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Dernière modification le 15 décembre 2006


fiche nature

Le vison d'Amérique

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Franck Simonnet Groupe mammalogique Breton (GMB)




Vison d'Amérique Vison d'Amérique

Un petit mustélidé originaire d’Amérique du Nord

Échappé de fermes où il était élevé pour sa fourrure, le vison d'Amérique est retourné à l'état sauvage et s'est solidement implanté en Bretagne.


C'est dans les années 1920 que le vison d'Amérique (Mustela vison) est arrivé dans l'Hexagone. A partir des années 1960, ce petit mustélidé a fait souche dans le milieu naturel, notamment dans la région bretonne dont il occupe aujourd'hui presque l'ensemble du réseau hydrographique.

Petit carnivore, le vison d'Amérique est légèrement plus grand et plus corpulent (550 g à 1 kg pour les femelles ; 800 g à 2 kg ou plus pour les mâles) que le vison d'Europe (400 à 650 g pour les femelles ; 600 g à 1,2 kg pour les mâles). Les mâles et les femelles vivent séparés pendant l'année. Ils s'accouplent en février-mars, et les naissances se déroulent d'avril à mai. En général, une portée annuelle compte de 4 à 7 petits (jusqu'à 17 en captivité !). L'espèce fréquente les milieux aquatiques et les zones humides.

Opportuniste, le vison d'Amérique a un large spectre alimentaire. Il consomme beaucoup de petits mammifères comme les campagnols, les mulots mais aussi le rat musqué, qui est l'une de ses proies privilégiées dans son aire de répartition naturelle. Il ne dédaigne pas les poissons ni les oiseaux aquatiques (poules d'eau, foulques, râles, canards). Sur le littoral breton, on constate qu'il peut aussi manger des lapins de garenne, et même des oiseaux marins, particulièrement en baie de Morlaix mais aussi de façon plus ponctuelle sur les falaises du Cap Sizun. L'espèce s'aventure même sur des îlots qu'elle rejoint à la nage. Son goût pour les oiseaux peut d'ailleurs l'amener à commettre des déprédations dans les élevages avicoles, ce qui lui vaut d'être classé nuisible dans toute la Bretagne.

Les « grandes évasions » dans les années 1960

Alors qu'il a débuté aux environs de 1920, ce n'est que dans les années 1950 que l'élevage du vison d'Amérique, dédié au commerce de sa fourrure, a réellement pris son essor. Cette activité s'est particulièrement développée en Bretagne grâce à la proximité de sous-produits de pêche et d'abattoirs, fournissant les aliments nécessaires à ce petit carnivore. La région produit aujourd'hui plus de la moitié du cheptel national ; les quatre plus gros élevages détiennent de 10 000 à 50 000 femelles reproductrices et assurent les deux tiers de la production nationale.

Libérés volontairement ou - le plus souvent - échappés de visonnières, des animaux se sont implantés dans les milieux aquatiques bretons. Après la période des « grandes évasions » dans les années 1960, la région a connu un épisode marquant : la tempête de 1987, au cours de laquelle 40 000 visons d'Amérique se sont échappés d'un élevage du Morbihan. La conquête de la Bretagne est quasi-totale comme l'a révélé une enquête de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage menée en 1999. Et dépassant les frontières régionales, l'espèce s'étend désormais en Normandie et en Loire-Atlantique.

L'espèce est aujourd'hui tout à fait acclimatée en Bretagne. Pourquoi ? Parce qu'elle fait preuve de très bonnes capacités d'adaptation et parce qu'aucune autre espèce ne semble pouvoir limiter son extension : la loutre d'Europe est un prédateur potentiel, mais de façon occasionnelle et anecdotique, cette prédation s'exerçant uniquement sur des jeunes. Par ailleurs, c'est le vison d'Europe qui occupe la niche écologique la plus proche et pourrait entrer en compétition avec le vison d'Amérique. Or l'espèce est en très forte régression en France et a probablement disparu de Bretagne. Ironie du sort, ce serait en partie en raison de l'arrivée de son cousin américain.


Sources