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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/La-faune/Les-mammiferes/Les-mammiferes-semi-aquatiques/La-loutre-d-Europe

 

Dernière modification le 03 octobre 2007


fiche nature

La loutre d'Europe

Rédigé par :

Franck Simonnet Groupe mammalogique Breton (GMB)

En collaboration avec :

Janély Rejony Association pour la protection et la mise en valeur de la Vallée du Léguer (Association Vallée du Léguer) , 
Jean Manelphe Syndicat du bassin du Scorff (Syndicat du bassin du Scorff)




Loutres juvéniles Loutres juvéniles

Par sa situation de super-prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, la loutre d’Europe est un maillon essentiel des écosystèmes aquatiques. Son comportement discret, son mode de vie solitaire et la grande taille de son domaine vital - impliquant de faibles densités - la rendent difficile à observer. La mortalité routière constitue aujourd'hui l'une des principales menaces directes pour l’espèce. La pollution des eaux peut également s'avérer néfaste pour ses proies et sa santé.


La loutre d'Europe (Lutra lutra) appartient à l'ordre des carnivores et à la famille des mustélidés. Dans cette famille, on rencontre également en Bretagne la belette, l'hermine, le vison, le putois, la fouine, la martre et le blaireau. Mesurant entre 80 et 140 cm (dont 35 à 55 cm pour la queue) et pesant entre 5 et 12 kg.

Principalement nocturne en eau douce, cet animal solitaire occupe un très grand domaine vital : quelques kilomètres sur les côtes marines, de 5 à plus de 40 km en rivière. Dans les gîtes les plus sûrs, la loutre donnera naissance - à n'importe quelle période de l'année - à un ou trois loutrons (exceptionnellement quatre) après une gestation d'environ deux mois. Ceux-ci seront sevrés à quatre mois, puis suivront leur mère jusqu'à l'âge de huit à dix mois. Durant cette période d'apprentissage, les petits apprendront à nager et à chasser, en commençant sur des proies étourdies par leur mère.

La loutre consomme principalement du poisson. En Bretagne, elle se nourrit aussi, mais dans une moindre mesure, de crapauds, grenouilles et écrevisses ; plus exceptionnellement, elle mange des petits mammifères, des oiseaux d'eau, des insectes ou des reptiles. Opportuniste, elle consomme avant tout les proies les plus faciles à capturer ; son régime alimentaire varie ainsi selon les régions et les saisons. La loutre possède d’ailleurs une silhouette hydrodynamique, une queue épaisse et musculeuse, quatre pattes entièrement palmées et un pelage dense (35 000 à 50 000 poils/cm² !) : c’est une excellente nageuse.

La pollution de l’eau ainsi que la présence d’infrastructures routières fragmentant l'habitat et isolant les populations de loutres dégradent les habitats de l’espèce. Elles limitent sa présence en Bretagne.

La chasse et le piégeage de l’espèce étant interdits depuis 1972, ce sont aujourd'hui les collisions routières qui constituent la principale cause de mortalité due à l'homme. Le Groupe mammalogique Breton a ainsi recensé plus d'une centaine de cas de mortalité par collision routière en Bretagne depuis 1980. Avec la recolonisation en cours de l'espèce, alors que le trafic augmente et que le réseau routier devient plus dense, ces collisions sont de plus en plus nombreuses d'année en année (11 cas en moyenne annuelle depuis 2004). En effet, la loutre traverse fréquemment la route pour franchir les ponts, particulièrement en période de crue.

Enfin, des captures accidentelles peuvent entraîner une mortalité supplémentaire. Sur le littoral breton, il lui arrive de visiter les casiers utilisés pour la pêche des tourteaux ou des araignées, d'y rester coincée et d'y mourir noyée. La capture dans des pièges à ragondin comporte quant à elle un risque en raison de confusions possible entre les espèces et peut s'avérer problématique si une mère allaitante est retenue trop longtemps prisonnière. Ces destructions accidentelles restent relativement exceptionnelles mais peuvent avoir un impact non négligeable pour l'espèce. Car en raison de ses faibles densités naturelles, d'une fécondité plus de 5 ans en nature), la loutre est une espèce fragile : sur un bassin versant de Bretagne, la disparition d'un seul individu constitue une perte importante.

Des ponts équipés de passages à loutre

Passage à faune
Passage à faune

La loutre est une espèce intégralement protégée depuis 1981. Sa destruction est interdite, mais également le transport ou la commercialisation de cadavres.

Cette protection a permis une large sensibilisation de divers acteurs en Bretagne. Pour assurer la préservation de l'espèce et favoriser son retour sur les cours d'eau dont elle avait disparu, le Groupe mammalogique Breton (GMB) mène, avec le soutien du conseil régional et des conseils généraux du Finistère, des Côtes-d'Armor, d' Ille-et-Vilaine et du Morbihan, un programme d'actions dans le cadre d'un contrat Nature intitulé « Mammifères semi-aquatiques de Bretagne ». Des ponts en Bretagne sont aménagés de passages à loutre pour diminuer le risque de collision routière. Le GMB travaille pour cela en collaboration avec les services routiers des collectivités, apporte son conseil pour la conception de ces aménagements et assure un suivi de leur efficacité. Les premiers passages à loutre remontent à 1989 ; il en existe aujourd'hui une quarantaine.

Afin de préserver la capacité d'accueil des habitats de l'espèce, le GMB et de nombreux organismes s'impliquent dans la gestion des milieux naturels que ce soit dans le cadre du réseau écologique européen Natura 2000 (l'espèce est présente dans 27 sites en Bretagne) ou lors de l'entretien de rivière ( Contrats de restauration et d'entretien des milieux aquatiques). Il s'agit de conserver les gîtes potentiels, d'être vigilant à la façon dont la végétation est entretenue et de favoriser la reproduction des proies.

Ces actions sont par exemple mises en œuvres dans deux sites Natura 2000 : celui du Léguer et celui du Scorff. Dans le bassin versant du Léguer et en particulier dans le site Natura 2000, l'association du Léguer a confié en 2006 au Groupe mammalogique Breton une étude pour diagnostiquer les ponts les plus dangereux sous les routes départementales et la nationale 12. Suite aux résultats obtenus, elle va travailler en partenariat avec le conseil général des Côtes-d'Armor qui équipera les ponts de passages à faune soit directement pour les ouvrages qui le permettent, soit à la faveur de réparations ou de travaux à venir pour les ouvrages qui ne peuvent être aménagés facilement. Le pont de Kerret qui coupe une route communale entre Guerlesquin et Plougras est équipé depuis 2005, et un passage à pêcheur existant sous une rocade à Lannion a été amélioré pour permettre aussi celui de la loutre.

L'installation de ces types d'aménagements est aussi d'actualité dans la zone Natura 2000 du Scorff où le Syndicat du Scorff possède déjà une liste des ponts dangereux. Celle-ci sera complétée et précisée en 2007 pour un début des aménagements prévu en 2008. Ceci viendra s'ajouter à la préservation des habitats favorables à l'espèce actuellement en place : le cahier des charges pour l'entretien et la restauration de rivière a en effet été adapté afin de tenir compte de la présence de la Loutre sur toute la zone Natura 2000.

Enfin, des havres de paix pour la loutre sont établis par convention avec le GMB sur des propriétés privées ou publiques. Au sein de ce réseau de sites, l'espèce est assurée d'une tranquillité et du maintien d'habitats favorables.


Sources

La loutre - R. ROSOUX et J. GREEN - 2004