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Dernière modification le 24 octobre 2008


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L'évolution des populations de sternes en Bretagne

Rédigé par :

Arnaud Le Neve ,  Bernard Cadiou Bretagne vivante (SEPNB)




L'ensemble du littoral breton regroupe une quinzaine de colonies de sternes en Bretagne. Oiseaux très sensibles au dérangement et à la prédation, ils sont devenus rares et difficiles à observer sur nos côtes. Aujourd'hui, les populations des quatre espèces de sternes (de Dougall, pierregarin, caugek et naine) montrent des fluctuations de leurs effectifs.


Sterne caugek - La sterne caugek se reproduit dans la majorité des pays littoraux bordant l'Atlantique du nord-est, la mer du Nord, la mer Baltique, la Méditerranée, la mer Noire et la mer Caspienne. Elle est également présente sur le continent américain, du nord des États-Unis à l'Argentine. La population mondiale compte près de 170 000 couples. Sur le littoral français, la sterne caugek est très localisée et se reproduit actuellement dans cinq secteurs : le Nord-Pas-de-Calais, la Bretagne, la Vendée, la Gironde et le littoral méditerranéen. L'installation récente dans le Nord-Pas-de-Calais depuis 1996 est une conséquence probable de la destruction en 1995 d'une importante colonie en Belgique.

Evolution des effectifs nicheurs de sternes caugek en Bretagne entre 1950 et 2009
Evolution des effectifs nicheurs de sternes caugek en Bretagne

En 2007, un minimum de 1 314 couples de sternes caugek a niché en Bretagne, soit une probable diminution de 23 % par rapport à 2006 (1 684 couples nicheurs). Cette diminution globale est due à la réduction des effectifs nicheurs à l’île aux Moutons. C'est avec la Colombière (Côtes-d'Armor) et la baie de Morlaix (Finistère), l'un des principaux secteurs de reproduction.

L'espèce a disparu de la région des Abers (Finistère) et du golfe du Morbihan ; elle ne se reproduit qu'occasionnellement et généralement en faible nombre dans d'autres secteurs, notamment l'archipel de Bréhat (Côtes-d'Armor), l'archipel de Molène (Finistère) et la rivière d'Étel (Morbihan). Au total, sur la soixantaine d'îlots occupés au moins une fois par l'espèce depuis 1950, moins d'une dizaine l'ont été au cours des cinq dernières années

Sterne de Dougall - La sterne de Dougall est, parmi les oiseaux marins de nos côtes, l'espèce qui présente la distribution mondiale la plus cosmopolite. Les régions tropicales concentrent la majorité des effectifs, notamment les Caraïbes, l'Afrique de l'est (Kenya) et Madagascar. L'espèce se rencontre également sur d'autres îles de l'Océan Indien et dans le sud-est de l'Asie, en Australie, ou encore au Japon et en Chine. Elle se reproduit en zone tempérée dans l'Atlantique nord : Canaries, Madère, Açores, Bretagne, Grande-Bretagne et Irlande d'un côté, Canada et Etats-Unis de l'autre. La population mondiale compterait de l'ordre de 130 000 couples, dont 1 610 environ pour l'année 2000 sur les colonies du nord-est de l'Atlantique (localisées, par ordre décroissant d'importance, aux Açores, en Irlande, en Bretagne et en Grande-Bretagne). C'est en Europe, l'oiseau marin le plus rare et le plus menacé.

Les premiers renseignements que fournit la littérature ornithologique sur les sternes de Bretagne concernent la sterne de Dougall. Entre 1868 et 1909, Louis Bureau, ornithologue nantais, prospecte l'ensemble du littoral breton et découvre des sternes de Dougall sur treize îlots, de la Loire-Atlantique au Finistère. Malheureusement, les informations sur la taille des colonies sont trop vagues et ne permettent pas d'évaluer l'importance des effectifs. À partir de 1950, le développement considérable de l'ornithologie de terrain, et l'intérêt particulier porté aux oiseaux marins, permet d'obtenir des données plus précises sur l'ensemble du littoral breton. Les visites répétées sur les îlots de Bretagne permettent de retrouver la sterne de Dougall dans tous les secteurs connus au début du siècle. Il devient alors possible de connaître l'état des populations.

Evolution des effectifs nicheurs de sternes de Dougall en Bretagne entre 1950 et 2009
Evolution des effectifs nicheurs de sternes de Dougall en Bretagne

Si la situation apparaît relativement stable depuis 1999 avec environ 80 couples, une lente érosion des effectifs nicheurs semble néanmoins se produire. Ailleurs en Bretagne, la reproduction occasionnelle de quelques couples a été notée ces dernières années sur l'île aux Moines (ou île Notre-Dame, Rance, Ille-et-Vilaine), sur La Colombière (Côtes-d'Armor), dans l'archipel de Bréhat (Côtes-d'Armor) ou sur l'île aux Moutons (Finistère sud). Suite à l’échec de la reproduction des Dougall sur l’île aux Dames en 2006, il n’était pas certain qu’elles y reviennent en 2007. Non seulement une soixantaine de couples s’y est installée, mais 7 couples ont également choisi de se reproduire à nouveau à la Colombière, ce qui va dans le sens d’une installation durable des Dougall sur ce site. En tout 63 à 69 couples se sont reproduits en Bretagne en 2007. Ce chiffre n’est pas très élevé et confirme la tendance lente à l’érosion des effectifs.

Sterne pierregarin - La sterne pierregarin présente une très large distribution dans le monde, occupant les régions tempérées d'Europe et d'Asie, allant vers le nord jusqu'aux régions arctiques d'Asie et d'Amérique du Nord, et vers le sud en Afrique de l'ouest et au Moyen Orient. Elle se reproduit à la fois en milieu littoral et continental. La population mondiale est estimée à 460 000-620 000 couples, dont 220 000-340 000 en Europe. En France, il existe trois groupes de populations bien distincts : deux sur le littoral, l'un de la Manche à la Charente-Maritime, l'autre dans l'Hérault et les Bouches-du-Rhône, et le troisième en région continentale, principalement sur le cours des grands fleuves.

Evolution des effectifs nicheurs de sternes pierregarin en Bretagne entre 1950 et 2009
Evolution des effectifs nicheurs de sternes pierregarin en Bretagne

Jusqu'au début des années 1970, les effectifs sont de l'ordre de 1 500 couples entre la Bretagne et la Loire-Atlantique, avec un maximum d'environ 2 000 couples en 1969. L'île Dumet (Loire-Atlantique) en concentre la grande majorité dans les années 1950, avec un maximum de 1 200-1 500 couples en 1958, aucune colonie française n'ayant égalé un tel niveau d'importance depuis lors. Mais en quelques années, le statut de l'espèce enregistre de profondes modifications, directement liées à l'augmentation des populations de goélands et probablement aussi au développement des loisirs nautiques. Depuis 1998 où l’on comptait environ 900 couples de sterne pierregarin en Bretagne, niveau le plus faible enregistré depuis 1975 (531 couples) et 1984 (672 couples), on assiste globalement à une remontée des effectifs nicheurs, avec un taux d'accroissement annuel moyen de l'ordre de 6 à 7 %. En 2007, entre 1 258 et 1 318 couples de sternes pierregarin se sont reproduits en Bretagne. Ce chiffre est comparable à celui de l’année 2005 et ne présume pas d’une tendance à la baisse.

Sterne naine - La sterne naine présente une distribution mondiale large mais discontinue, dans les régions tempérées et tropicales d'Eurasie et d'Afrique, avec 44 000 à 130 000 couples dont 20 000 environ en Europe. En France, les effectifs sont principalement concentrés sur le cours de la Loire et sur le littoral méditerranéen.

Evolution des effectifs nicheurs de sternes naines en Bretagne entre 1950 et 2009
Evolution des effectifs nicheurs de sternes naines en Bretagne

Faute de données anciennes, l'historique des sternes naines sur le littoral français de la Manche et de l'Atlantique est impossible à retracer. La prospection du littoral breton par les ornithologues à partir des années 1950 permet de retrouver l'espèce dans le Finistère, mais il faut attendre le milieu des années 1960 pour disposer de données exhaustives au niveau régional. Une baisse importante a été enregistrée au cours des années 1980, avec une population minimum atteignant 14 couples en 1989. Depuis, les effectifs nicheurs ont progressivement augmenté et se situent de nouveau autour des 50 couples.

En 2007, une cinquantaine de couples de sternes naines a niché en Bretagne, soit une augmentation de 28 % par rapport à 2006 (36 couples). Cette espèce montre toujours d'importantes fluctuations des effectifs nicheurs en Bretagne.