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Dernière modification le 24 octobre 2005


fiche nature

L'océanite tempête

Rédigé par :

Bernard Cadiou Bretagne vivante (SEPNB)




Océanite tempête Océanite tempête

Un poids plume chez les oiseaux marins

L'océanite tempête est l'oiseau marin le plus difficile à observer. Seules son odeur caractéristique et des inspections minutieuses des terriers permettent de les dénombrer. Présent sur seize îlots en Bretagne, il est surtout menacé par des prédateurs comme les goélands et les rats.


Avec un peu moins de 40 cm d'envergure et seulement 25 g, l'océanite tempête, Hydrobates pelagicus, est le plus petit et le plus léger des oiseaux marins se reproduisant en Europe. Son plumage est brun - noir, à l'exception du croupion blanc et d'une zone blanche plus ou moins étendue sur la face inférieure des ailes.

L'océanite tempête, se reproduit dans l'Atlantique nord-est (Canaries, Espagne, France, Grande-Bretagne, Irlande, Féroé, Islande et Norvège), ainsi qu'en Méditerranée. Hors de Bretagne, l'océanite tempête ne se reproduit sur la façade Manche-Atlantique française qu'à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) où des colonies ont été découvertes en 1946. Les recherches effectuées aux îles Chausey (Manche) sont restées vaines, mais la présence de rats y limite ses possibilités de reproduction. Il se reproduit toujours à l'abri, utilisant selon les colonies différents types de sites : dessous de blocs rocheux, terriers (initialement creusés par des puffins ou des lapins), ou encore cordons de galets, fissures dans des parois rocheuses, ruines ou anciens murets. La période de ponte (un seul œuf par an déposé à même le sol) est très variable selon les années et s'étale de la fin avril à la fin juillet. Le poussin naît après environ six semaines d'incubation, et ses parents le laissent seul dès l'âge d'une semaine, ne revenant que la nuit pour le nourrir. Le jeune prend son envol pour la haute mer vers dix semaines, entre août et octobre.

Les mœurs nocturnes et la reproduction souterraine des océanites, ainsi que la présence de nombreux oiseaux non-reproducteurs sur les colonies, rendent très complexes les dénombrements : c'est l'oiseau marin le plus difficile à recenser. La seule méthode est l'inspection minutieuse des sites favorables : inspection manuelle, à la lampe torche, olfactive (en reniflant l'entrée des terriers, l'espèce ayant une odeur très caractéristique) ou à la « repasse ». Cette méthode consiste à diffuser un enregistrement du chant de l'espèce au magnétophone à l'entrée des terriers favorables et à écouter l'éventuelle réponse des occupants.

L'océanite tempête est l'un des plus pélagiques des oiseaux marins d'Europe. Il hiverne principalement au large de l'Afrique du Sud, ne revenant à terre qu'en période de reproduction, et de nuit uniquement. Très rarement observée depuis la côte, l'espèce est encore présente au large de la Bretagne en hiver, mais il pourrait s'agir de migrateurs tardifs. Occasionnellement, l'échouage de plusieurs dizaines de cadavres est noté sur le littoral après de violentes tempêtes.

Les oiseaux s'alimentent de jour en limite du plateau continental, se nourrissant de zooplancton, et surtout d'œufs ou de larves de poissons. De nuit, ils peuvent également exploiter les milieux littoraux, à la recherche de petits poissons et crustacés.

La majorité des effectifs d'océanite tempête se trouvent à Molène et Camaret

L'effectif mondial des océanites tempête demeure très imprécis, compte tenu des difficultés de recensement, avec une estimation de 310 000 à 690 000 couples reproducteurs.

Répartition de l'océanite tempête en Bretagne
Répartition de l'océanite tempête en Bretagne

Une nette augmentation des effectifs a été enregistrée en Bretagne à la fin des années 1990 et l'estimation maximale de la population est d'environ 900 couples en 2001-2002. Actuellement, l'espèce est encore présente sur au moins seize îles ou îlots, mais seules huit colonies ont des effectifs supérieurs ou égaux à 10 couples. Deux secteurs géographiques finistériens totalisent 94 % des effectifs bretons, l'archipel de Molène (86 %) et les roches de Camaret (8 %).

La présence de rats, prédateurs notamment d'œufs et de poussins, sur au moins six des colonies anciennement connues semble être à l'origine de leur disparition. Les opérations de dératisation effectuées aux Sept-Îles permettront peut-être la (re)colonisation de certains îlots. Les prédateurs introduits représentent la plus sérieuse menace pour l'espèce en Europe.

La prédation exercée par les goélands peut localement constituer une autre menace, comme sur les colonies de l'archipel de Molène, où le phénomène s'est considérablement développé depuis le milieu des années 1990. Le développement de cette prédation massive pose un certain nombre de questions quant à l'avenir de la colonie et un programme de baguage des océanites a pour principal objectif d'en évaluer l'impact à long terme.

Parmi les autres facteurs limitants, on peut noter l'obturation des sites potentiels par les nids de cormorans (grands ou huppés) ou par le développement d'une végétation nitrophile liée à la présence de goélands, localement l'occupation des sites par les pigeons ou les lapins, et enfin l'érosion naturelle des sites.

L'océanite tempête est protégé par la réglementation française depuis 1975. Cela signifie que « sont interdits en tout temps la destruction ou l'enlèvement des œufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l'enlèvement, la naturalisation des oiseaux ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ».

Archipels et îlots marins de Bretagne
Archipels et îlots marins de Bretagne

L'espèce est également inscrite en annexe I de la directive Oiseaux en tant qu'espèce menacée de la Communauté européenne devant faire l'objet de mesures spéciales de conservation, en particulier en ce qui concerne son habitat. Elle est aussi protégée au titre de la convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe.

Les mesures de conservation envisageables pour cette espèce sont, outre la dératisation sur certains îlots, l'augmentation des potentialités d'accueil sur les colonies, notamment celles qui ont de faibles effectifs, en réaménageant d'anciens sites ou en aménageant de nouveaux. Des opérations d'aménagement ont ainsi été réalisées sur quelques colonies dans le cadre du programme Life « Archipels et îlots marins de Bretagne » (1999-2002).