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Dernière modification le 05 octobre 2005


fiche nature

L'anguille d'Europe

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Marie-andrée Arago Bretagne Grands Migrateurs (BGM)




Anguille jaune Anguille jaune

Une vie fondée sur la métamorphose

Une grande façade maritime et un réseau hydrographique dense favorisent la présence de l'anguille européenne dans nos eaux régionales. Loin d'être rare elle constitue, à elle seule, la moitié de la biomasse piscicole mais elle se répartit inégalement sur le territoire. Contrairement aux autres poissons migrateurs, elle se reproduit en milieu marin et colonise les eaux continentales lors de sa croissance. Depuis l'œuf jusqu'à l'anguille argentée, elle se transforme tout au long de sa vie pour s'adapter à son environnement.


L'anguille européenne Anguilla anguilla est une des 16 espèces d'anguille recensées dans le monde. Au début du printemps, elle pond ses œufs dans un lieu unique, la mer des Sargasses, à environ 6 000 kilomètres de la France au sud-ouest de la Floride. Après l'éclosion, il faut entre 7 et 11 mois aux larves portées par les courants du Gulf Stream pour rejoindre nos côtes. Les larves, appelées leptocéphales ou encore feuille de saule, sont carnivores et se nourrissent de zooplancton durant leur périple océanique. Elles se métamorphosent, à l'automne, en civelles dans les estuaires et les zones côtières continentales.

Au printemps, elles commencent à savoir nager mais la nage ne suffit pas pour remonter un cours d'eau et franchir les obstacles naturels ou artificiels. Ne sachant pas sauter comme d'autres poissons, les anguilles adoptent la reptation sur les parois rugueuses ou recouvertes d'une végétation humide. Certains obstacles restent pourtant infranchissables, ce qui entrave leur migration en eau douce où s'effectue leur croissance. Seule une faible proportion survit pour devenir des anguillettes.

Elles se répartissent sur les bassins versants et restent en eau douce durant la phase de croissance qui dure de 3 à 8 ans pour les mâles et 5 à 12 ans pour les femelles. Au terme de sa croissance, l'anguille se métamorphose une dernière fois, passant de l'anguille jaune sédentaire à l'anguille argentée ; son ventre jaune devient blanc, son dos noircit, ses yeux grossissent, sa tête et ses nageoires s'allongent. Elle dévale alors les cours d'eau pour rejoindre son lieu de naissance et se reproduire en mer.

Une grande façade maritime et un réseau hydrographique dense favorisent la présence de l'anguille européenne dans nos eaux régionales. Loin d'être rare l'anguille constitue, à elle seule, la moitié de la biomasse piscicole mais elle se répartit inégalement sur le territoire. L'anguille est très présente en Bretagne, mais on ne la trouve pas pour autant dans tous les cours d'eau. Globalement, le nombre d'individus augmente à proximité des côtes avec plus de 5 individus pour 100 m2. Mais surtout, ce poisson migrateur est quasiment inexistant dans certains bassins versants, rendus inaccessibles par des obstacles que l'anguille ne peut franchir.

Comment expliquer le déclin des populations d'anguilles en Bretagne ? Les raisons sont multiples : obstacles à la migration, influant sur la capacité à atteindre les zones de grossissement ou de reproduction lors de la montaison et de la dévalaison ; surexploitation par la pêche des stocks de civelles, d'anguilles jaunes et argentées ; disparition progressive des zones humides, favorables à la croissance des anguilles ; pollution de l'eau et des sédiments par les métaux lourds, les pesticides et les hydrocarbures ; effet du parasite Anguillicola crassus introduit en France, lors d'alevinage d'anguilles japonaises ; et enfin modification des caractéristiques des cours d'eau (drainage, recalibrage, etc.).

Le cycle biologique de cette espèce est assez long (12 ans en moyenne), ce qui contribue à amplifier l'impact de chacun de ces facteurs sur la population d'anguilles. Par ailleurs, il conduit à admettre que les pays abritant l'anguille européenne ont à gérer un stock unique.

Un contexte de gestion favorable

Bénéficiant d'un contexte favorable pour gérer les populations d'anguille européenne, la Bretagne s'est dotée d'un programme d'actions depuis 1994. Il allie l'amélioration des connaissances, la gestion des populations et des actions pour favoriser la reconquête des milieux aquatiques.

L'anguille est une espèce en déclin et encore mal connue, dont l'enjeu est autant patrimonial que socio-économique. Elle a été classée vulnérable, dans le livre rouge des espèces menacées de poissons d'eau douce de France en 1992, et " espèce en difficulté méritant une attention particulière ", dans le cadre des engagements qui ont suivi la convention de Rio.

La Bretagne, bien située par rapport aux courants du Gulf Stream, reçoit des quantités importantes de civelles. D'autre part, les rivières bretonnes sont courtes (moins de 100 km), avec peu d'obstacles, ce qui facilite la colonisation par les anguilles. Notre région représente donc une échelle opérationnelle favorable pour mettre en place une gestion équilibrée de ce migrateur.
Entre 1994 et 1999, des actions, notamment en faveur de l'anguille, ont été lancées sur 16 rivières par les fédérations bretonnes pour la pêche et la protection du milieu aquatique, dans le cadre du contrat de plan Etat-Région. L'expérience, jugée positive, a été reconduite dans le contrat de plan Etat-Région 2000-2006, et élargie à une trentaine de bassins versants.

Mieux connaître les effectifs en rivière, sur la côte et ceux prélevés par la pêche. Pour mettre en place des mesures de gestion efficaces, il faut des indicateurs de l'évolution de la population d'anguille, aux différents stades biologiques. Ces indicateurs peuvent être :
- l'estimation du recrutement (quantité de civelles qui entre dans la rivière) ;
- l'état de la population en place sur les bassins versants ;
- estimation de la dévalaison des anguilles argentées, futurs géniteurs ;
-les quantités prélevées par la pêche à tous les stades ;
- définition d'un potentiel de production par bassin versant.
Les fortes fluctuations annuelles ainsi que la durée importante du cycle biologique de cette espèce obligent à effectuer un suivi sur plusieurs années (de l'ordre de 10 à 15 ans) pour dégager des tendances.

Des outils de gestion de la population d'anguilles. Pour cela, il est nécessaire d'établir un modèle de la dynamique de population et de quantifier précisément les différents stades : recrutement en civelles et anguilles, dévalaison des géniteurs, densité et structure de population, prélèvements par la pêche. Trois bassins sont particulièrement bien adaptés :
- le Frémur (Côtes d'Armor), petit cours d'eau côtier ;
- la Vilaine (Morbihan), le plus exploité par la pêche en estuaire ;
- l'Aulne (Finistère), où il y a une forte demande locale.

Favoriser la colonisation des milieux aquatiques continentaux. Cela implique d'équiper les obstacles pour faciliter leur franchissement par les anguilles et augmenter à terme le nombre de géniteurs. En Ille-et-Vilaine, treize passes à anguilles ont été construites sur la Vilaine au niveau des barrages de navigation. Les anguilles ont donc la possibilité de circuler dès l'estuaire (passes au niveau du barrage d'Arzal) jusqu'en amont de Rennes. Il est maintenant envisagé de rouvrir certains affluents (le Meu, le Semnon, etc.).

Parallèlement à ces actions, des opérations de transport de civelles sur le haut du bassin versant sont testées, afin d'accélérer la colonisation sur des zones actuellement désertées par l'anguille. Sur une petite rivière du Finistère, la rivière de Pont-l'Abbé, une passe-piège installée depuis 2001, au pied d'un grand barrage qui bloquait toute migration des anguilles, a permis de faire transiter plus de 6 000 anguilles en amont.


Sources

Retour aux sources - V. VAUCLIN, G. LESAGE, M. LEDARD et J.-P. AUXIETRE
Curieux de Nature, Patrimoine naturel de Bretagne - J. TOUFFET, M. GLEMAREC, M. PEDRON, F. BUREL, A. RADUREAU, D. MALENGREAU, J.-Y. MONNAT, P. ALBER, L. MASSE, J.-Y. FLOC'H, L. RUELLAN, P. BERTHOU, M. BLANCHARD, D. LATROUITE, G. TIBERGHIEN, D. CADOU, B. LE GARFF, J.-C. QUERO, J.-M. CHAPON, B. CADIOU, B. BARGAIN, E. HUSSENOT, L. LAFONTAINE, Départements d'Ille-et-Vilaine, des Côtes d'Armor, du Finistère et du Morbihan, Conservatoire du littoral, l'Office national de la chasse, le Conseil supérieur de la pêche, Ceresa et Ikkon - 1997