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Dernière modification le 17 octobre 2005


fiche nature

Le petit pingouin

Rédigé par :

Bernard Cadiou Bretagne vivante (SEPNB)




Il nage avant même de savoir voler

Le petit pingouin est l'oiseau marin le plus rare et le plus menacé de France. La Bretagne représente sa limite méridionale de reproduction et les Sept-Îles abritent la plus grosse colonie bretonne.


Le petit pingouin ou pingouin torda, Alca torda, est à peine plus petit que le guillemot de Troïl, mais s'en différencie par la tête massive, le dessus du corps noir mat, le bec épais, comprimé latéralement et orné de sillons blancs, et par le filet de plumes blanches qui s'étend du haut du bec à l'œil. En hiver, la tête s'éclaircit comme chez le guillemot.

S'il fréquente les mêmes milieux littoraux que le guillemot, le pingouin occupe cependant des sites moins exposés (fissures, amas de blocs) où il niche souvent en couples isolés. Cette différence rend plus difficile la recherche et le recensement des reproducteurs, les œufs et poussins étant moins visibles. La faiblesse des effectifs bretons limite l'acquisition de connaissances sur la biologie de reproduction de l'espèce, et les dates de retour aux colonies restent très mal connues.

Le petit pingouin se reproduit essentiellement sur les rives occidentale et orientale de l'Atlantique nord. L'œuf unique, pondu à même le sol fin avril - début mai, est incubé pendant cinq semaines. Comme chez le guillemot, le jeune saute à la mer avant de savoir voler, à l'âge de 18 jours environ. Il part aussitôt en mer, accompagné de son père.

En période internuptiale, le pingouin montre une distribution beaucoup plus côtière que celle du guillemot. L'espèce se disperse dans le golfe de Gascogne, et hiverne régulièrement en Méditerranée occidentale. Les plus jeunes parcourent les plus grandes distances. Les adultes des colonies de mer d'Irlande hivernent soit sur place soit en Manche.
Il est essentiellement piscivore, les reproducteurs s'alimentant à quelques dizaines de kilomètres des colonies.

Le petit pingouin disparaît peu à peu de Bretagne

L'Islande, avec une population estimée à 380 000 couples, concentre plus de la moitié des effectifs mondiaux, estimés à 620 000 couples, et les trois quarts des effectifs européens. La Bretagne représente la limite méridionale de son aire de reproduction.

Répartition du Pingouin torda en Bretagne
Répartition du Pingouin torda en Bretagne

Comme pour le guillemot de Troïl, une forte augmentation des effectifs s'est produite au début du XXe siècle, probablement à partir des années 1920. Après avoir culminé à plus de 500 couples vers 1960-1965, les effectifs bretons de petits pingouins ont enregistré un déclin drastique et constant. La Bretagne n'accueille déjà plus que 140 couples en 1969, puis 70 couples en 1977, 42 en 1988 et seulement 25 environ à la fin des années 1990.

La situation s'est légèrement améliorée depuis avec 31 couples dénombrés en 2002-2003, répartis par ordre décroissant d'importance entre les Sept-Îles (Côtes-d'Armor), le cap Fréhel (Côtes-d'Armor) et Cézembre (Ille-et-Vilaine). L'évolution du petit pingouin se calque sur celle du guillemot, avec une disparition progressive des colonies, du sud de la Bretagne vers le nord.

Le petit pingouin est actuellement l'oiseau marin le plus rare et le plus menacé en France. Comme le guillemot de Troïl, l'espèce n'est cependant pas considérée comme menacée à l'échelon européen.

Les principales causes de déclin apparaissent être, comme pour le guillemot, la pollution par les hydrocarbures et les captures accidentelles dans les filets de pêche. Les marées noires de 1967 (Torrey Canyon) et 1978 (Amoco Cadiz) ont particulièrement affecté la colonie des Sept-Îles (Côtes d'Armor), qui concentrait alors la majorité des effectifs. Mais il ne faut pas oublier l'impact continu de la pollution chronique par les hydrocarbures enregistrée tout au long de l'année. Les zones précises d'hivernage des Petits Pingouins bretons ne sont pas connues mais la marée noire de l'Erika n'a pas eu d'impact visible sur l'évolution des effectifs.

Comme le guillemot de Troïl, le petit pingouin est protégé en France depuis 1968 ce qui signifie que « sont interdits en tout temps la destruction ou l'enlèvement des œufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l'enlèvement, la naturalisation des oiseaux ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ». L'espèce est également inscrite sur la liste des espèces sauvages protégées par la convention de Berne.

Des mesures de protections (mise en réserve des colonies) ont été prises sur les colonies de reproduction pour préserver l'espèce ; elles ne suffiront sans doute pas à empêcher sa disparition.