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Dernière modification le 02 janvier 2003


comment ça marche ?

Eaux littorales bretonnes : des inégalités écologiques liées à l'hydrodynamisme

Rédigé par :

Josette Launay (CSEB)




En raison de la géographie bretonne, les eaux de la région sont de façon générale fortement brassées au nord et plus calme au sud. Cette situation crée des inégalités écologiques en terme de sensibilité aux pollutions d'origines continentales.


L'hydrodynamisme est l'ensemble des caractéristiques liées aux mouvements de l'eau. Selon le lieu, il varie en fonction de la marée et des vents mais aussi de la profondeur et de la forme du littoral. On distingue deux grandes tendances en Bretagne ; au nord, l'influence de la marée est plus forte car la Manche forme un goulet qui n'existe pas en Bretagne Sud ouverte sur le golfe de Gascogne.

Conséquence : l'énorme brassage d'eau en Manche crée des situations particulières pour les eaux côtières – plus d'oxygène, meilleure diffusion des éléments nutritifs et échanges thermiques plus intenses - contrastant avec les eaux du large soumises à une agitation de moindre ampleur.

Ce phénomène apparaît très clairement sur la côte nord ainsi qu'autour des îles de Sein, Molène et Ouessant. Les eaux y sont brassées en toute saison par les vagues et les courants ce qui gêne la formation d'une couche d'eau superficielle stable et bien éclairée, propice au développement du phytoplancton.

Au contraire en Bretagne Sud, les masses d'eau sont peu renouvelées horizontalement et peu mélangées verticalement - dans des conditions de vent faible. En été, une stratification a lieu ; elle sépare nettement l'eau chaude en surface et une eau plus froide au fond.

Au point de rencontre, à l'ouest de la péninsule, les masses d'eau stratifiées d'une part et homogènes de l'autre forment des fronts thermiques du printemps à l'automne (front interne de l'Iroise, front de marée d'Ouessant et front de talus de la mer Celtique). En été, le phytoplancton y trouve des conditions favorables pour se développer.

Les secteurs confinés, plus sensibles écologiquement

Localement, la combinaison de la température, de la marée, des courants, de la forme et de la profondeur du littoral a des conséquences sur le confinement ou non des masses d'eaux. Ce confinement rend certaines zones côtières écologiquement plus vulnérables aux apports d'origine humaine (excès d'éléments nutritifs, contamination microbienne ou chimique) qui peuvent s'y accumuler. La qualité des eaux côtières conditionne la santé économique de nombreuses activités littorales en Bretagne comme l' aquaculture, les loisirs nautiques, le tourisme, etc.

L'azote et le phosphore, apportés par les rivières, créent ainsi des déséquilibres écologiques lorsqu'ils sont présents en trop grande quantité dans les eaux littorales. Les marées vertes en sont la manifestation la plus connue. Le phénomène des eaux colorées l'est moins même s'il se produit dans des conditions analogues. Au printemps et en été, des espèces de microalgues colorées prolifèrent et donnent à l'eau des teintes rouges, vertes ou brunes.

Les configurations sont très variées en Bretagne : dans certaines zones (Chaussée de Sein, Chenal du Four), les eaux se renouvellent très bien ; a contrario dans d'autres, comme les baies (abers, baie de Saint-Brieuc), des tourbillons piègent les masses d'eaux et empêchent leur renouvellement. Certains secteurs se réchauffent davantage et plus rapidement. Ce sont en général des zones où le courant est faible et/ou peu profondes. Il s'agit du secteur Loire-Vilaine-Quiberon, de la baie du Mont-Saint-Michel, du nord de la baie de Douarnenez, du sud de la rade de Brest et du fond de la baie de Saint-Brieuc.

Pourquoi s'intéresser à l'hydrodynamisme ? Les scientifiques l'utilisent pour simuler la dispersion des polluants d'origine continentale et des éléments nutritifs (azote, phosphore), ce qui les aide à comprendre les phénomènes de prolifération d'algues et de phytoplancton. Ils l'utilisent aussi afin de prévoir la dérive des nappes d'hydrocarbure en cas de pollution. Les données relatives aux courants de marée et aux houles sont également intégrées au suivi de l' évolution du trait de côte ainsi que dans la caractérisation des peuplements écologiques.