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Dernière modification le 26 octobre 2009


les impacts

En voie de disparition ?

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (OEB)

En collaboration avec :

Benjamin Buisson , 
Pierre Stéphan Géomer (UMR 6554 CNRS-LETG)




Erosion du cordon de galet d'Ero Vili en baie d'Audierne Erosion du cordon de galet d'Ero Vili en baie d'Audierne

Depuis les deux derniers siècles, flèches et cordons de galets régressent sous l’effet des pressions naturelles et parce que les apports sédimentaires s’épuisent.


Il existe plusieurs témoignages en Bretagne de l’évolution historique des flèches et cordons de galets. Les flèches du C’hraou et du Linkin sont les restes d’un cordon démantelé avant le Moyen-Âge. Plus récemment, à la fin du XVIIIe siècle, une brèche a rompu un cordon de galets à l’emplacement actuel du sillon de Talbert.

Evolution des flèches en rade de Brest au cours des 50 dernières années
Evolution des flèches de galets en rade de Brest

L’incessant mouvement des formations de galets cache en réalité une disparition progressive de ces milieux naturels. En comparant d’anciennes cartes du littoral breton et le trait de côte actuel, les scientifiques du laboratoire Geomer de l’université de Bretagne occidentale ont constaté qu’environ 70 % des sites étudiés manifestent des signes d’érosion sur la période récente.

Les seuls secteurs qui progressent sont ceux où des falaises s’écroulent à proximité, libérant un matériel sédimentaire frais. La flèche de Bétahon sur la façade méridionale de la Bretagne s’est avancée vers la mer de 25 cm par an entre 1952 et 2000, grâce à l’érosion rapide des falaises toutes proches.

Mais hormis quelques exceptions, la plupart des flèches et cordons de galets se cannibalisent, reculent ou se rompent. Pourquoi ? Une « sous-alimentation » sédimentaire chronique liée à l’épuisement des sources de galets.

On dit d’une flèche qu’elle se cannibalise (Troaon et Dibenn) lorsque les apports de galets frais sont insuffisants pour compenser leur déplacement longitudinal. L’extrémité libre de la flèche s’étire au dépend de celle fixée à la côte.

Le phénomène de rollover, par lequel le stock sédimentaire recule en « roulant » sur lui-même, concerne une grande majorité de flèches en Bretagne, même s’il est plus ou moins intense selon les cas. Parfois, il est entrecoupé de phases stables permettant à la végétation de recoloniser le sommet des cordons comme sur les flèches de Roz et de l’Auberlac’h. Il peut être très rapide comme sur les flèches de Mengleuz, du Loc’h et du sillon de Talbert, avec des déplacements entre 30 cm et 1,20 m par an selon les secteurs. Sur un même site, ce recul change dans le temps. Au sillon de Talbert par exemple, il est compris entre 25 cm et 4 m par an en fonction des périodes ! Le rollover, en abaissant l’altitude des flèches, les rend plus vulnérables à la submersion marine. L’ouverture de brèche conduit à leur démantèlement par les vagues, comme c’est le cas actuellement pour la flèche du Faou.

Des fortes pressions naturelles que l’homme peut localement aggraver

Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette mobilité : les fluctuations des apports sédimentaires, les variations du niveau marin, l’impact de la houle et des courants de marée, et bien sûr les tempêtes qui peuvent avoir un impact ponctuel mais important lorsqu’elles surviennent en vive-eau.

Par ses activités, l’homme peut accentuer ces différents facteurs. C’est le cas des ouvrages construits à proximité des flèches (digues, enrochement) qui bloquent le transit des galets et perturbent l’alimentation en matériel frais des cordons. Parfois comme cela a été le cas dans les années 1970 à 1990 au sillon de Talbert, ces installations, censées protéger le site, favorisent au contraire son érosion. Aujourd’hui interdits[ 1], les prélèvements de galets ont amoindri le stock sédimentaire disponible. Et à cela s’ajoute la surfréquentation de ces lieux déjà fragiles par nature.

Mais les forces naturelles en présence restent les principales actrices de la vie et mort des accumulations de galets ; la responsabilité de l’homme n’apparaît vraiment que sur des sites où ses activités se concentrent et se perpétuent depuis plusieurs décennies. On observe cette situation sur Mengleuz, un site surfréquenté et dont l’estran a subi un ensemble d’interventions (prélèvements, perturbation du transit, ouverture de brèches) depuis plus de cinquante ans.

Dans leur majorité, les flèches et cordons de Bretagne n’ont fait l’objet que d’une faible pression humaine conduisant tout au plus à aggraver une situation d’érosion déjà existante. La preuve : la plupart des flèches de la rade de Brest sont restées à l’écart de toute activité humaine et enregistrent néanmoins une tendance à l’érosion à l’échelle des deux derniers siècles.

Le mur de l’Atlantique, construit avec les galets d’Audierne

La baie d'Audierne (Finistère), dans sa partie sud comprise entre Plovan et Tréguennec, présente un cordon de galets long de 5,5 km et large de 50 à 80 m, localement appelé Ero Vili (« sillon de galets » en breton). Celui-ci n'est que le vestige d'un ancien cordon (- 500 000 ans) qui s'étendait sur 20 km de Plouhinec à l'isthme de la Torche. Cette réduction drastique, à la fois de sa longueur mais aussi de sa puissance et de sa largeur, s'explique par l'utilisation qui en a été faite durant la Seconde Guerre mondiale et les quelques années qui ont suivi.

Dès 1942, on y extrait des galets afin d'obtenir des matériaux pour construire le Mur de l'Atlantique. Selon les estimations des historiens, environ 500 000 m3, soit 1 million de tonnes, ont été retirées de l'Ero Vili. A la suite des Allemands, des entrepreneurs locaux réinvestissent les infrastructures laissées sur place et fournissent des matériaux pour la reconstruction de Brest. Les services maritimes de l'époque estiment que les prélèvements affaiblissent le cordon et augmentent les risques de submersion marine. En 1947, c'est la fin des prélèvements.

Aujourd'hui, leurs conséquences se font toujours ressentir. Et ce, d'autant plus que le stock de galets en place ne peut se reconstituer que par des stocks localisés sur les anciens plateaux d'abrasion marine. Ces derniers sont situés 10 à 15 m plus haut que la limite actuelle du rivage entre Plozévet et Plovan. Ces sources de galets, piégés en arrière du littoral, ne peuvent être libérées que par l'érosion marine. Or elle est parfois lourdement combattue sur ce secteur pour des raisons de sécurité des habitations.


[1] il est interdit sur l’ensemble du littoral français de prélever des matériaux naturels, sable, galets ou roches