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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/La-faune/Les-oiseaux/Les-oiseaux-marins/Le-grand-cormoran
Dernière modification le 17 octobre 2005
Le grand cormoran est un oiseau aux mœurs peu connues et sensible au dérangement. Il étend peu à peu son aire de répartition en Bretagne nord et s'est installé récemment sur des îlots du golfe du Morbihan.
Le grand cormoran (Phalacrocorax carbo), avec 1,50 m d'envergure, est plus grand et plus massif que le cormoran huppé. En période de reproduction, il s'en distingue en outre par une gorge blanche et une tache blanche caractéristique en haut des cuisses. Le reste du plumage est noir. Les jeunes individus montrent des parties inférieures plus claires et un plumage plus brun que les adultes.
Essentiellement piscivore, mais à large spectre alimentaire, le grand cormoran capture ses proies en eaux peu profondes (moins de 10 mètres), dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres autour des colonies. Sur les côtes bretonnes, les mulets, les vieilles et les jeunes poissons plats constituent une part prépondérante de son alimentation.
L'espèce présente une très large distribution au niveau mondial et se reproduit sur tous les continents, à la seule exception de l'Amérique du Sud. Les effectifs européens sont estimés à plus de 200 000 couples à la fin des années 1990, dont environ trois quarts pour les populations continentales (sous-espèce sinensis) et un quart pour les populations littorales (sous-espèce carbo). La distinction de ces deux sous-espèces, impossible de manière certaine dans la nature, divise encore les scientifiques.
Les données sur la reproduction de l'espèce en Bretagne restent encore peu nombreuses. Les oiseaux se cantonnent sur les colonies en décembre ou janvier. Les nids volumineux sont construits dans des endroits généralement plus dégagés que ceux des cormorans huppés, mais les mêmes emplacements sont rarement réoccupés d'une année sur l'autre. Les premiers œufs sont pondus dès février, et la période de ponte s'étale probablement jusqu'en mai - juin (2 à 6 œufs, le plus souvent 3 ou 4). Après un mois d'incubation, et huit semaines d'élevage, les jeunes quittent le nid, mais sont encore nourris par leurs parents pendant plus d'un mois avant leur émancipation définitive.
En période internuptiale, la dispersion des grands cormorans est principalement orientée vers le sud, mais varie selon les colonies d'origine. Si certains oiseaux sont plutôt sédentaires, d'autres sont capables de parcourir de grandes distances. Les eaux côtières de Bretagne sud, et notamment du Morbihan, accueillent en hiver des oiseaux principalement originaires des colonies littorales irlandaises, britanniques et normandes.
Depuis 1970, date de découverte de l'espèce sur l'île des Landes (Ille-et-Vilaine), le grand cormoran a poursuivi son expansion sur le littoral nord de la Bretagne, avec la colonisation de nouveaux îlots jusqu'à la pointe du Finistère au début des années 1990. Une nouvelle étape est franchie depuis 2000, avec la nidification arboricole sur des îlots du golfe du Morbihan. La population bretonne est de l'ordre de 700 à 800 couples, répartis sur une vingtaine d'îlots, et représente environ le tiers des effectifs littoraux de France. La tendance récente semble être à une stabilisation des effectifs, au moins sur les colonies les plus anciennes de Bretagne nord, les effectifs continuant de s'accroître sur les colonies d'installation récente, à la pointe du Finistère et dans le Morbihan.
Le grand cormoran est très sensible au dérangement et les colonies doivent être protégées par des interdictions de débarquement. Si des captures accidentelles dans les filets sont parfois constatées, elles restent limitées et l'espèce semble être, contrairement à d'autres oiseaux marins, capable d'éviter ces engins de pêche.
Le développement de la colonie de grands cormorans de l'archipel de Molène (Finistère) est susceptible d'affecter l' océanite tempête, reproducteur sur le même îlot. En effet, les nids et fientes des cormorans obturent des sites auparavant utilisés par les océanites.
L'évolution du statut du grand cormoran en Europe au cours des trois dernières décennies est très particulière. La race sinensis, autrefois minoritaire (5 300 couples en 1970), a enregistré un formidable accroissement des effectifs accompagné d'une expansion géographique, devenant largement majoritaire devant la race littorale carbo dont la distribution n'a guère changé sur la même période, bien que la population ait doublé (25 000 couples en 1970). Cette évolution apparaît liée à diverses mesures de protection prises dans de nombreux pays et à l'augmentation considérable des ressources alimentaires en eau douce, conséquence de l'eutrophisation des eaux, du développement des piscicultures, de l'introduction d'espèces comme le poisson-chat, etc.
Depuis une dizaine d'années plusieurs pays d'Europe ont mis en œuvre une politique de réduction des effectifs de sinensis. Inscrite à l'annexe I de la directive Oiseaux en 1979 en raison de son statut précaire, l'espèce a été déclassée en 1997. Les problèmes posés par les grands cormorans sur les piscicultures d'eau douce demeurent relativement peu importants en Bretagne. L'impact de l'espèce sur les stocks de poissons commercialisables apparaît très variable, et difficilement quantifiable notamment sur les piscicultures. En ce qui concerne les populations littorales, l'impact en milieu marin semble très limité.
Il convient de rappeler que les oiseaux présents en hiver sur les plans d'eaux intérieurs sont principalement originaires des populations continentales d'Europe du nord. Par conséquent aucune action de régulation ne pourrait se justifier sur les colonies littorales.
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