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Dernière modification le 15 juin 2015


les réponses

Deux logiques à mettre en musique : atténuer et s’adapter

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (OEB)

En collaboration avec :

Franck Baraer Météo France (Direction interrégionale Ouest) (MF) , 
Claire Barais Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) , 
Nathalie Chargy Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement en Bretagne (Dreal Bretagne) , 
Philippe Desnos (trame) , 
Juliette Herry Parc naturel régional du golfe du Morbihan (Parc naturel régional du golfe du Morbihan) , 
Laurence Ligneau Chambre régionale d'agriculture de Bretagne (Crab) , 
Guillaume Pajot Conseil régional de Bretagne (CRB) , 
Nicolas Pouvreau Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM)




Les éoliennes, une façon de réduire les émissions de gaz à effet de serre Les éoliennes, une façon de réduire les émissions de gaz à effet de serre

Il existe deux façons d’agir sur la question du changement climatique. Atténuer l’empreinte humaine sur le climat permet de limiter l’amplitude du changement. Mais comme il est déjà engagé et se poursuivra, il faut aussi anticiper les adaptations qui seront nécessaires pour faire face à ses effets.


Une des approches majeures aujourd’hui pour atténuer le changement climatique consiste à réduire les émissions des gaz à effet de serre. Les acteurs bretons se sont engagés à baisser l’empreinte carbone de la région en intervenant sur la consommation et la production d’énergie.

Le pacte électrique breton

Unité de méthanisation de Lampaul Guilimiau
Unité de méthanisation de Lampaul Guilimiau

En 2010, l’ État, le conseil régional de Bretagne, l’ Ademe [ 1], l’ Anah [ 2] et RTE [ 3] ont signé le pacte électrique breton pour renforcer le système électrique de la région. Cette dernière est fragilisée par sa faible production électrique, sa forte croissance démographique et sa position géographique péninsulaire. Pour pallier cette situation, le pacte fixe un plan d’actions basé sur trois piliers : maîtriser la demande en électricité, développer des énergies renouvelables et sécuriser le réseau électrique. Selon une évaluation menée en 2013, la mise en œuvre du pacte devrait à l’horizon 2020 contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre par rapport à une situation sans pacte.

Les énergies renouvelables

En se substituant à des énergies carbonées, les énergies renouvelables contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Deux filières de production d’énergie renouvelable font l’objet d’un soutien plus appuyé en Bretagne. D’une part, la méthanisation qui bénéficie du plan Biogaz, animé par Aile [ 4]. D’autre part, la filière bois énergie qui se développe grâce au plan Bois - Énergie (animé par Aile et Abibois) et grâce au fonds Chaleur, mis en œuvre par l’Ademe.

La rénovation des bâtiments

PCET - Situation en novembre 2014
État d'avancement des plans climat énergie territoriaux en Bretagne

Le plan national de rénovation énergétique de l'habitat lancé par l’État en 2013 vise à favoriser la réhabilitation des logements. Sa mise en œuvre en Bretagne rejoint les finalités du plan Bâtiment Durable breton, également lancé en 2013 par le conseil régional. Ces deux plans ont permis, à fin 2013, de créer 26 points rénovation info-service portés par différents acteurs bretons (Adil [ 5], DDTM [ 6], espaces Info-énergie, collectivités). 3 168 rénovations de l’habitat privé ont reçu des aides de l’État, par le biais de l’Anah [ 2]. Cela représente près de 60 m€ de travaux. La prime exceptionnelle de rénovation énergétique a permis d’engager près de 600 dossiers, générant un peu plus de 8 m€ de travaux d’économie d’énergie.

Les plans Climat - Énergie territoriaux

En Bretagne, 39 collectivités territoriales sont concernées par un plan Climat - Énergie territorial qui propose des actions d’atténuation et d’adaptation en lien avec les spécificités locales. 23 de ces collectivités territoriales appliquent d’ores et déjà le plan qu’elles ont élaboré. La plupart des actions sont menées dans le résidentiel – tertiaire et les transports, deux secteurs sur lesquels les territoires ont des leviers d’action.

Se souvenir pour mieux prévoir

Tempête dans le chenal du four
Tempête dans le chenal du four

L’autre approche concernant le changement climatique est de s’adapter à ses effets. Le changement climatique en Bretagne va exposer davantage le littoral aux aléas climatiques. La Dreal Bretagne [ 7] élabore actuellement un atlas des risques littoraux dans la région. Il devrait être rendu public courant 2015. Des recherches sont en cours pour améliorer la gestion des risques en particulier lors d’évènements climatiques extrêmes. En 2012, a été lancé le projet Vimers dont le but est de prévoir l’impact des tempêtes à venir en Bretagne à partir de l’historique des tempêtes passées.

Piloté par la Dreal et la Région Bretagne, Vimers implique Météo France, le SHOM et le Cerema. Les experts ont classé en 7 catégories les tempêtes qui ont touché la région en s’appuyant sur des paramètres comme la trajectoire, la durée, la pression atmosphérique, etc.

Ce travail a remis en lumière des épisodes récents mais oubliés comme la tempête du 6 juillet 1969 et l’ouragan de 1987, tous ayant entraîné d’importants dégâts. En 1987, le marégraphe de Brest a enregistré une surcote atteignant 1,60 m peu de temps après la marée haute et avec un coefficient faible (30). Qu’en serait-il d’une tempête du même genre avec un niveau de la mer plus haut de plusieurs dizaines de centimètres, à marée haute et avec un fort coefficient ? C’est ce que Vimers devrait permettre de savoir en analysant des scénarios de tempêtes fictives en conditions défavorables, basées sur des hypothèses probables.

Améliorer la résilience de l'agriculture

Des prairies pour stocker du carbone dans les sols
Des prairies pour stocker du carbone dans les sols

L’agriculture occupe une place toute particulière par rapport au climat. Son activité est directement impactée par le climat, elle émet des gaz à effet de serre et elle peut aussi stocker du carbone dans les sols. En Bretagne, l’agriculture devra s’adapter à la baisse du nombre de jours de gel et à un éventuel déficit hydrique annuel. On peut en attendre une hausse de la productivité hivernale et de début de printemps. Par contre l’été, la variabilité d’une année sur l’autre des rendements augmentera, notamment en prairies, de façon plus ou moins marquée selon la réserve en eau des sols. Une adaptation des variétés et des pratiques culturales devra s’opérer. Mais globalement l’influence océanique adoucira le changement du climat et devrait permettre un maintien, voire une augmentation, des rendements dans un futur proche.

Entre 2008 et 2011, le programme de recherche Climaster s’est intéressé au changement climatique dans le Grand Ouest, à ses impacts sur la ressource en eau et sur les sols. Il a aussi croisé études scientifiques et regards d’agriculteurs, en partenariat avec Trame [ 8]. Trame est un centre de ressources accompagnant les agriculteurs pour des actions collectives de développement agricole et rural.

S’il est apparu que les agriculteurs justifiaient peu les évolutions de pratiques par le changement climatique en tant que tel, ils étaient néanmoins déjà soucieux de faire face au mieux aux aléas climatiques (épisodes pluvieux, sécheresses, etc.). Les groupes d’agriculteurs ont insisté sur l’importance d’améliorer la résilience des exploitations, c’est-à-dire leur capacité à s’adapter aux aléas climatiques. Pour ce faire, ils ont proposé des pistes telles que la diversification des cultures, la recherche d’une plus grande autonomie et la meilleure prise en compte du fonctionnement naturel du sol, sa biodiversité et son taux de matière organique. Ces réflexions se nourrissent du partage d’expériences par exemple sur la couverture permanente des sols (avec des inter-cultures laissées sur le sol ou pâturées), le non travail du sol, la gestion plus intensive des prairies (sur-semis, pâturage rationalisé, association de plusieurs espèces).

Bon pour l’eau, bon pour le climat

Outre les économies d’énergie, certaines actions menées pour reconquérir la qualité de l’eau et concernant les agriculteurs bretons peuvent aussi aider à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Citons par exemple l’équilibre de la fertilisation des sols, le recours aux couverts végétaux l’hiver ou encore la mise en place de bandes enherbées en bordure de cours d’eau. D’autres pratiques agricoles vont dans le même sens comme la culture de légumineuses, les techniques favorisant le stockage de carbone dans le sol, le développement des haies bocagères, la méthanisation, etc.

Cactus, un outil pour aider les élus à adapter leur territoire

Le parc naturel régional du golfe du Morbihan a mis au point Cactus, un outil pour aider les territoires à s'adapter au changement climatique. Il se présente sous la forme de 33 fiches listant les effets attendus du changement climatique et proposant des jeux de questions pour aider les élus à définir une stratégie d’adaptation sur leur territoire.

Cactus est un outil collaboratif et évolutif. Il a été co-construit avec les acteurs locaux (professionnels, services de l'État, collectivités et associations). Il sera bientôt en phase de test auprès des territoires du parc (communes et communautés de communes). Mais l’outil a vocation à terme à être proposé plus largement.


Notes

[1] Ademe : Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie
[2] Anah : Agence nationale de l’habitat
[3] RTE : Réseau de transport d’électricité
[4] Aile : Association d'initiatives locales pour l'énergie et l'environnement
[5] Adil : Agence départementale d'information sur le logement
[6] DDTM : Direction départementale des territoires et de la mer
[7] Dreal Bretagne : Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement en Bretagne
[8] Trame : Tête de réseaux pour l’appui méthodologique aux entreprises.

Bibliographie

  • Météo France, SHOM et Cerema. (2014) Étude des tempêtes menaçant le littoral breton. Vimers 1.
  • Mérot P., Dubreuil V., Delahaye D. et P. Desnos (2012) Changement climatique dans l'Ouest : évaluation, impacts, perceptions. PUR, 400 p.
  • Livre vert du projet Climator - 2007-2010
  • Pellerin S., Bamière L., Angers D., Béline F., Benoît M., Butault J.P., Chenu C., Colnenne-David C., De Cara S., Delame N., Doreau M., Dupraz P., Faverdin P., Garcia-Launay F., Hassouna M., Hénault C., Jeuffroy M.H., Klumpp K., Metay A., Moran D., Recous S., Samson E., Savini I. et L. Pardon. (2013) Quelle contribution de l’agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Potentiel d'atténuation et coût de dix actions techniques. Synthèse du rapport d'étude, Inra, 92 p.
  • Lagadec S., Landrain B., Landrain P., Ramonet Y., Hassouna M. et P. Robin (2014) Émissions d'ammoniac et de gaz à effet de serre en engraissement de porcs sur litière. Chambres d’agriculture de Bretagne