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Dernière modification le 24 octobre 2005


les impacts

La délicate gestion des goélands qui vivent en ville

Rédigé par :

Bernard Cadiou Bretagne vivante (SEPNB)




En Bretagne, depuis les années 1970-80, les goélands ont choisi le milieu urbain pour implanter de nouvelles colonies. Pour réduire les nuisances liées à cette installation, les communes stérilisent chaque année les œufs de ces oiseaux marins. Cette méthode a l’inconvénient de supprimer les œufs du goéland brun, espèce intégralement protégée, et s’attaque à des colonies dont la taille concurrence parfois les colonies en milieu naturel.


En France, c'est probablement entre 1965 et 1970 que les premiers goélands argentés et bruns s'installent en ville sur les toits du Tréport (Seine-Maritime). Des cas similaires sont ensuite observés dans les années 1970 en Bretagne, à Saint-Malo (premier cas connu en France pour le goéland argenté en 1980), Morlaix et Saint-Brieuc. Depuis lors, le phénomène s'est largement généralisé sur le littoral français.

Malgré les mises en garde répétées des ornithologues et scientifiques dès les années 1970, les pouvoirs publics sont restés indifférents à ce phénomène. Il aurait en effet été judicieux de tenter d'enrayer cette progression dès l'implantation des premiers couples. Aujourd'hui, la Bretagne compte une trentaine de colonies urbaines de goélands argentés, dont une quinzaine dans le Finistère, sur la soixantaine de villes concernées par ce phénomène en France, sur la façade Manche-Atlantique. Les effectifs de goélands argentés citadins sont de l'ordre de 10 700 couples en France (14 % de la population nationale), dont 5 300 couples en Bretagne (12 % de la population régionale). Le goéland brun se reproduit dans une quinzaine de villes en Bretagne, avec 260 couples environ.

Depuis le milieu des années 1980, le goéland marin s'est lui aussi implanté dans les villes françaises, toujours au sein de colonies préexistantes de goélands argentés et bruns, d'abord à Cherbourg en 1984 puis au Havre en 1986. En Bretagne, les premiers couples sont découverts à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et Douarnenez (Finistère) en 1987-1988. En 1997-1998, l'espèce se reproduit dans 7 à 9 villes bretonnes. Les effectifs restent limités (une trentaine de couples au total), avec seulement 1 à 4 couples selon les localités, à l'exception de Lorient (Morbihan) avec 11 en 1997 et 7 en 1998.

Les goélands peuvent avoir un fort impact sur d'autres oiseaux (sternes, limicoles ou océanites) à travers la compétition spatiale ou la prédation. Ils peuvent aussi contribuer à dégrader la végétation sur les colonies de reproduction, entraînant par l'action conjuguée du piétinement et des déjections, l'eutrophisation du milieu, la disparition du tapis végétal originel et de stations botaniques intéressantes. Il a ainsi fallu installer un réseau de fils tendus en toile d'araignée pour empêcher l'atterrissage des goélands et protéger une des stations de narcisses des Glénan (Narcissus triandrus ssp. Capax, sous-espèce végétale endémique et protégée) sur la réserve naturelle de Saint-Nicolas-des-Glénan (Finistère). Un tel système avait déjà été utilisé pour la protection de colonies de sternes au Canada.

Les interférences avec les activités humaines concernent principalement les exploitations conchylicoles (dégâts causés sur les bouchots de moules) et les problèmes posés par leur implantation en milieu urbain. Ponctuellement, d'autres types de nuisances peuvent apparaître (prédation sur des volailles dans des élevages en plein air par exemple).

Un problème d'un autre ordre est lié au développement de colonies sur le littoral de Belle-Île-en-Mer (Morbihan), dans des zones de lande rase à bruyère vagabonde, implantation qui s'accompagne d'une altération progressive de la végétation initiale, remplacée par des plantes nitrophiles. Or, ces landes sont classées d'intérêt communautaire au titre de la directive Habitats. C'est pourquoi une réflexion a été menée sur la pertinence et sur les possibilités de mise en place de mesures d'effarouchement pour dissuader les goélands bruns de s'installer dans ces milieux.

L’impact de la régulation en ville sur les populations littorales

Face aux différents problèmes que posent les goélands en ville et notamment le goéland argenté, des mesures particulières de contrôle de cette espèce ont été mises en œuvre, dès 1978 en Bretagne. Protégé par la loi en France, le goéland argenté peut cependant faire l'objet de régulations après autorisation du ministère chargé de l'Environnement. En Bretagne, il s'agit principalement de stérilisation des œufs.

Mais ces opérations sont peu spécifiques dans les colonies mixtes argenté/brun, avec un impact inévitable sur les goélands bruns, espèce intégralement protégée. Ce problème est susceptible de s'intensifier, notamment en ville si les goélands bruns y poursuivent leur implantation, et deviennent majoritaires comme c'est déjà le cas pour certaines colonies urbaines en Grande-Bretagne.

De plus, la nette réduction des effectifs de goélands argentés en milieu naturel depuis les années 1970-98 pourrait à l'avenir poser un problème tout à fait original en Bretagne. En effet, plusieurs colonies urbaines dont les trois plus importantes, à Lorient, Brest et Saint-Malo, atteignent par leurs effectifs un niveau d'importance départemental voire régional ou même national.

Si le goéland argenté demeure encore l'oiseau marin le plus fréquent et le plus abondant sur le littoral breton, le déclin actuel pourrait faire changer cette situation dans les décennies à venir. La préservation de l'espèce devra-t-elle un jour passer par l'arrêt des opérations de limitation sur les colonies urbaines ? Il est encore trop tôt pour le savoir, mais la gestion cette espèce devra obligatoirement tenir compte de l'évolution démographique des populations de goélands.