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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/La-faune/Les-mammiferes/Les-mammiferes-marins/Le-programme-Pingiroise
Dernière modification le 19 novembre 2009
Depuis 2008, l’étude pilote Pingiroise teste l’efficacité des répulsifs acoustiques à petits cétacés sur des filets de pêches afin d’éviter leur capture accidentelle. Sami Hassani, responsable du laboratoire d’étude des mammifères marins d’Océanopolis, fait le bilan de ce travail collaboratif.
Pingiroise doit son nom aux pingres, ces boîtiers acoustiques répulsifs pour les cétacés qui doivent équiper les filets de tous les navires de plus de 12 m, en application du règlement européen n° 812/2004. Ce même règlement prévoit que des études pilotes soient réalisées dans les aires marines protégées. Ce qui a amené à choisir le parc naturel marin d’Iroise. Car le filet est l’un des engins de pêche les plus utilisés par la flotte finistérienne. Et la mer d’Iroise abrite un quart de la population française des mammifères marins sédentaires ainsi que de nombreuses espèces de cétacés de passage.
Pingiroise comporte plusieurs volets : observer les captures accidentelles, estimer l’abondance et la distribution des cétacés en Iroise, tester l’utilisation de répulsifs acoustiques sur les fileyeurs et modéliser leurs effets sur les populations de cétacés.
Le programme Pingiroise associe l’Agence des aires marines protégées, le parc naturel marin d’Iroise, les comités des pêches d'Audierne et du Nord-Finistère, l' Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) et le Laboratoire d'étude des mammifères marins (Lemm) d'Océanopolis. Il bénéficie de fonds européens pour la pêche via le Comité national des pêches et des élevages marins, de financements de l’Agence des aires marines protégées, des conseils régional de Bretagne et général du Finistère.
L’Agence des aires marines protégées est le maître d’ouvrage de ce programme et délègue la définition des axes de travail au parc naturel marin d’Iroise. Le parc a en charge la surveillance du déroulement du programme. L’Ifremer coordonne les enquêtes auprès des professionnels de la pêche et fournit les bases de données nécessaires à l’étude. Le Lemm d’Océanopolis a pour mission de mesurer l’occupation de l’espace par les cétacés en mer d’Iroise par survols aériens. Il doit également étudier l’influence de l’utilisation des répulsifs sur les populations de cétacés dans le parc naturel marin d’Iroise. Le Comité local des pêches maritimes et des élevages marins assure le lien entre le parc naturel marin d’Iroise et les professionnels de la pêche volontaires du programme.
Les survols aériens ont été réalisés tout au long de l’année, recouvrant une zone de 7 076 km². Ils ont permis de définir le taux de rencontre des cétacés en mer d’Iroise. En parallèle, des agents du parc ont embarqué à bord de navires de pêche volontaires pour participer aux opérations de pêche, tester l’utilisation de trois types de répulsifs acoustiques commerciaux et dénombrer les captures accidentelles sur les filières équipées et non équipées de dispositifs acoustiques.
Les survols aériens ont permis de mieux connaître la répartition des cétacés en mer d’Iroise. Le dauphin et le marsouin communs sont les deux espèces les plus observées. Il apparaît que le premier fréquente la mer d’Iroise plutôt en hiver, alors que le second y est surtout observé en été. Leur abondance varie beaucoup d’une année sur l’autre. Mais pour le marsouin commun, elle a été estimée à un millier d’individus en été et celle du dauphin commun à plus de 3 000 individus en hiver.
On note également la présence de grands dauphins pélagiques - qui fréquentent habituellement la zone du plateau continental ou le domaine océanique - en plus des groupes résidents de l’île de Sein et de l’archipel de Molène.
Les tests d’utilisation de répulsifs sur les filets montrent la difficulté de leur usage sur du long terme. En effet, cela s’avère très coûteux compte tenu de leur durée de vie courte et de leur fragilité impliquant un renouvellement régulier de ces boîtiers. De plus, l’expérimentation n’a pas permis de démontrer l’efficacité des répulsifs pour diminuer les captures accidentelles de cétacés dans les filets. Au total, 183 opérations de pêche ont été réalisées et 677 km de filets tests ont été posés. Le taux de captures accidentelles sur les filets non équipés de répulsifs est estimé à 0,006 marsouin par km de filet.
Enfin, la modélisation de l’influence des répulsifs installés sur tous les fileyeurs opérant dans le parc naturel marin d’Iroise laisse apparaître une probable exclusion des cétacés de leur habitat. Le panache acoustique qu’engendreraient les répulsifs s’ils équipaient l’ensemble de la flottille, provoquerait des zones d’exclusion des cétacés dans certains secteurs de pêche très fréquentés en mer d’Iroise.
Sami Hassani, Laboratoire d’étude des mammifères marins (Océanopolis) : Tel. 02 98 34 40 52 ou courriel
Propos recueillis par Emmanuèle Savelli (GIP Bretagne environnement)
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