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Dernière modification le 29 septembre 2009


fiche nature

Le castor d'Europe

Rédigé par :

Franck Simonnet Groupe mammalogique Breton (GMB)




Castor nageant Castor nageant

Connu pour ses barrages de branchages, le castor s’installe sur les cours d’eau lui offrant une végétation riche, composée de jeunes arbres à bois tendre et de plantes herbacées. Il y a une dizaine de groupes familiaux cantonnés dans les monts d’Arrée, suite au lâcher d’une dizaine d’individus à la fin des années 1960.


Le castor d'Europe (Castor fiber) est le plus gros rongeur d’Europe. Il mesure entre 90 et 120 cm (avec la queue) et pèse entre 12 et 32 kg (21 kg en moyenne). Chacun connaît la queue plate et écailleuse du castor. Elle peut servir d’alarme en frappant la surface de l’eau. Mais c’est avant tout un gouvernail et une réserve de graisse. Ce mammifère semi-aquatique possède d’autres adaptations morphologiques et physiologiques étonnantes : des pattes arrières palmées et une fourrure dense, des pattes antérieures préhensiles, une double griffe au deuxième doigt des pattes postérieures pour peigner sa fourrure, des incisives solides et des mâchoires puissantes avec lesquelles il ronge le bois. Grâce à un processus de division cellulaire atypique, il peut même renouveler rapidement l’épithélium de son œsophage abîmé par le passage d’aliments ligneux.

Le castor d’Europe vit au bord de cours d’eau, de préférence lents, avec des berges meubles où il gîte, bordées d’une végétation riche. Il se déplace principalement dans l’eau, y prélève une partie de sa nourriture et ne s’en éloigne guère à plus de 30 m. Il se réfugie dans l’eau au moindre danger. Strictement herbivore, il consomme des plantes herbacées (angélique des bois, reine des prés) ou aquatiques, des racines, le feuillage et l’écorce des arbres à bois tendre. Comme d’autres rongeurs et comme le lapin, il ingère deux fois ses crottes[ 1], ce qui lui permet de mieux digérer la cellulose.

Contrairement à la plupart des rongeurs, le castor ne peut avoir que peu de petits par an : une seule portée de deux jeunes en moyenne. Il vit en groupes familiaux composés d’un couple d’adultes, des jeunes de l’année et de ceux de l’année précédente qui prennent soin des derniers nés. Chaque groupe familial, dominé par la mère, occupe un territoire linéaire de l’ordre de 500 m à 3 km de cours d’eau. Ce territoire est défendu contre les autres castors et marqué par du castoréum, une sécrétion très odorante utilisée autrefois en parfumerie et pour soigner les maux de tête. L’accouplement a lieu entre janvier et mars, et la naissance d’avril à juin. Sevrés à trois mois environ, les petits s’émancipent au bout d’un an et demi à deux ans. La maturité sexuelle est atteinte à deux ans chez les femelles et trois ans chez les mâles. Leur longévité est de l’ordre de 10-15 ans en milieu naturel.

Chez cette espèce essentiellement nocturne, la vie du groupe familial se déroule en bonne partie dans le terrier. Si la berge n’est pas assez haute, le castor peut aménager un terrier-hutte à l’aide de branchages. Pour maintenir en permanence son entrée sous l’eau mais aussi pour faciliter et élargir son accès à la nourriture, le castor peut construire des barrages à l’aide de branchages. Non systématique, ce comportement semble avoir davantage lieu sur les petits cours d’eau lents.

Ces barrages ont des effets positifs sur les milieux aquatiques : ils régulent les écoulements (écrêtage de crues et maintien d’étiage), retiennent les sédiments en suspension dans l’eau et oxygènent l’eau du ruisseau. Ils créent également des retenues très favorables à la biodiversité : les invertébrés aquatiques, les libellules, les éphémères, les batraciens ou encore la loutre d’Europe et le campagnol amphibie apprécient leur présence.

La seule population en Bretagne se trouve dans les monts d’Arrée

Castor
Castor

Le castor était autrefois chassé et piégé pour sa viande (consommée les jours maigres), sa fourrure et le castoréum. Présent à l’origine dans toute l’Europe et en Asie, il a fortement régressé en raison d’une surexploitation. Dès le XIe siècle, l’espèce avait disparu de plusieurs régions d’Europe (Italie, Grèce, Danemark). Au début du XXe siècle, elle ne subsistait que sous la forme de petites populations très localisées, éparpillées principalement dans le nord du continent. En France, une centaine d’individus survivait dans la vallée du Rhône, dans des zones difficiles d’accès.

À partir des années 1950, plusieurs réintroductions ont été tentées en Europe de l’Ouest. Des castors provenant du Rhône (où il était protégé depuis 1909 !) furent notamment relâchés sur le bassin de la Loire et en Bretagne. Aujourd’hui, l’espèce a entamé une recolonisation des cours d’eau dont elle avait disparu, occupant notamment une grande partie du bassin de la Loire. Le castor est protégé au niveau français et européen ; sa destruction, ainsi que celle de ses sites de reproduction et de ses aires de repos sont interdites.

En Bretagne, il a fait son retour lorsque dix individus, six mâles et quatre femelles, furent relâchés de 1968 à 1971 dans le parc naturel régional d'Armorique, sur le cours supérieur de l'Ellez. Afin d'éviter l'échec de la réintroduction par la dispersion des animaux, ces lâchers furent effectués entre deux barrages. Au cours des années suivantes, plusieurs familles s’établirent sur le cours de l’Ellez et de deux de ses affluents. L’espèce a cependant disparu de l’un d’entre eux dans les années 1980, vraisemblablement suite à des destructions intentionnelles. Le dernier suivi réalisé (2006), a permis de constater une relative stabilité de la population et d’identifier la présence d’une dizaine de groupes familiaux. Présente depuis bientôt 40 ans, la population de castor des Monts d’Arrée ne montre pas de dynamique marquée d’expansion, les raisons de ce phénomène restant mal identifiées.

Circonscrite dans la cuvette du Yeun Ellez en raison de la présence du chaos de Saint-Herbot difficilement franchissable en aval, la population de castor des monts d’Arrée a mis longtemps à essaimer en dehors de cette zone. Ce fut effectivement le cas à la fin des années 1990 lorsque quelques individus émigrés de la cuvette s’installèrent sur le Haut-Aulne. L’espèce est toujours présente dix ans après, des prospections menées par le groupe de travail Castor ( Groupe mammalogique breton, Office national de la chasse et de la faune sauvage, Bretagne-Vivante SEPNB monts d’Arrée, parc naturel régional Armorique) ayant permis d’identifier trois foyers d’activité sur le même secteur.
Enfin, signalons que, si cette population des monts d’Arrée est la seule de Bretagne, le castor est susceptible de s’établir à moyen terme dans le sud-est de la région, depuis les populations de la Loire et via le Canal de Nantes à Brest.

Comment cohabiter avec le castor ?

Le castor peut, comme la loutre, être victime de collisions routières au niveau des ponts. Aussi, l’aménagement de passages à sec sous les ponts, adaptés aux caractéristiques des deux espèces, leur est favorable.

Par ailleurs, la présence du castor peut provoquer quelques nuisances pour lesquelles il existe des solutions. Rares ou inexistants en Bretagne, les dommages aux cultures et aux arbres (peupliers, fruitiers) restent localisés aux bords de cours d’eau et peuvent être prévenus par la pose de manchons et de clôtures (avec fil électrique pour les grandes plantations) et par le maintien d’une bande de 5 mètres de végétation naturelle (saules).

Certains barrages de castor peuvent provoquer l’inondation de chemins, voire de routes. Dans ce cas, des siphons posés dans le barrage permettent de réduire le niveau d’eau en amont. Ces dispositifs sont encore en phase d’expérimentation, en Bretagne et dans d’autres régions, et doivent être testés en fonction des caractéristiques de chaque site.


[1] Ce comportement est appelé « caecotrophie »


Sources

Castors bretons - F. De Beaulieu - 1999
Le Castor sur le bassin de la Loire et en Bretagne - P. Rouland, Y. Léonard et P. Migot (Coord.) - 2003