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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/La-faune/Les-poissons/Les-poissons-d-eau-douce/Les-rivieres-bretonnes-sont-en-cours-de-recolonisation
Dernière modification le 01 juin 2007
Après les extinctions massives de poissons lors des périodes glaciaires du quaternaire, les espèces piscicoles se réapproprie peu à peu les rivières en Bretagne.
L' Office national de l'eau et des milieux aquatiques estime à 35-40 le nombre d'espèces de poissons dans les eaux continentales de Bretagne, soit près de la moitié des espèces recensées en métropole. Et ce nombre diminue d'est en ouest, au point que ce sont finalement à peine 7 à 8 d'entre elles qui fréquentent les eaux les plus occidentales de la région. Certaines ne vivent qu'en eau douce, d'autres s'accommodent également d'eau saumâtre, d'autres encore vivent une partie de leur cycle biologique en mer. Si globalement, il y a moins d'espèces strictement d'eau douce en Bretagne qu'ailleurs en France, pour autant les pêcheurs de la région savent bien qu'il y en a pour toutes les cannes à pêche. Pêcher dans la Rance n'a, en effet, rien à voir avec pêcher dans le Scorff. Car d'un bassin versant à l'autre, les milieux aquatiques sont variés et la faune piscicole qui les colonise aussi.
Pour comprendre la répartition des espèces de poissons en Bretagne, il faut s'intéresser à la nature de son sous-sol, à son relief et à sa pluviométrie. Les rivières côtières de l'ouest dévalent les pentes raides de petits massifs granitiques et leurs débits sont soutenus par des pluies régulières. Elles abritent le Saumon atlantique et la Truite ou encore le Vairon. Toutes ces espèces ont en commun d'apprécier les eaux fraîches et bien oxygénées.
Au contraire, les cours d'eau de l'est, appartenant pour la plupart au bassin versant de la Vilaine, s'écoulent lentement ; ils ont des pentes faibles et des débits d'étiages plus bas. On y trouve des espèces habituées aux eaux chaudes comme, par exemple, le Gardon ou le Brochet, un hôte naturellement rare en Bretagne en raison de son goût pour les grands cours d'eau de plaine peu représentés dans la région.
Si la répartition actuelle des espèces de poissons est affaire de relief, de climat et de nature de roche, elle s'explique aussi par l'histoire géologique récente. Les glaciations du quaternaire ont provoqué des extinctions massives d'espèces de poissons, en particulier parmi celles vivant dans des eaux relativement chaudes. La faune piscicole française d'aujourd'hui est donc constituée d'une part des espèces qui ont survécu à ces extinctions et d'autre part d'espèces colons venant de zones refuges comme le bassin du Danube.
La Bretagne a été d'autant plus touchée par ces extinctions que la petite taille de ses bassins versants a empêché les poissons de se mettre à l'abri dans des zones refuges. C'est le cas en particulier des fleuves côtiers, le plus souvent petits et isolés des grands fleuves que sont la Loire et la Seine. Il n'y a que les poissons grands migrateurs qui ont pu rejoindre la mer puis recoloniser la quasi-totalité des cours d'eaux bretons. La petite taille et l'isolement des rivières les plus occidentales expliquent aussi que le nombre d'espèces de poissons est plus faible à l'ouest qu'à l'est.
Les milieux aquatiques en Bretagne sont toujours en phase de recolonisation : ils peuvent accueillir un nombre bien plus grand d'espèces. L'Office national de l'eau et des milieux aquatiques a ainsi mis en évidence la capacité du Goujon à coloniser, ou plus vraisemblablement recoloniser, l'Aulne et l'Elorn. Alors qu'en 1999, les scientifiques ne comptaient aucun poisson de cette espèce dans l'Aulne, la pêche électrique menée en 2004 en dénombrait 10.
Ce sont probablement les grands migrateurs, comme le saumon atlantique, la truite ou l'anguille d'Europe, qui constituent la plus forte singularité de la faune piscicole dans la région. Ils passent une partie de leur vie en mer et l'autre en eau douce. Ils bénéficient des nombreux cours d'eau bretons en contact direct avec la façade maritime. A ce titre, la Bretagne est l'une des principales régions françaises en terme de diversité et de densité d'espèces migratrices.
Elles sont pourtant en régression depuis le début du XXe siècle car menacées par tout ce qui les empêche de circuler, en particulier les barrages qui morcellent les rivières et fragmentent leur aire de répartition.
Les grands migrateurs sont pour la plupart considérés vulnérables dans le livre rouge des espèces menacées de poissons d'eau douce de France et inscrits dans l‘annexe II de la directive Habitats – faune- flore. Ce n'est qu'en maintenant ou rétablissant la libre circulation des migrateurs mais aussi en réhabilitant les cours d'eau modifiés (frayères à saumon et lamproie, zones de marais et plaines alluviales pour le grossissement de l'anguille, etc.) que leurs populations pourront se maintenir. La Bretagne a de ce point de vue une responsabilité qui dépasse largement ses frontières.
D'autres espèces de poisson strictement d'eau douce cette fois, comme le brochet et la lamproie de Planer, sont aussi classées vulnérables. Le Brochet souffre du fractionnement et de la destruction de ses habitats de reproduction, situés principalement dans les plaines alluviales. Sous l'emprise forte des cultures et dans le but de limiter les expansions des crues, ces zones humides sont altérées par la chenalisation des grands cours d'eau. La rupture de la continuité avec le lit mineur des fleuves conduit à leur assèchement. Maintenir la présence du Brochet, rare à l'échelle régionale, passe par la réhabilitation des zones humides alluviales et par la remise en fonctionnement de la connexion entre le lit mineur et ses annexes fluviales. Ce type d'action devrait également bénéficier aux batraciens, aux insectes et aux oiseaux.
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