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Dernière modification le 01 avril 2014


fiche nature

17 espèces d'oiseaux marins nichent en Bretagne

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Bernard Cadiou Bretagne vivante (SEPNB) , 
Pierre Yésou Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS)




Fou de Bassan se préparant à nicher au Rouzic Fou de Bassan se préparant à nicher au Rouzic

Le vocable oiseaux marins rassemble des espèces véritablement marines et d'autres plus terrestres. Voici un tour d'horizon des espèces qui se reproduisent régulièrement en Bretagne.


Chez 98 % des espèces d'oiseaux marins, la reproduction se fait en colonie. En Bretagne, ces colonies comptent de quelques individus à plusieurs milliers d'oiseaux. La période de reproduction varie beaucoup selon les espèces, le cormoran huppé détenant le record avec près de 11 mois entre le cantonnement des couples les plus précoces et l’émancipation des derniers jeunes ! Différentes espèces peuvent coexister sur une même colonie, ce qui provoque une compétition spatiale et peut favoriser la prédation entre oiseaux marins, notamment de la part des goélands. Ces derniers s’attaquent aux œufs, poussins et même aux adultes de puffin des Anglais, d’océanite tempête ou encore de sternes et de mouette tridactyle, et d’autres goélands.

Plus ou moins près de la côte

La plupart des oiseaux marins sont très fidèles à leur colonie, tout au moins tant que les échecs de la reproduction ne sont pas massifs. Et les jeunes en âge de se reproduire retournent souvent dans leur colonie natale ou à proximité. La durée de vie de ces espèces peut dépasser plusieurs dizaines d’années. De façon générale, le taux annuel de survie des adultes est supérieur à 75 %. Leur fécondité en revanche est plutôt faible. Selon les espèces, les femelles pondent 2 à 3 œufs, mais pour certaines d’entre elles un seul œuf. Seuls les cormorans pondent parfois jusqu’à 6 œufs.

Quand on considère les 17 espèces d’oiseaux marins nichant régulièrement en Bretagne, on constate qu’elles s’éloignent plus ou moins de la côte pendant l’année pour se nourrir. Chacune a sa propre stratégie de pêche. Certaines se nourrissent en surface, d’autres plongent à une profondeur plus ou moins grande. Il y a le club de celles qui ne touchent terre que pour se reproduire. Le fulmar boréal, le puffin des Anglais et l’emblématique macareux moine font partie de cette catégorie. Ils vivent la plupart du temps au large dans la zone océanique, pour partie bien au-delà du plateau continental.

D’autres comme le guillemot de Troïl, le petit pingouin ou le fou de Bassan demeurent dans la zone côtière qui surplombe le plateau continental, souvent plus poissonneuse. Quant au littoral, il est plutôt réservé aux cormorans et aux goélands qui restent souvent en vue des côtes pendant la journée et reviennent à terre pour passer la nuit.

Le fulmar boréal

Fulmar boréal
Fulmar boréal

Le fulmar boréal a une silhouette qui peut porter à confusion avec le goéland argenté, bien qu’il soit plus petit (1,10 m d’envergure au lieu d’1,40 m). On le reconnaît à ces narines tubulaires proéminentes et à la rigidité de ses ailes en vol plané. Il s’alimente en haute mer, principalement en bordure du plateau continental. Et il consomme surtout du zooplancton et des céphalopodes. L'espèce exploite aussi les rejets de pêche derrière les chalutiers.

L'espèce compte parmi les oiseaux marins les plus abondants de l'hémisphère nord, avec 5 à 7 millions de couples, dont moins de 4 millions en Europe. Mais seulement 345 couples environ nichent en Bretagne.

L'océanite tempête

Océanite tempête
Océanite tempête

Avec un peu moins de 40 cm d'envergure et seulement 25 g, l'océanite tempête est le plus petit et le plus léger des oiseaux marins se reproduisant en Europe. Oiseau de mer par excellence, il hiverne principalement au large de l’Afrique du Sud. Il ne revient à terre que pour se reproduire, et uniquement de nuit.

Ses mœurs nocturnes, le fait qu’il niche dans des terriers et la présence de nombreux oiseaux non-reproducteurs sur les colonies rendent les dénombrements difficiles. C'est l'oiseau marin le plus difficile à recenser. Seule une inspection minutieuse des terriers permet de le repérer. L'effectif breton d’océanites serait d’environ 910 couples [ 1]. Actuellement, l'espèce est présente surtout en Finistère, sur une dizaine de colonies.

Le puffin des Anglais

Puffin des anglais
Puffin des anglais

Autre oiseau tout aussi difficile à observer : le puffin des Anglais. Sa population bretonne serait comprise entre 130 et 246 couples. Lui aussi est nocturne et lui aussi niche dans un terrier. Mais à la différence de l’océanite et à l’instar du macareux moine, il est capable de le creuser lui-même, avec ses pattes et son bec. Assez petit (80 cm d'envergure), c'est un remarquable voilier alternant battements d'ailes et vol plané au ras des vagues.

Grand voyageur, le puffin des Anglais quitte l'Atlantique nord en automne pour entamer un long périple qui l'amène sur les côtes d'Amérique du Sud, et notamment du Brésil, principal quartier d'hivernage de l'espèce. Celle-ci reste cependant présente en hiver, mais en faible nombre, dans les eaux européennes. Les deux plus importantes colonies bretonnes sont situées aux Sept-Îles (Côtes-d'Armor) et dans l'archipel de Molène (Finistère).

Le macareux moine

Macareux moine en vol
Macareux moine en vol

Le macareux moine est surnommé le « perroquet de mer » en raison de son bec tricolore. Il est d’ailleurs plus connu avec les couleurs vives qu’il arbore en période de reproduction qu’avec sa livrée hivernale plus terne. Comme le puffin des Anglais, il pond son œuf unique au fond d'un terrier, le plus souvent qu'il creuse lui-même.

En France, ses colonies sont situées en Bretagne et principalement aux Sept-Îles (Côtes-d'Armor). C’est la limite méridionale de son aire de reproduction européenne. En 1950, il y avait probablement plus de 7 000 couples de macareux, répartis sur une quinzaine d'îlots bretons, et essentiellement concentrés aux Sept-Îles. En 2012, il n'en restait qu’entre 164 et 187 couples.

Ce déclin rapide peut sans conteste être attribué pour partie aux pollutions par les hydrocarbures, en particulier aux marées noires du Torrey Canyon et de l’Amoco Cadiz. Il semble cependant que des modifications de l'environnement marin dans l'Atlantique nord, liées au réchauffement des eaux, y aient aussi contribué à une large échelle.

La concentration des colonies sur les îlots des Sept-Îles rend la population bretonne de macareux fragile. Outre la compétition spatiale avec les fous de Bassan sur Rouzic, elle est de plus en plus vulnérable à toute menace extérieure, de type marée noire ou modification des ressources alimentaires.

Le guillemot de Troïl

Guillemot de troïl bridé
Guillemot de Troïl bridé

Le guillemot de Troïl est un plongeur hors-pair, capable de pêcher à plus de 100 mètres de profondeur. L'espèce niche perchée sur des falaises maritimes. Elle y pond un œuf unique à même la roche, sans la moindre ébauche de nid, entre le début avril et la mi-juin.

En période inter-nuptiale, les guillemots se dispersent probablement vers le sud. Les adultes restent en général à proximité des colonies. Les plus jeunes, par contre, s'éloignent davantage, jusqu'en Méditerranée pour certains originaires des colonies de mer d'Irlande et de la Manche. L'espèce ne fréquente que rarement la très haute mer, au-delà du plateau continental. La baie du Mont-Saint-Michel est une zone importante pour le stationnement de l'espèce en juillet. On y observe des rassemblements d'adultes accompagnés de jeunes, probablement originaires du cap Fréhel, voire des îles anglo-normandes.

En Bretagne, la population de guillemots de Troïl est d’environ 293 couples. Depuis le milieu des années 2000, les effectifs sont relativement stables pour la colonie du cap Fréhel (Côtes-d'Armor). Ils ont augmenté aux Sept-Îles. Et les autres colonies déclinent. Globalement, l’espèce n'est pas considérée comme menacée à l'échelon européen. Mais son statut en France est bien précaire. Pour mémoire, la marée noire de l'Erika a entraîné la mort de plus de 110 à 150 000 oiseaux durant l'hiver 1999-2000, dont une très large majorité de guillemots originaires de colonies du nord de l’Europe (surtout des îles britanniques).

Le petit pingouin

Petit pingouin
Petit pingouin

Le petit pingouin (appelé aussi pingouin torda) est, avec la sterne de Dougall, l'oiseau marin nicheur le plus rare et le plus menacé de France. S'il fréquente les mêmes milieux littoraux que le guillemot, le pingouin occupe cependant des sites moins exposés (fissures, amas de blocs) où il niche souvent en colonies lâches voire en couples isolés. Ses populations sont difficiles à recenser. Et comme elles sont très faibles – il n’y a que 47 couples reproducteurs en Bretagne, il est difficile de bien comprendre sa biologie de reproduction ou de connaître précisément les dates de retour aux colonies.

Lorsqu’elle ne niche pas, l'espèce se disperse sur la côte du golfe de Gascogne, et hiverne régulièrement en Méditerranée occidentale. Les plus jeunes parcourent les plus grandes distances. Les adultes des colonies de mer d'Irlande hivernent soit sur place soit en Manche. La Bretagne représente sa limite méridionale de reproduction. Et les Sept-Îles abritent la plus grosse colonie de la région.

Le fou de Bassan

Fou de Bassan en vol
Fou de Bassan en vol

Avec 1,70 m d’envergure, le fou de Bassan est le plus grand des oiseaux de mer de nos côtes. On le reconnaît sans ambiguïté grâce à son corps fuselé et ses longues ailes. Dès lors qu’ils ont atteint leur quatrième année, les adultes ont un plumage blanc, avec l'extrémité des ailes noire et une tête jaunâtre.

L’espèce niche en colonie très dense (184 nids/100 m2 sur les zones les plus peuplées aux Sept-Îles). Au point que les ornithologues doivent utiliser des photographies aériennes pour leur recensement. Les fous se sont installés sur l'île Rouzic (archipel des Sept-Îles) depuis 1935 au moins. De 30 nids en 1939, ils sont passés à près de 22 320 nids en 2012 !

Aucune menace particulière ne pèse sur l'espèce, mais le fait qu’il n’y ait qu’une seule colonie importante en France [ 2] accroît sa vulnérabilité face à des événements catastrophiques comme les marées noires. Ce risque est accentué par le fait que bon nombre des colonies européennes sont à proximité des grandes voies de navigation maritime. Il en est de même pour les zones de pêche exploitées par l'espèce. L'utilisation fréquente de débris divers (en particulier bouts de filets, cordes, etc., jetés à la mer par les pêcheurs et des plaisanciers) pour construire leurs nids entraîne chaque année la mort d'adultes et de poussins, empêtrés dans ces cordages. Mais globalement, cette mortalité indirectement due à l’activité humaine reste limitée.

La mouette tridactyle

La mouette tridactyle
La mouette tridactyle

La mouette tridactyle est souvent confondue avec les goélands malgré sa plus petite taille. Elle niche sur des falaises escarpées du littoral où elle côtoie souvent le cormoran huppé, et localement le goéland argenté, le fulmar boréal ou le guillemot de Troïl. En Bretagne, l'espèce n'a pas colonisé de structure artificielle (phare, jetée ou bâtiment), comme c'est le cas dans d'autres régions de France ou dans d'autres pays.

En dehors de la période de reproduction, l’espèce vit en haute mer en Atlantique nord, en Méditerranée occidentale, voire pour certains individus du cap Sizun sur les côtes occidentales du Groenland. Moins d’un cinquième des effectifs nationaux niche en Bretagne (964 couples reproducteurs en 2012). C’est d’ailleurs depuis la Bretagne que l’espèce a essaimé dans d’autres régions. Mais alors que l’espèce gagne du terrain en Manche orientale, les colonies bretonnes déclinent sous l’effet du dérangement et d’une prédation par d’autres oiseaux (faucon pèlerin, corneille noire, goélands, grand corbeau).

Les sternes

De 1977 à 2011
Évolution de l'effectif annuel de sternes de Dougall en Bretagne

Quatre espèces de sternes nichent annuellement en Bretagne. Elles passent pour la plupart l’hiver en Afrique. La sterne caugek est la plus grande sterne de nos côtes, alors que la sterne naine est la plus petite. La sterne de Dougall est l’espèce d’oiseau marin nicheur la plus rare et la plus menacée. La quatrième espèce de sterne présente dans la région est la sterne pierregarin.

L'ensemble du littoral breton regroupe une quinzaine de secteurs qui hébergent une ou plusieurs colonies de sternes. Il s’agit d’oiseaux très sensibles au dérangement et à la prédation. Depuis 1950, leurs populations ont grandement fluctué. La situation actuelle en Bretagne est plutôt satisfaisante pour les sternes caugek, pierregarin et naine, mais critique pour la sterne de Dougall.

Les goélands

Autrefois confinés au littoral, les goélands argentés se reproduisent désormais à l'intérieur des terres. Certains ont même choisi l’Île-de-France, à 130 km de la mer ! En Bretagne, c’est dans la région de Rennes qu’on trouve les colonies les plus continentales.

Omnivore et opportuniste, l'espèce se nourrit aussi bien sur le littoral que plus à l'intérieur des terres. Le goéland argenté est un prédateur pour les oiseaux marins (y compris les œufs et nichées de ses congénères).

Goéland argenté et son poussin
Goéland argenté et son poussin

Contrairement aux goélands argenté et marin, le goéland brun peut être migrateur. Les oiseaux des populations occidentales se dispersent principalement sur le littoral de la Manche, du golfe de Gascogne, atteignant les côtes du nord-ouest de l'Afrique. Lors de la migration post-nuptiale, plusieurs milliers d'individus transitent et stationnent plus ou moins longtemps sur le littoral de la baie d'Audierne (Finistère sud).

Le goéland marin est plus grand et d’allure plus massive que les goélands argentés et bruns. Il s’en distingue aussi par la couleur plus sombre du dessus de ses ailes et de son dos. C'est un redoutable prédateur, prélevant œufs, poussins et jeunes des autres espèces, allant même parfois jusqu'à s'attaquer à des cormorans huppés, et capturant chaque année plusieurs centaines d'océanites tempête lors de leur venue nocturne sur les colonies de l'archipel de Molène (Finistère).

Le grand cormoran

Grand cormoran juvénile
Grand cormoran juvénile

Le grand cormoran est une espèce aux mœurs peu connues en Bretagne. Depuis 1970, date de sa découverte sur l'île des Landes en Ille-et-Vilaine, elle a poursuivi son expansion sur le littoral nord de la Bretagne, avec la colonisation de nouveaux îlots jusqu'à la pointe du Finistère au début des années 1990. Une nouvelle étape a été franchie depuis 2000, avec la nidification arboricole sur des îlots du golfe du Morbihan.

La population bretonne est de l'ordre de 890 couples, répartis sur une vingtaine de colonies insulaires ou continentales. La tendance récente semble être à la stabilisation, au moins sur les colonies les plus anciennes en Bretagne Nord. Les effectifs continuent de s'accroître sur les colonies d'installation récente, à la pointe du Finistère et dans le Morbihan.

Le grand cormoran est très sensible au dérangement et les colonies doivent être protégées par des interdictions de débarquement. Si des captures accidentelles dans les filets sont parfois constatées, elles restent limitées. Et l'espèce semble être capable d'éviter ces engins de pêche, contrairement à d'autres oiseaux marins.

Le cormoran huppé

Cormoran huppé
Cormoran huppé

Le cormoran huppé est nettement plus petit que le grand cormoran, et s’en distingue aussi par une huppe caractéristique qui n’apparaît qu’au début de la période de reproduction. La saison de reproduction de l'espèce est très étalée : près de onze mois entre le cantonnement des couples les plus précoces et l'émancipation des derniers jeunes. Les premiers œufs sont pondus dès février, les derniers vers la mi-juin, exceptionnellement en juillet. La population mondiale de cormoran huppé serait de l'ordre de 78 000 couples, dont la quasi-totalité concentrée en Europe. En Bretagne, l'espèce est présente sur l'ensemble du littoral et les effectifs sont d'environ 5 950 couples.

Alors que les diverses espèces d’oiseaux marins font l’objet d’un suivi fin sur leurs sites de nidification, leur répartition en mer et leur usage du milieu marin restent encore peu connus.

Et aussi des oiseaux marins migrateurs

Puffin des Baléares en vol
Puffin des Baléares en vol

La Bretagne compte aussi des populations importantes d’oiseaux marins migrateurs, qui passent par les eaux bretonnes ou y séjournent en dehors de leur période de reproduction. C’est le cas du puffin des Baléares. Entre deux saisons de reproduction en Méditerranée, il passe l’été au large de la Bretagne. L’espèce est considérée en danger critique d’extinction. Alors qu’elle se cantonnait initialement au sud de la Bretagne, elle remonte progressivement vers le nord chaque été. Le changement global qui touche le golfe de Gascogne pourrait en être la raison. Car il modifie la répartition des ressources alimentaires de l’espèce.


[1] Année de référence : 2012
[2] Il existe une petite colonie en Normandie et quelques couples isolés en Méditerranée.

 

Bibliographie

  • Cadiou B., 2002 - Les oiseaux marins nicheurs de Bretagne, Éditions Biotope
  • Cadiou B., Jacob Y., Provost P., Quénot F., Yésou P. et Février Y. (2013) Bilan de la saison de reproduction des oiseaux marins en Bretagne en 2012. Rapport de l’Observatoire régional des oiseaux marins en Bretagne, Brest, 40 p.
  • Yésou P., Barzic A., Wynn R. B. et Le Mao P., 2007. La France est responsable de la conservation du puffin des Baléares Puffinus mauretanicus. Alauda 75 pp. 287-289