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http://www.bretagne-environnement.org/Eau/Quelles-actions/Les-plans-departementaux-de-protection-du-milieu-aquatique-et-de-gestion-des-ressources-piscicoles

 

Dernière modification le 30 mai 2007


qui fait quoi ?

Les plans départementaux de protection du milieu aquatique et de gestion des ressources piscicoles


Passe à anguilles Passe à anguilles

La gestion piscicole s'intéresse aussi bien au milieu qu'à la ressource. Alix Nihouarn de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques nous explique que si le maintien des stocks par l'artifice de repeuplement a été longtemps privilégié, les gestionnaires se tournent aujourd'hui vers la conservation du patrimoine naturel, le meilleur moyen de garantir une utilisation durable de la ressource. C'est dans cet esprit que les plans départementaux pour la protection du milieu aquatique et la gestion des ressources piscicoles ont été créés.


Pourquoi créer des plans des gestion piscicole ?

Parce que le code rural oblige les exploitants de droits de pêche à le mettre en place. La gestion piscicole comprend deux aspects complémentaires qui sont souvent confondus : la gestion du milieu et celle de la ressource. Gérer la ressource, c'est s'intéresser directement aux espèces pêchées, leur abondance, leur taille et les conditions dans lesquelles les poissons peuvent être capturés (périodes de pêche, méthodes, nombre de captures maximales).

Depuis la fin du XIXe siècle, les gestionnaires ont eu largement recours au repeuplement pour enrayer la diminution réelle ou supposée des populations de poissons et donc de leurs captures. Cet artifice qui consistait à élever des poissons en pisciculture puis à les déverser ensuite dans les lieux de pêche donnait une satisfaction immédiate aux pêcheurs. Mais depuis une trentaine d'années, le repeuplement a clairement montré ses limites : cette méthode ne permet pas de restaurer durablement les stocks dégradés. Loin d'être une panacée, il s'agit là d'un outil de gestion à utiliser dans des conditions techniques bien particulières.

L'autre façon d'aborder la gestion piscicole consiste à se baser sur le postulat, largement démontré scientifiquement suivant lequel les espèces sont très dépendantes du milieu dans lequel elles vivent, et que seul un milieu en bon état permet d'héberger durablement une population naturelle. Il s'agit alors de gérer le milieu pour permettre aux espèces qui doivent normalement le peupler de se reproduire, de se nourrir, etc., assurant ainsi leurs fonctions vitales. Malgré les actions engagées en ce sens, les résultats obtenus n'ont pas toujours été à la hauteur des espérances des gestionnaires en raison des difficultés techniques, administratives et financières rencontrées.

C'est ce qui a conduit l' Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) à proposer aux fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique une nouvelle méthode d'approche qui s'est concrétisée en 1998 dans les quatre départements bretons par la réalisation des plans départementaux pour la protection du milieu aquatique et la gestion des ressources piscicoles (PDPG). Leur objectif est simple :  conserver et transmettre un patrimoine naturel, en préservant ou restaurant les processus écologiques. Les peuplements de poissons doivent être conformes à ce que l'on peut attendre du milieu naturel en bon état.

C'est bien entendu un objectif à atteindre progressivement car, dans certains cas, le niveau de perturbation des milieux aquatiques ne permet pas d'envisager une restauration à court terme, et l'activité de pêche ne peut s'exercer qu'en étant soutenue par des repeuplements.

Qui en Bretagne fait de la gestion piscicole ?

Les associations agréées pour la pêche et la protection du milieu aquatique (AAPPMA) car les propriétaires riverains de cours d'eau leur ont en général concédé les droits de pêche, donc l'obligation d'entretien. Cela représente environ 25 000 km de cours d'eau !

Ce sont quelques 120 associations locales qui bénéficient pour leurs actions d'un support technique, administratif et financier de la part des fédérations départementales des AAPPMA. Ces dernières ont assuré la réalisation du PDPG, sous la conduite de spécialistes en hydrobiologie.

Qui accompagne les gestionnaires ?

En initiant la démarche et en élaborant la méthode de réalisation des PDPG, l' Onema a apporté une aide financière et technique aux fédérations et aux associations. Ses brigades départementales ont fourni des données, sur les milieux et les populations, indispensables pour établir un diagnostic.

Les collectivités territoriales, les départements et le conseil régional de Bretagne, ainsi que l'agence de l'eau Loire-Bretagne ont été associés, de même que les représentants de l'État (direction régionale de l'Environnement en Bretagne, directions départementales de l'Agriculture et de la Forêt) qui sont chargés de la mise en œuvre de la réglementation et de la législation. Ces partenaires sont maintenant progressivement impliqués dans le financement des actions.

Comment sont réalisés les diagnostics des rivières ?

Pour faire un diagnostic global, le PDPG utilise le poisson comme indicateur de l'état du milieu. Certaines espèces, comme la truite et le brochet, jouent le rôle d'espèces repères en raison de leur grande sensibilité aux modifications de leurs conditions de vie. La truite affectionne les cours d'eau à forte pente, au courant vif, que l'on trouve surtout dans la partie ouest de la région. Les rivières plus calmes - bassin Oust-Vilaine - sont le domaine privilégié du brochet. Si les populations de ces espèces sont en bon état, c'est le signe que la qualité du milieu est bonne car elle permet que leur cycle vital se déroule de manière optimale.

En Bretagne, le réseau hydrographique a été partagé en plus de 180 bassins, qu'on appelle des contextes, dans lesquels une population d'une espèce repère peut réaliser tout son cycle vital. Par exemple, pour la truite, il s'agit d'une rivière principale - plutôt favorable aux truites adultes - et de ses affluents - plutôt favorables à la reproduction et au développement des juvéniles.

Pour chaque département breton, il existe environ 40 contextes pour lesquels les gestionnaires font l'inventaire des perturbations en évaluant leur impact sur la capacité du milieu à permettre la bonne réalisation du cycle vital de l'espèce repère. La synthèse de ces informations permet de caractériser l'état du contexte qui peut être classé conforme, perturbé ou dégradé, selon l'importance de la perturbation du cycle de l'espèce repère.

Le diagnostic conduit à arrêter un mode de gestion et à définir un programme d'actions adaptées mises en œuvre sur 5 ans. Dans un mode de gestion dit patrimonial qui s'applique dans les contextes conformes, il s'agit de préserver le bon état écologique, en veillant en particulier à l'application des textes de protection. Dans ces contextes, la reproduction naturelle assure le peuplement optimal du cours d'eau. Aucun repeuplement ne sera effectué car il serait inutile et de plus porteur de risques sanitaires ou génétiques pour les populations naturelles. La pêche va donc s'exercer sur un stock d'origine naturelle uniquement.

Par contre, dans certains contextes perturbés ou dégradés, il n'est pas réaliste de restaurer à court terme le bon état écologique et la gestion patrimoniale doit être différée : des repeuplements peuvent être réalisés, parallèlement à des actions de restauration. Les actions de restauration vont être dirigées vers les perturbations les plus pénalisantes pour le milieu naturel.

Leur programmation n'est toutefois effective que si toutes les conditions techniques, administratives et financières sont réunies pour leur mise en œuvre à moyen terme.

Quel est le bilan des PDPG en Bretagne ?

Sur les 180 contextes (bassin hydrographique dans lequel une population d'une espèce repère peut réaliser tout son cycle vital) définis en Bretagne 25 % sont classés conformes - 56 contextes hydrographiques font de ce fait l'objet d'une gestion patrimoniale, 53 % perturbés, et 22 % dégradés. Ils montrent aussi que la dégradation des milieux aquatiques en Bretagne est plus importante à l'est de la région. Ceci s'explique par une pression des activités humaines plus forte et l'impact accentué de ces pressions sur des milieux rendus plus sensibles en raison du contexte géologique et pluviométrique.

L' impact de l'agriculture sur la qualité de l'eau est plus connu que celui sur la qualité physique des milieux aquatiques. Pourtant, les travaux d'hydraulique liés à certaines pratiques de l'agriculture intensive (drainage, remembrement) ont fortement modifié les berges et le lit des cours d'eau, entraînant une perte de diversité des habitats très préjudiciable à la richesse de la faune fréquentant les milieux aquatiques et leurs abords.

La création d'étangs de loisirs qui provoquent le réchauffement de l'eau, l'introduction d'espèces, des pertes de débit par évaporation, est également une source de perturbation significative. Enfin les pollutions d'origine industrielles ou urbaines ont des impacts qui peuvent être importants ponctuellement, mais elles ne constituent qu'une part relativement faible de la dégradation à l'échelle de la région.

Les programmes d'actions départementaux qui concluent les PDPG portent sur trois volets principaux : l'amélioration de la qualité de l'eau, la restauration de l'habitat (lit et berges) et la restauration de la libre circulation des poissons.

Les actions retenues en priorité sont en cours de mise en œuvre, et en particulier celles visant la restauration des habitats comme les zones humides dont le rôle est essentiel dans l'écologie des cours d'eau à pente faible, et le développement des populations de brochet, dans plusieurs bassins (Couesnon, Meu , Basse-Vilaine). De même, l'accent est mis sur la diversification des berges et du lit (ou renaturation) de petits cours d'eau recalibrés (Haut Ellé, bassin du Couesnon)

Contact

Alix Nihouarn, Onema, délégation régionale Bretagne - Basse Normandie : Tel. 02 23 45 06 06 - courriel


Propos recueillis par Emmanuèle Savelli (GIP Bretagne environnement)