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http://www.bretagne-environnement.org/Eau/Quelles-actions/L-eau-sous-surveillance/Naissance-d-une-carte-de-qualite-de-l-eau
Dernière modification le 12 avril 2006
Il est 9 h 30 et tout est calme dans le bureau de Claire M., situé à l'unité « qualité » du Service eau, milieux aquatiques et risques naturels de la Direction régional de l'environnement en Bretagne (Diren). Claire M. prévalide des résultats d'analyse de l'eau. Elle vérifie que les analyses réalisées par le laboratoire de l'Ecole nationale de la santé publique correspondent bien aux prélèvements effectués par Nathalie D.
Sur le terrain, chaque préleveur doit renseigner une fiche avec le code et le nom de la station, le nom du cours d'eau, de la structure qui demande les analyses (l'ordonnateur), la date et l'heure, mais aussi 13 paramètres décrivant le prélèvement et le milieu (aspect des abords, irisation sur l'eau, présence de mousse, etc.), ainsi que 9 mesures in situ (pH, températures de l'air, de l'eau, etc.). Cette fiche de terrain est le premier maillon qui va servir à suivre la donnée depuis la goutte d'eau jusqu'à la carte de qualité de l'eau. Lorsque Claire M. reçoit des résultats d'analyse, son premier travail consiste donc à vérifier qu'ils correspondent bien aux éléments de fiche de terrain du préleveur et que toutes les analyses demandées ont été faites. « Numéro 756 pour la Diren de Bretagne, numéro 1340 pour le nitrate, », chaque type d'information, la station, le préleveur, etc., est codée par le Secrétariat d'administration nationale des données relatives à l'eau ( Sandre). Le code Sandre est une sorte de métalangage mis en place afin que les préleveurs, les laboratoires d'analyse et les gestionnaires de données partagent les mêmes références, le même « vocabulaire ». Aujourd'hui, Claire M. va contrôler 10 fiches de terrain, dont les 6 de la campagne de prélèvement dans le Morbihan de Nathalie D.
Une fois la première phase de vérification terminée, Claire M. transfert dans la base de données les paramètres inscrits sur la fiche de terrain. Pour cela, elle utilise un formulaire fourni par l' Agence de l'eau Loire-Bretagne. Là aussi, il y a tant d'intervenants différents pour gérer les données sur l'eau, qu'il était nécessaire de fixer un modèle commun. Claire M. se lève parfois pour consulter une carte de la Bretagne, affichée au mur qui fait face à son bureau. Des punaises de couleurs rouges et bleues y symbolisent les stations de mesure de certains réseaux sur lesquels intervient la Diren de Bretagne : celui de suivi des nitrates et phosphates, mais aussi 10 stations, réparties en Ille-et-Vilaine et dans le Morbihan, qui viennent compléter les réseaux propres à ces départements. A l'unité « qualité » du Service eau, milieux aquatiques et risques naturels, on travaille en partenariat avec les Conseils généraux pour les réseaux départementaux.
Aujourd'hui, les résultats d'analyse des échantillons de Nathalie D. ont passé l'étape de la validation, appelée « contrôle de borne ». Il s'agit de vérifier automatiquement, par un programme informatique, que les résultats d'analyse ne sont pas aberrants ou douteux. Le principe est simple : chaque paramètre possède une gamme de valeur crédible, calculée à partir de l'historique des données (certaines stations de mesures bretonnes sont suivies depuis plus de vingt ans). Le contrôle de borne vérifie que le résultat de l'analyse reste dans cette gamme. Ainsi, on sait que dans les eaux douces naturelles, le pH varie entre 6,5 et 8,5, si le pH mesuré est 1 ou 14 par exemple, la valeur est classée automatiquement « aberrante ». S'il est de 6,3 ou 9,5, la mesure est classée « douteuse ». Les mesures qui restent dans leur gamme ont le statut « bon ». Matériel défectueux, changement de la composition d'un adjuvant, erreur humaine : malgré les procédures mise en place à tous les niveaux du suivi de la qualité de l'eau, il existera toujours des sources d'erreur qui donneront des valeurs aberrantes ou douteuses. C'est pourquoi la traçabilité de l'échantillon, depuis la feuille de terrain jusqu'à la validation, est si importante. Que se passe-t-il lorsqu'un paramètre est signalé aberrant ou douteux ? Claire M. remonte la chaîne de traçabilité de l'échantillon pour comprendre d'où vient l'erreur et, éventuellement, la corriger dans la base de données. Le nombre de paramètres « aberrants » ou « douteux » est très variable selon les mois : parfois 2, parfois 20. Souvent, ce sont surtout des erreurs de saisie à corriger.
Malgré tous ces contrôles, il arrive parfois de diagnostiquer des erreurs, a posteriori. Et ça, Claire M. le sait d'autant mieux qu'il y a 15 jours encore, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne informait tous les utilisateurs des données du réseau national de bassin que les mesures en azote de Kjeldahl (azote organique + azote ammoniacal) de 2002 devaient être corrigées. Cette fois, c'est le laboratoire d'analyse qui, en utilisant une nouvelle méthode de mesure, obtenait des valeurs surestimées, et donc non comparables avec les années précédentes. Mais, il a fallu attendre plusieurs mois de suivi avant de s'en rendre compte.
Les fiches d'analyse de Nathalie D. ont toutes été prévalidées et ont passé le contrôle de borne. Il n'y avait aucune valeur aberrante ou douteuse. Depuis la campagne de prélèvements de Nathalie D., un mois et demie s'est écoulé. Les données sont prêtes à être exportées vers le site Internet de la Qualité des cours d'eau de Bretagne, géré par la Diren. Ce site, qui existe depuis 2001, restitue sous forme de cartes ou de graphiques, les mesures physico-chimiques mensuelles (orthophosphates, nitrates, demande biologique en oxygène à 5 jours à 20 °C, ammonium, matières en suspensions, oxygène dissous) du réseau national de bassin et du réseau de la Diren. Mois après mois, on peut suivre gratuitement l'évolution des paramètres physico-chimiques et les données brutes sont accessibles aux professionnels du suivi de la qualité de l'eau dans un espace réservé. En plus du site, à la fin de l'année, toutes les mesures de qualité de l'eau seront synthétisées dans le tableau de bord annuel sur l'eau, mais aussi dans les documents d'information départementaux pour ce qui concerne chaque réseau de suivi départemental.
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