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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/La-faune/Les-mammiferes/Les-mammiferes-semi-aquatiques/Le-ragondin
Dernière modification le 09 janvier 2007
Un gros rongeur sud-américain
Importé pour le commerce de sa fourrure à la fin du XIXe siècle, le ragondin a depuis largement colonisé les milieux aquatiques de l'Hexagone. Son taux de reproduction élevé et une faible pression de prédation sont pour l'espèce deux atouts qui lui permettent de proliférer aisément dans les milieux aquatiques français. Le ragondin sape les berges où il s'installe en creusant son terrier. Il contracte aussi des maladies parasitaires, virales et bactériennes qu'il peut transmettre à l'homme et au bétail. De plus, sa présence semble provoquer des perturbations écologiques sur plusieurs espèces fréquentant les milieux aquatiques et les zones humides.
Le ragondin (Myocastor coypus) est un gros rongeur (de 5 à 7 kg), originaire d'Amérique du Sud, qui a été importé en 1882 pour sa fourrure. Mammifère semi-aquatique, il fréquente les zones humides et tout type de milieux aquatiques. Il creuse des terriers de 30 cm de diamètre dans les berges et se déplace soit dans l'eau, soit sur les rives sans vraiment s'éloigner de l'eau.
La femelle peut avoir jusqu'à 3 portées par an, de 5-6 petits en moyenne sevrés à 2 mois. Contrairement à la plupart des mammifères, elle porte ses mamelles sur les flancs et non sur le ventre. Elle aurait développé cette particularité pour mieux échapper à l'un de ses principaux prédateurs naturels, le Caïman, dans son aire de répartition d'origine.
L'élevage de ragondins, importés pour leur fourrure, a pris son essor dans les années 1920. Comme le vison d'Amérique et le rat musqué, des animaux se sont échappés d'élevages, et pendant l'entre deux guerres, il y a eu des lâchers volontaires dans le milieu naturel dans le but de limiter la végétation des bords d'étangs. Il a aussi été vendu dans les années 1920 comme animal de compagnie, ce qui a certainement facilité sa diffusion dans le milieu naturel. Mais il faut attendre les années 1970 pour que l'espèce s'habitue aux hivers tempérés de la France, et qu'elle s'installe durablement dans le milieu naturel. Depuis, elle s'est bien implantée car elle a une capacité de reproduction élevée (jusqu'à 15 à 18 petits par an), et elle a peu de prédateurs naturels (loutre d'Europe, putois, busard des roseaux, héron, renard, etc.) qui capturent essentiellement des jeunes.
Malgré la présence connue d'élevages en Bretagne dans les années 1920, le Ragondin n'a fait souche dans la région que bien plus tard, au cours des années 1980. Arrivé par le sud-est de la péninsule - notamment par la Brière - à la fin de années 1970, il s'est ensuite étendu progressivement vers l'ouest, utilisant le canal de Nantes à Brest. Aujourd'hui, seules quelques enclaves à la pointe du Finistère restent encore inoccupées.
Des terriers de 20 à 30 cm de diamètre et des coulées empruntées systématiquement sont deux indices qui attestent la présence d'un ragondin sur une rivière ou un plan d'eau. Le problème est que ces terriers et coulées déstabilisent les berges, voire provoquent leur affaissement, et fragilisent les infrastructures hydrauliques (barrages, digues) qu'elles soutiennent.
Autre problème sérieux posé par l'espèce : le risque de transmission de maladies au bétail et à l'homme. Le ragondin peut, par exemple, héberger la forme adulte de la douve du foie, un parasite des bovins. Il peut aussi transmettre à l'homme la tularémie par voie cutanée - même en l'absence de plaie à travers la peau saine (manipulation par des chasseurs, simple contact, etc.) -, par voie respiratoire, digestive ou conjonctivale, et la leptospirose par morsure ou par contact avec des eaux souillées.
Au menu de ce rongeur, on trouve bien sûr la végétation des berges mais il ne dédaigne pas, lorsqu'il en a l'occasion ou que la saison hivernale l'y oblige, de quitter les berges pour s'alimenter ; il provoque des dégâts qui peuvent être localement importants sur les cultures (orge, blé, ray-grass, maïs, etc.) et les arbres (écorçage de peupliers) limitrophes aux rivières ou plans d'eau qu'il occupe.
Sa présence pourrait avoir une incidence écologique non négligeable sur plusieurs espèces fréquentant les mêmes milieux que lui. En consommant la végétation des roselières, il est soupçonné de gêner la nidification des oiseaux des zones humides. En raison de la dégradation des berges qu'il génère, il pourrait aussi dégrader la qualité des frayères de certains poissons d'eau douce en augmentant ainsi le colmatage des fonds. Enfin, une compétition avec le rat musqué et le campagnol amphibie n'est pas exclue ; elle expliquerait leur raréfaction dans certains sites en Bretagne.
Le ragondin est une espèce chassable, classée nuisible par les préfets des départements bretons en raison des dégâts qu'il peut commettre sur les berges et les cultures. Plusieurs milliers sont détruits chaque année 1 , occasionnellement par le tir, mais surtout par piégeage. La cage-piège, généralement utilisée, est dite sélective car l'animal est piégé vivant ce qui évite de détruire des espèces protégées comme la loutre d'Europe, parfois capturée accidentellement.
Depuis plusieurs années, la lutte chimique contre le ragondin est proscrite dans les quatre départements bretons. Elle pose, en effet, la question du devenir des produits toxiques, une fois libérés dans les milieux aquatiques ; des traces en ont été retrouvées dans le foie d'espèces carnivores (loutre, putois). Cette méthode non sélective peut détruire des espèces de rongeurs protégées comme le castor ou menacées comme le campagnol amphibie. Elle est aussi connue pour provoquer la mort par intoxication indirecte des espèces carnivores dont certaines sont elles aussi protégées (loutre, vison d'Europe).
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