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http://www.bretagne-environnement.org/Mer-littoral/Les-menaces/Marees-vertes/Les-risques-et-nuisances-causees-par-les-marees-vertes
Dernière modification le 05 janvier 2011
Rédigé par :
Emilie Novince (GIPBE)
En collaboration avec :
Alain Baert
(CSEB)
,
Cécile Robert
(ARS Bretagne)
,
Jean-yves Piriou
(Ifremer)
,
Sylvain Ballu
(CEVA)
Les proliférations d'algues vertes sur le littoral présentent de nombreuses nuisances en mer et à terre qui les rendent indésirables. En outre, elles peuvent être à l’origine d’émissions toxiques si les amas en putréfaction sur les plages ne sont pas ramassés fréquemment et causer des préjudices aux activités économiques du littoral.
Les algues "fraîches" ne sont pas directement dangereuses pour l’homme et les animaux. En revanche, si elles ne sont pas ramassées rapidement ou reprises par la marée, les amas en putréfaction (fermentation anaérobie) peuvent localement dégager de l’ammoniac (NH3) et surtout de l'hydrogène sulfuré (H2S). Ce dernier est un gaz très toxique, à l’odeur caractéristique d’œuf pourri, provoquant des nuisances olfactives dès 0,005 ppm (seuil de nuisance de l’OMS) entrainant des irritations des yeux, des muqueuses et des voies respiratoires lorsque les concentrations restent modérées (entre 50 et 200 ppm), des effets irréversibles décrits autour de 100 ppm et des troubles neurologiques (perte de connaissance), voire la mort quand sa concentration est élevée (de l'ordre de 1000 ppm). De tels niveaux de concentration ont été mesurés dans des dépôts en putréfaction par l’Ineris en 2009 1 ; ils s’expliquent notamment par l’accumulation de gaz dans le tas d’algues échouées en décomposition, une croute épaisse formée sous l’action du soleil empêchant sa libération. Accidentellement rompue, elle libère une bouffée d’hydrogène sulfuré instantanément mortelle. Plusieurs campagnes de mesures, réalisées par Air Breizh à la demande de l'Agence régionale de santé des Côtes-d’Armor dès 2005, notamment sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, avaient permis de mettre en évidence le risque sanitaire lié aux algues vertes en putréfaction 2. En 2009, l’agence nationale de Sécurité Sanitaire (Anses) a été saisie par le ministère en charge de l’environnement afin d’approfondir les connaissances sur ces risques sanitaires et d’émettre des recommandations de prévention pour les personnes les ramassant et le public. Un premier avis a été rendu le 15 juillet 2010.
Il existe à ce jour très peu d’études concernant l’impact des proliférations d’algues vertes sur le milieu marin. Sollicité par le ministère en charge de l’environnement, l’Ifremer projette de mettre en place, dans le cadre d’un groupement de recherche avec d’autres structures, certaines études pour approfondir les connaissances sur ce sujet, et notamment concernant l’impact des algues vertes sur la survie des bactéries en mer.
D’après une étude de l’Ifremer et de l’Université de Rennes en 1993 3, les extraits d'algues marines, en particulier le type Ulva, constituent non seulement une source appréciable d'osmo-protection sur E.coli mais aussi une source de nutriments pour les bactéries. Quand les bactéries fécales (comme E.coli) arrivent dans le milieu marin naturel, elles y trouvent normalement un milieu hostile qui diminue leur durée de survie. Cette hostilité est due au sel, à la lumière, à la température fraîche et au manque de nourriture. Or la présence d'algues vertes flottantes en grande quantité limite deux facteurs hostiles : la lumière et le manque de nourriture. De plus, ces ulves émettent dans le milieu une substance qui protège les bactéries des agressions naturelles. Donc s’il y a des apports de bactéries fécales en mer, celles-ci ont tendance à survivre plus longtemps dans un milieu chargé d'ulves. Selon les conclusions de cette étude, il existerait, en présence massive d’algues vertes flottantes, des risques plus élevés de contaminations bactériennes des eaux de baignade et des coquillages .
L’Anses a été saisie par la Direction générale de la Santé pour une évaluation des risques, prenant en compte toutes les voies d’exposition, liées à la pratique de la baignade dans des eaux contenant des algues vertes et à la consommation de coquillages ramassés dans les zones touchées par les algues vertes. Les conclusions de cette étude, à venir courant 2011, devraient permettre d’actualiser les connaissances sur ce sujet.
La première nuisance difficilement supportée par les riverains des sites concernés est l’aspect olfactif. Les algues échouées sur l’estran qui entrent en décomposition dégagent des odeurs nauséabondes et incommodantes « d’œuf pourri » qui peuvent, en fonction des concentrations, provoquer de réels problèmes sanitaires. D’autres nuisances peuvent également être identifiées : aspect des plages, leur accès, etc.
La présence des ulves sur les plages, dans les mares, et dans l’eau, les opérations de ramassage perturbent les activités balnéaires (baignade : premiers mètres encombrés d’algues en suspension, nautisme) et impactent donc l’activité et l’attractivité touristiques. Perturbation également de la pêche côtière (colmatage des engins), de la conchyliculture (encombrement des poches et des bouchots par les algues vertes). Enfin, l’image de la qualité environnementale du littoral breton et donc de la Bretagne s’en trouve ternie, ce qui peut amener à une baisse de la fréquentation touristique sur certains des secteurs concernés, A ce jour, aucune étude exhaustive n’a permis de quantifier l’impact des marées vertes sur les différents secteurs de l’économie littorale.
En raison des différentes nuisances et des risques sur la santé évoquées ci-dessus (en particulier odeur/H2S), le ramassage régulier, voire quotidien des dépôts d’algues vertes sur certaines plages, est nécessaire. Ce ramassage en lui-même constitue une nuisance (présence d’engins, perturbation de la plage, enlèvement de sable…) et induit des coûts pour les collectivités locales. Le volume moyen ramassé sur les plages des communes bretonnes est, sur les dix dernières années (2000-2009), de près de 60 000 m3 et représente un coût estimé à 500 000 € par an. L’augmentation de l’effort de ramassage par les communes et la gestion des algues ramassées pour limiter les problèmes sanitaires mis en évidence en 2009 par le rapport de l’Anses induira des coûts nettement plus élevés dans les années à venir. En 2009, les seuls coûts de ramassage étaient estimés à 1,1 million d’euros. Les algues doivent ensuite être épandues ou acheminées vers des plateformes en vue de leur traitement, ce qui induit encore des coûts qui, pour certaines communes, dépassent largement les coûts du ramassage.
Aucune étude exhaustive n’a encore été réalisée sur l’impact écologique des marées vertes. Toutefois, sans observer de modification systématique et généralisée des écosystèmes, des effets sont localement manifestes sur la faune ou la flore, là où les accumulations d’algues sont importantes : en haut de plage sur les baies concernées par de grosses proliférations ou sur certains points de vasières et en bordure de celles-ci (schorre). Les zones de putréfaction induisent localement de grosses perturbations de l’écosystème (absence d’oxygène, de lumière, présence de sulfures, d’ammoniac, etc.).
Ainsi, il a été régulièrement observé par le Ceva que des dépôts continus d'algues vertes peuvent étouffer les phanérogames marines et certaines parties du schorre. Par ailleurs, les échouages massifs d’algues vertes sur l’estran ainsi que les activités de ramassage qui y sont liées ont un impact sur les laisses de mer de « goémon » et la faune qui y est inféodée.
D’après une récente étude de stage à l’Ifremer 4, les coques placées dans le sédiment sous des amas d’algues vertes ont tendance à s’amaigrir en comparaison à des lots témoins sans algues vertes qui croissent normalement.
Le recouvrement des près salés, situés dans la zone rarement immergée (le schorre), par les algues vertes entraine une diminution de l’activité photosynthétique de la végétation. Cette dégradation du marais maritime est accentuée par l’appauvrissement en oxygène et la production de gaz toxiques lors de la décomposition des algues qui conduit à une diminution de la biodiversité.
D’autre part, les ulves couvrent les aires d’alimentation de nombreuses espèces d’oiseaux au niveau des estrans sableux (ex. : les limicoles) et des vasières, diminuant ainsi l’accessibilité aux ressources alimentaires. Cependant, une étude récente en Baie de Saint-Brieuc (Ponsero et al. 2009 5) rappelle que l’augmentation du phénomène des marées vertes a favorisé l’augmentation des effectifs de bernaches cravants qui s’y alimentent très majoritairement d’ulves. Un aménagement des prairies maritimes, pour assurer une nourriture de substitution, permettrait le maintien des effectifs en cas de résorption du phénomène.
Enfin, les procédures de ramassage des algues ont un impact sur l’écosystème que constituent les plages. Les engins mécaniques les fragilisent, les pelleteuses ramassent des algues et du sable, qui est difficilement séparé au cours de la filière de traitement. De plus, les engins mécaniques sont des émetteurs locaux de particules fines et ultras fines (particules émises par les moteurs diesel), pouvant présenter une autre source de nocivité pour le milieu.
1 « Résultats de mesures ponctuelles des émissions d'hydrogène sulfuré et autres composés gazeux potentiellement toxiques issues de la fermentation d'algues vertes (ulves) », Ineris 2009.
2 « Algues vertes et qualité de l'air. Campagne de mesure d’ammoniac et de sulfure d’hydrogène à Saint-Michel-en-Grèves (Côtes d’Armor) du 21 juillet au 2 septembre 2005 », Air Breizh 2006 ;
« Algues vertes et qualité de l'air Campagne de mesure à Saint-Michel-en-Grève (22) Du 20 juillet au 13 septembre 2006 », Air Breizh 2007 ;
« Algues vertes et qualité de l'air : Campagne de mesures sur la plage de la Grandville à Hillion, du 3 juillet au 10 septembre 2008 », Air Breizh 2008.
3 Minet, J., Ghoul, M., Dupray, E., Cormier, M., (1993) : Accumulation des osmoprotecteurs chez E.COLI en conditions naturelles. Contrat Ifremer n° 93 2 436404 DEL
4 Le Ru, M., 2010. Rapport de stage DUT à l’ifremer « Impact de la dégradation des algues vertes sur les coquillages fouisseurs ». 19p. et annexes.
5 Ponsero, A. Le Mao, P., Yesou, P., Allain, J., Vidal, J. 2009. Eutrophisation littorale et conservation de l'avifaune aquatique : le cas de la Bernache cravant (Branta bernicla bernicla) hivernant en baie de Saint-Brieuc. Revue d'Ecologie, Terre et Vie 64 (2009) 157-170.
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