations de cyanobactéries ? Chaque plan d'eau est spécifique. Il n'existe pas de solution universelle et les actions retenues, pour être efficaces, doivent tenir compte de l'origine de leau (souterraine ou superficielle), du régime hydraulique, du volume d'eau, de la morphologie du plan d'eau (zones abritées ou agitées), de sa profondeur et des apports en nutriments en provenance du bassin versant.
Complexes à mettre en oeuvre et non encore usitées en Bretagne, les biomanipulations ont pour principe d'intervenir sur les relations entre proies et prédateurs. Elles consistent, par exemple, à limiter le phytoplancton en favorisant ses prédateurs, le zooplancton ou des poissons planctonophages.
Les méthodes curatives physiques et chimiques sont aujourd'hui les plus utilisées dans la région. Elles vont de l'extraction des sédiments à l'assèchement du plan deau pendant plusieurs semaines ou encore du brassage mécanique à l'ajout de paille pour favoriser le développement des ciliés qui vont consommer le phytoplancton. Enfin des algicides (chaux, sels de fer et d'aluminium, sulfate de cuivre) sont également employés pour détruire les cellules. Ils doivent être utilisés avec beaucoup de précaution et à titre préventif uniquement. Ils restent à proscrire en cas d'efflorescence car ils libèrent les toxines dans l'eau lors de la mort des cellules. Le sulfate de cuivre est particulièrement déconseillé lorsquil est utilisé de façon récurrente. Le cuivre s'accumule dans les sédiments et est solubilisé lorsque l'oxygène vient à manquer. Il pourrait favoriser la prolifération d'espèces plus résistantes au cuivre. Peu d'études ont été réalisées sur le risque d'écotoxicité potentiel qu'il pourrait faire courir à la faune aquatique. Ce traitement doit dans tous les cas être accompagné d'un suivi renforcé de la qualité de l'eau et dune information auprès de tous les utilisateurs et gestionnaires du plan d'eau.
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