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Dernière modification le 16 mars 2009


Les alternatives aux pesticides

Rédigé par :

Thierry Caquet Institut national de la recherche agronomique - Centre Inra de Rennes (Inra)




Désherbage à la mousse chaude Désherbage à la mousse chaude

En raison des effets néfastes que les pesticides peuvent produire, notamment sur la qualité de l’eau, de nombreux acteurs (institutionnels et associatifs) proposent ou mettent en place des méthodes alternatives aux produits phytosanitaires ou tout au moins qui permettent de réduire très fortement l'emploi de ces substances.


La limitation du recours aux pesticides passe par une diversification des méthodes de lutte contre les espèces indésirables et, dans le cas de l'agriculture, par la conception de systèmes de culture qui réduisent les risques de nuisance pour les plantes cultivées. Les possibilités sont multiples :

- sélection des variétés les plus résistantes ou tolérantes aux espèces nuisibles, en veillant à diversifier, dans le temps et dans l’espace, les résistances utilisées pour retarder leur contournement (associations variétales). Cette approche concerne surtout la résistance aux maladies (oïdium, fusarioses, etc.).

- lutte biologique. L'agent de lutte peut être un prédateur, un parasitoïde, un agent pathogène (champignon, bactérie, virus, etc.) ou un concurrent de l'espèce indésirable visée. Plusieurs stratégies de lutte existent : introduction-acclimatation d'une nouvelle espèce dans un environnement, lâchers massifs (lutte inondative) ou en petite quantité (lutte inoculative) d'un ennemi de l'espèce visée et manipulation environnementale visant à favoriser les ennemis de l'espèce visée naturellement présents (auxiliaires). Il convient cependant de prendre en considération les risques liés à l'introduction d'organismes auxiliaires qui pourraient s'attaquer à d'autres espèces que celle ciblée. La lutte biologique est surtout appliquée contre les ravageurs : insectes (lutte par prédateurs, parasitoïdes, maladies), acariens phytophages (lutte par acariens prédateurs), nématodes (lutte par champignons nématophages). Elle concerne en revanche peu les maladies. La lutte biologique est très peu développée en grande culture mais elle l'est davantage en cultures légumières, notamment en production sous abri.

- lutte biotechnique. Cette catégorie regroupe des méthodes utilisant des phénomènes biologiques ou des produits d'origine biologique, mais pas d'organismes vivants. Il s'agit par exemple de la confusion sexuelle (perturbation de la reproduction des insectes par la diffusion massive de phéromones sexuelles) et de l'induction de résistance chez les plantes par des éliciteurs (substances qui activent leurs mécanismes de défense naturelle).

- lutte physique. Cette dénomination recouvre toutes les techniques dont le mode d'action primaire ne fait intervenir aucun processus biologique ou biochimique : lutte mécanique contre les plantes indésirables (travail du sol, fauche, utilisation de paillis, désherbage manuel, inondation) et les insectes (barrières physiques telles que filets, pellicule plastique, etc.), lutte thermique, par échauffement mortel ou diminution de la température en dessous du point de congélation (le désherbage thermique fait par exemple l'objet de travaux dans le cadre de l'agriculture biologique. On peut citer également la désinfection des sols par solarisation, qui consiste à chauffer le sol, couvert d'une bâche translucide, grâce au soleil), lutte électromagnétique par passage d’un courant électrique (peu développée en raison de son coût et actuellement pas au point), etc.

Tenter de s'affranchir de l’utilisation des pesticides de synthèse nécessite de maintenir, par un ensemble de pratiques cohérentes, la pression potentielle des bio-agresseurs au niveau le plus bas, de modifier profondément les systèmes de culture eux-mêmes ainsi que l’organisation territoriale de ces systèmes de culture.

L'agriculture biologique (AB) qui renonce par principe à tous les intrants chimiques de synthèse, ne conserve que quelques pesticides extraits de plantes (ce qui ne garantit pas leur innocuité) et des substances minérales (cuivre et soufre, comme fongicides, dont l'accumulation dans les sols pose problème). L'existence de l'AB prouve qu'une production est possible dans ces conditions, mais qu'elle est délicate à mettre au point, notamment pour les cultures pérennes (arbres fruitiers, vignes).
Autres systèmes. On peut aussi envisager des systèmes "zéro-pesticides", ou presque, qui ne se privent pas des engrais de synthèse, et pourraient éventuellement accepter le recours occasionnel à un pesticide (comme l'AB accepte l'emploi exceptionnel de traitements vétérinaires allopathiques).