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Dernière modification le 06 octobre 2005


fiche nature

Le saumon atlantique

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Marie-andrée Arago Bretagne Grands Migrateurs (BGM)




Couple de saumons Couple de saumons

Le saumon a disparu de presque tous les grands fleuves français, Seine, Charente, Rhin, Garonne-Dordogne. La Bretagne est l'unique région de France comportant un véritable réseau de rivières à saumons, au nombre de 30. Après une courte vie passée au nord de l'océan Atlantique, rien ne semble pouvoir faire oublier au saumon le lieu de sa naissance. Génération après génération, il entame le même périple pour retourner à la force de ces incroyables sauts vers la rivière où il est né.


C'est dans les eaux fraîches et oxygénées du cours supérieur des fleuves et des rivières, que les saumons pondent leurs œufs en décembre. Les frayères sont situées dans des zones peu profondes, où l'eau coure sur des graviers et des cailloux. Les alevins de saumons naissent pourvus d'une vésicule sous le ventre qui fait office de réserve alimentaire. Une fois cette vésicule résorbée, ils commencent à s'alimenter eux-mêmes d'animaux microscopiques et de larves d'insectes. On appelle ces juvéniles les tacons.

Vers un ou deux ans, lorsqu'ils mesurent entre 12 et 20 centimètres leur aspect change ; ils deviennent très argenté, leurs corps s'affinent, le pédoncule caudal devient très marqué et un liseré noir apparaît sur les nageoires. Ils ont un comportement grégaire et descendent, au printemps, vers l'embouchure du fleuve. Pour s'adapter à la vie en mer, ils vont subir d'importantes modifications grâce à la smoltification. Les modifications morphologiques, physiologiques, biochimiques, hormonales et comportementales vont permettre au tacon, poisson adapté à l'eau douce, de devenir un smolt pouvant vivre dans l'eau salée.

Les saumons vivent dans le nord de l'océan Atlantique, où petits poissons et crustacés leur fournissent une nourriture abondante. Ils y passent entre 1 et 3 ans. Plus le lieu de leur naissance est éloigné de la mer, plus leur séjour sera long, afin de constituer un maximum de réserves. En effet, dès qu'il entame son retour en eau douce pour se reproduire, le saumon cesse de s'alimenter.Sa remontée commence avec le printemps et s'étale de l'été jusqu'à l'automne, selon les bassins. Elle est semée d'obstacles en tous genres - des seuils, des cascades - que le saumon formidable sauteur réussit à franchir, sauf lorsqu'il s'agit de grands barrages. Moins de 10 % des saumons survivront après la fraie, et seul 2 à 3 % viendront se reproduire une deuxième fois.

Le saumon a disparu de presque tous les grands fleuves français, Seine, Charente, Rhin, Garonne-Dordogne, du fait de l'édification de barrages et d'altérations graves du milieu aquatique. La Bretagne est l'unique région de France comportant un véritable réseau de rivières à saumons, au nombre de 30. Avec en moyenne 1 465 saumons pêchés chaque année, la Bretagne représentait 50 à 80 % des captures nationales sur la période 1987-1997. Pourtant, ce poisson migrateur est en régression dans notre région. Il a disparu de la Rance (Côtes-d'Armor), du Gouët (Côtes-d'Armor), de l'Oust (Morbihan) et son aire de répartition a diminué sur les bassins de l'Aulne (Finistère) et du Blavet (Morbihan). Actuellement, à l'exception du Couesnon (Ille-et-Vilaine), le saumon fréquente plutôt les cours d'eau situés à l'ouest d'une ligne Vannes-Saint-Brieuc.

La particularité biologique fondamentale des saumons est de retourner à leur rivière d'origine pour se reproduire. De ce fait, chaque rivière possède sa propre population de saumons, indépendante des autres rivières. De l'ordre de 5 %, les échanges entre rivières sont rares. La disparition du saumon d'une rivière bretonne aurait un impact dramatique et sa réintroduction reste très difficile. Une telle disparition équivaudrait à la perte d'une unité autonome de saumons, comparable à la disparition d'une espèce. A ce jour, aucune tentative au niveau mondial de réintroduction de ce migrateur n'a enregistré de succès définitif ; en revanche toutes ces opérations ont été longues (plus de dix ans) et pour certaines, coûteuses en efforts humains et financiers.

Des passes à poissons

Passe à poissons
Passe à poissons

Un premier contrat de plan État-Région a permis de lancer un programme d'actions en faveur du saumon, entre 1994 et 1999. Celui-ci préconisait de maintenir à leur niveau actuel les populations de saumons en bon état et d'augmenter la taille des populations en sous-effectif. Pour ce faire, il était nécessaire de reconquérir des zones de production qui avaient été perdues, par blocage des migrations (barrages), ou par modification du milieu naturel. Ce programme concernait 16 rivières et était porté par les quatre fédérations bretonnes pour la pêche et la protection du milieu aquatique. L'expérience, jugée positive, a été reconduite dans le contrat de plan État-Région 2000-2006, et élargie à une trentaine de bassins versants.

Avec le programme milieux aquatiques et poissons migrateurs, des actions ont fleuri dans tous les départements bretons. L'arasement du barrage de Kernansquillec sur le Léguer (Côtes-d'Armor), en 1996, est un exemple réussi de restauration d'un cours d'eau. Les comptages de saumons juvéniles indiquent une colonisation importante sur l'ensemble du bassin amont du Léguer. Sur le Blavet (Morbihan), la construction de onze passes à poissons au niveau des barrages a favorisé la reproduction de l'espèce sur tous les affluents amont.

Sur l'Aulne (Finistère), cours d'eau canalisé, la population du saumon est soutenue par des alevinages importants. Malgré les 18 passes à poissons construites, il reste de nombreux problèmes, essentiellement de libre circulation, pour atteindre les zones de frayères. Des choix importants devront être faits dans l'avenir si on veut sauver cette population. Le Couesnon (Ille-et-Vilaine) est un autre exemple de cours d'eau en restauration. De nombreuses actions ont été entreprises pour améliorer la qualité de l'eau et la libre circulation, parallèlement à un soutien d'effectif. On commence à percevoir des résultats positifs : retour de géniteurs observés à la station de comptage sur la Loisance et reproduction naturelle sur tous les affluents du Couesnon.

Pour mieux formaliser l'évaluation de l'état des stocks de saumons, il existe trois outils de contrôle biologique principaux :
- l'évaluation annuelle du peuplement en juvéniles de saumon par des pêches électriques standardisées (méthode des indices d'abondance) ;
- les suivis de migrations aux stations de contrôle vidéo, de Châteaulin (Aulne), ainsi qu'aux stations de piégeage du Moulin des Princes (Scorff) et d'Antrain (Loisance, affluent du Couesnon) ;
- les données de captures (traitées actuellement au niveau national par la délégation régionale du Conseil supérieur de la pêche à Rennes).
Chaque année, de fin août à septembre, des pêches électriques par indice d'abondance sont réalisées sur 220 stations réparties sur 16 cours d'eau. Cette évaluation permet d'avoir un tableau de bord de l'état du stock de saumons en Bretagne et d'estimer les retours de géniteurs dans les années à venir.


Sources

Curieux de Nature, Patrimoine naturel de Bretagne - J. TOUFFET, M. GLEMAREC, M. PEDRON, F. BUREL, A. RADUREAU, D. MALENGREAU, J.-Y. MONNAT, P. ALBER, L. MASSE, J.-Y. FLOC'H, L. RUELLAN, P. BERTHOU, M. BLANCHARD, D. LATROUITE, G. TIBERGHIEN, D. CADOU, B. LE GARFF, J.-C. QUERO, J.-M. CHAPON, B. CADIOU, B. BARGAIN, E. HUSSENOT, L. LAFONTAINE, Départements d'Ille-et-Vilaine, des Côtes d'Armor, du Finistère et du Morbihan, Conservatoire du littoral, l'Office national de la chasse, le Conseil supérieur de la pêche, Ceresa et Ikkon - 1997