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Dernière modification le 17 octobre 2005


fiche nature

Le guillemot de Troïl

Rédigé par :

Bernard Cadiou Bretagne vivante (SEPNB)




Guillemot de troïl bridé Guillemot de Troïl bridé

Il pond à même la roche

Le guillemot de Troïl est un plongeur hors-pair qui est capable de pêcher à plus de 100 mètres de profondeur. En Bretagne, ses populations diminuent, hormis la colonie du cap Fréhel qui connaît un accroissement du nombre de couples.


Du haut de ses 40 centimètres, le guillemot de Troïl, Uria aalge, est le plus grand des trois alcidés se reproduisant en Bretagne. En été, la tête et le dessus du corps sont brun chocolat, paraissant noir à distance, et le dessous est blanc. Son bec noir est long, fin et pointu. En hiver, les joues, la gorge et le menton deviennent blancs. Certains individus arborent en été un cercle orbital blanc prolongé d'une virgule blanche en arrière de l'œil. Ils appartiennent à la forme dite « bridée » de l'espèce. Quelques rares individus de ce type se reproduisent dans les colonies bretonnes.

Les premiers retours sur les sites de reproduction s'observent dès octobre - novembre et l'assiduité des oiseaux s'accroît progressivement jusqu'au début de la période de ponte. L'espèce occupe des corniches de falaises maritimes. L'œuf unique est pondu à même la roche, sans la moindre ébauche de nid, entre le début avril et la mi-juin, et l'incubation dure quatre à cinq semaines. Vers trois semaines, le jeune ne pèse encore que le quart du poids de ses parents et il est dans l'incapacité de voler, la croissance de ses ailes n'étant pas terminée. C'est pourtant à cet âge qu'il va s'élancer dans le vide, et rejoindre ses parents sur l'eau. Seul le père semble assurer l'élevage du jeune en mer pendant deux à trois mois avant sa totale indépendance. La femelle, quant à elle, revient régulièrement sur la corniche pendant trois semaines avant de repartir aussi en mer.

En période internuptiale, la dispersion des alcidés est très complexe avec, selon les colonies d'origine, des mouvements orientés plutôt vers le sud ou plutôt vers le nord. Comme ceux des colonies de la mer Celtique, les guillemots bretons tendent probablement à se déplacer vers le sud. Les guillemots adultes restent généralement à proximité des colonies. Les plus jeunes individus, par contre, s'éloignent davantage, jusqu'en Méditerranée pour certains originaires des colonies de mer d'Irlande et de la Manche. L'espèce ne fréquente que rarement la très haute mer, au-delà du plateau continental. En outre, la baie du Mont-Saint-Michel apparaît comme une zone importante pour le stationnement de l'espèce en juillet (rassemblements d'adultes accompagnés de jeunes, probablement originaires du cap Fréhel et de Cézembre, voire des îles anglo-normandes).

L'alimentation du guillemot est quasi totalement constituée de poissons (lançons, sprats, harengs). Les proies sont capturées en plongée, le guillemot s'aidant de ses ailes pour se propulser et de ses pattes comme gouvernail. L'espèce est capable de descendre au-delà de 100 mètres. Les zones de pêche ne sont généralement distantes que de quelques dizaines de kilomètres des colonies.

Seule la colonie du cap Fréhel augmente régulièrement

Le guillemot de Troïl se reproduit uniquement dans l'hémisphère nord, sur les côtes du Pacifique et de l'Atlantique. En Europe, les colonies les plus septentrionales sont situées en Nouvelle-Zemble (au large des côtes de Russie) et au Spitzberg, et les plus méridionales au Portugal et en Espagne, où quelques couples subsisteraient encore. L'effectif mondial de l'espèce est estimé à 7 millions de couples, dont moins de la moitié en Europe.

Sans doute très réduits au début du XXe siècle, les effectifs augmentent rapidement pour culminer à plusieurs milliers d'individus sur la période 1930-1940. Ensuite, une régression générale se produit, avec plus de 400 couples vers 1965 et 300 en 1970. Durant les années 1970-1980, les évolutions démographiques varient selon les colonies, avec des phases d'accroissement ou de déclin.

Répartition du Guillemot de Troïl en Bretagne
Répartition du Guillemot de Troïl en Bretagne

Depuis le milieu des années 1990, hormis le cas de la colonie du cap Fréhel (Côtes d'Armor) qui enregistre un accroissement régulier, toutes les autres colonies montrent une lente érosion du nombre de couples reproducteurs. La population bretonne compte environ 270 couples, répartis par ordre décroissant d'importance entre le cap Fréhel, le cap Sizun (Finistère), les Sept-Îles (Côtes d'Armor), les roches de Camaret (Finistère) et Cézembre (Ille-et-Vilaine).

Globalement, le guillemot de Troïl n'est pas considéré comme menacé à l'échelon européen mais son statut en France est bien précaire.
Les mesures de protection des sites de reproduction ont sans conteste contribué à ralentir le déclin, en limitant les dérangements humains, mais l'état actuel des populations d'alcidés en Bretagne est très préoccupant. Des opérations ponctuelles de limitation des prédateurs s'avèrent nécessaires, sauf pour le grand Corbeau dont la situation démographique en Bretagne n'est pas plus satisfaisante. La concentration des effectifs dans quelques colonies accroît leur vulnérabilité.

Soin des oiseaux mazoutés
Soin des oiseaux mazoutés

L'avenir des alcidés est également compromis par les difficultés de mise en œuvre de mesures efficaces de conservation en mer, pour réduire l'impact des filets de pêche et de la pollution par les hydrocarbures (déballastages illégaux et chroniques). La marée noire de l'Erika a entraîné la mort de plus de 110 à 150 000 oiseaux durant l'hiver 1999-2000, dont une très large majorité de guillemots. Mais la majorité des reproducteurs originaires des colonies bretonnes a vraisemblablement été épargnée.

Le guillemot de Troïl bénéficie d'une protection réglementaire en France depuis 1968. « Sont interdits en tout temps la destruction ou l'enlèvement des œufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l'enlèvement, la naturalisation des oiseaux ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ». Le guillemot est également protégé au titre de la convention de Berne dédiée à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe.