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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/La-faune/Les-oiseaux/Les-oiseaux-marins/Derangement-et-predation-font-fuir-les-sternes
Dernière modification le 24 octobre 2005
Les sternes, toutes espèces confondues, sont particulièrement sensibles au dérangement. La compétition spatiale et la prédation que ce soit par les goélands, les rats, les renards ou le vison d’Amérique jouent également sur les effectifs de sternes. Seule leur protection au sein de réserves semble aujourd'hui enrayer l'érosion de leurs effectifs en Bretagne.
Sur plusieurs colonies de sternes bretonnes, l'augmentation rapide des effectifs de goélands dans les années 1960-1970 s'est accompagnée d'une disparition concomitante des sternes naines, de Dougall, caugek et pierregarin. La désertion des îles Dumet (Loire-Atlantique) et Méaban (Morbihan) par les sternes caugek semble liée non seulement au développement du tourisme nautique et aux débarquements fréquents et incontrôlés (plus d'une centaine de bateaux certaines journées d'été à Dumet), mais aussi à l'augmentation du nombre de goélands.
Une surveillance annuelle a été mise en place sur certaines colonies comme au Banc d'Arguin. Elle coïncide avec l'installation durable des sternes caugek. Le recensement des colonies par les naturalistes fait l'objet de multiples précautions pour éviter l'exposition des couvées aux prédateurs, au soleil ou aux intempéries selon les conditions météorologiques, et les risques d'abandon des pontes voire de la colonie. La durée des opérations de dénombrement ne doit pas excéder une vingtaine de minutes.
Déjà notés en 1991, des cas de prédation par des visons d'Amérique sur la colonie de l'île aux Dames en baie de Morlaix, le sont à nouveau en 1996, et s'intensifient en 1997 avec au minimum 49 adultes tués sur leurs nids. Ces carnivores font partie des espèces invasives ; des individus se sont échappés de fermes où ils étaient élevée pour leur fourrure, ils s'adaptent rapidement au milieu naturel et représentent une importante menace pour les oiseaux marins. Ce sont de redoutables prédateurs, capables de gagner à la nage des îlots situés à plus d'un kilomètre du littoral. Le problème de la prédation par les visons d'Amérique devient majeur. Il ne pourra être résolu que par des campagnes de piégeage intensif, à la fois sur les îlots et sur le littoral proche.
Parmi les raisons expliquant la régression des populations de sterne, il faut aussi noter la capture des sternes caugek et de Dougall sur les zones d'hivernage africaines. Des campagnes d'information et de sensibilisation des habitants dans ces pays ont été lancées depuis une quinzaine d'années, opérations menées conjointement par les gouvernements concernés et par des associations européennes de protection de l'environnement. Cet exemple montre bien l'importance de la coopération internationale en matière de protection de la nature.
Plus que pour les autres sternes, les colonies de sternes caugek montrent des variations interannuelles d'effectifs, parfois très marquées, les oiseaux pouvant émigrer sur de grandes distances. Ainsi, la protection de l'espèce doit être appréhendée globalement sur de vastes territoires (nationaux ou internationaux), mais elle ne peut se traduire dans les faits que par des actions locales. Tant au niveau régional que national, la très grande majorité des effectifs est aujourd'hui localisée sur des espaces protégés.
À l'exception, certaines années, de quelques couples isolés, l'ensemble des sternes de Dougall se reproduit sur des îlots en réserve, et principalement celles de l'association Bretagne Vivante. Les actions conduites annuellement sur ces réserves contribuent à maintenir les potentialités d'accueil pour l'espèce et notamment à éviter les dérangements humains tout en informant le grand public.
De même, sans les interdictions de débarquement, les opérations de surveillance, d'information et de sensibilisation du public, il est impossible de garantir l'avenir de la sterne pierregarin. Les opérations de gestion de la végétation, de dératisation et d'éradication ponctuelle des goélands s'avèrent également importantes pour assurer le maintien ou le renforcement des colonies existantes. Les réserves accueillent environ la moitié des effectifs bretons. Cette moindre proportion par rapport aux autres sternes est due à l'existence de nombreux couples plus ou moins isolés et de petites colonies dispersées, dont plusieurs sur des pontons ostréicoles ou portuaires, ou sur d'autres structures artificielles (bateaux désarmés, ducs d'Albe, etc. ; ces sites artificiels hébergent 18 % des effectifs en 2003). C'est le cas notamment dans le golfe du Morbihan et en rade de Brest. Mais cela peut poser des problèmes d'interactions avec les activités humaines.
La sterne naine, considérée comme vulnérable, est protégée par la réglementation française depuis 1962. Cela signifie que « sont interdits en tout temps la destruction ou l'enlèvement des œufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l'enlèvement, la naturalisation des oiseaux ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ». Elle est inscrite en annexe I de la directive Oiseaux et, à ce titre, doit faire l'objet de mesures spéciales de conservation, en particulier en ce qui concerne son habitat (désignation de zones de protection spéciale du réseau écologique européen Nature 2000). Elle est également protégée au titre des conventions de Berne (conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe) et de Bonn (Conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage).
Seule la colonie de Béniguet bénéficie d'un statut de protection, qui empêche les dérangements d'origine humaine autrefois fréquents des sternes naines. Il est d'ailleurs vraisemblable que la mise en réserve de cette colonie au début des années 1990 ait pu sauver l'espèce de l'extinction en Bretagne. Au sillon du Talbert en revanche, quelques mesures de protection de la colonie ont été prises, notamment depuis 1999 dans le cadre du programme Life « Archipels et îlots marins de Bretagne », mais avec peu de résultats en l'absence d'une surveillance régulière.
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