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Dernière modification le 03 novembre 2009


qui fait quoi ?

Le programme Capoera étudie les capsules d’œufs de raies


Capsule d'oeuf de raie Capsule d'oeuf de raie

Depuis 2005, l’association pour l’étude et la conservation des sélaciens (Apecs) fait la chasse aux œufs… de raies sur les plages françaises. En 2008, elle lance officiellement le programme Capoera, pour « Capsules d’œufs de raies ». Ce projet pluriannuel d’envergure nationale invite quiconque trouvant ces capsules en bord de mer à les ramasser puis à faire part de sa récolte à l’association. Grâce à toutes ces collectes, l’Apecs rassemble des informations sur la présence et les zones de reproduction des raies, poissons souvent mal connus et menacés. C’est aussi une façon ludique de sensibiliser le public à leur présence, comme l’explique Agathe Lefranc, chargée de l’opération.


En quoi consiste le programme Capoera ?

Certaines raies des côtes françaises sont ovipares, c'est-à-dire qu’elles pondent des œufs. Plusieurs mois après la ponte, une raie miniature va sortir de chaque capsule. Après cette éclosion, la capsule vide (très résistante) finit par être rejetée sur le rivage et se retrouve souvent dans la laisse de mer, ce cordon situé en haut de plage formé de débris naturels et de macro-déchets d’origine humaine. Une fois à la côte, les capsules vides sont autant d’indices de la présence des raies fréquentant notre littoral.

Le programme Capoera invite donc le grand public à collecter les capsules d’œufs de raies échouées sur les plages puis à transmettre les informations à l’association pour l’étude et la conservation des sélaciens (Apecs). Notre objectif est double. Il s’agit d’une part d’améliorer les connaissances sur la localisation et les aires de reproduction de certaines espèces de raies. D’autre part, nous souhaitons sensibiliser le public à la présence près de nos côtes de ces poissons dont certains représentants sont en fort déclin. En invitant adultes et enfants à participer à la collecte de ces capsules, ce programme permet à chacun de s’approprier les richesses de son environnement proche et de le protéger. Il a l’avantage d’être accessible à tous, offre un côté ludique aux plus jeunes et permet néanmoins la collecte de données qui permettront une réelle avancée scientifique.

A quoi ressemble une capsule d’œuf de raie ?

Des capsules de raies
Des capsules de raies

De couleur brun-noir, elle a une forme plus ou moins rectangulaire et se prolonge aux quatre coins par des cornes. Elle est parfois appelée « bourse de sirène » ou « bourse du diable ». Formée de kératine, elle est très résistante. Comme chaque espèce de raie pond une capsule bien particulière, il est possible d’identifier l’espèce en observant la taille, la forme, la longueur des cornes ou encore la présence ou non de carènes latérales.

Quelle information fournit-elle ?

En collectant ces capsules et en les identifiant, il est possible de réaliser de façon indirecte un inventaire des espèces fréquentant les eaux côtières et d’identifier des secteurs a priori importants pour la reproduction de ces poissons. Nous espérons également mettre en évidence des périodes d’éclosion. À long terme, le suivi pourrait permettre de distinguer des tendances d’évolution des populations.

Comment participer à Capoera ?

La chasse aux œufs est ouverte à tous ! Les capsules d’œufs de raies peuvent être ramassées tout au long de l’année sur le haut des plages. Il faut savoir qu’une cinquantaine d’espèces fréquentent les eaux européennes. Nous avons édité un guide d’identification simplifiée pour huit d’entre elles afin d’aider les observateurs. Les observations nous sont adressées par courriel accompagnées d’une photographie, par courrier postal ou en apportant la capsule dans un point de dépôt partenaire de l’opération (liste des structures relais sur www.asso-apecs.org).

Quand pensez-vous pouvoir publier les premiers résultats de votre suivi ?

Le programme Capoera fait du suivi à long terme. Il faut accumuler un nombre très important de données pour avoir des résultats significatifs. Néanmoins, des tendances apparaissent : certains sites ressortent déjà très nettement, notamment pour la raie bouclée, dont le nombre de capsules récoltées est le plus important. Nous avons présenté ces premiers résultats en novembre 2008 à Lisbonne lors du congrès annuel de l’European Elasmobranch Association, dont l’Apecs est le représentant français.

Nous espérons dans l’avenir pouvoir identifier les aires de répartition et certaines zones de ponte afin d’éditer des cartographies. Nous travaillons également sur d’autres pistes afin de compléter et de valider les informations obtenues via le programme Capoera (participation aux campagnes scientifiques de chalutage Evhoe de l’Ifremer, mise en place de protocoles d’échantillonnage en plongée, etc.). Nous relayons nos avancées dans la Cap’news - lettre d’information trimestrielle envoyée à tous les « chasseurs » de capsules - et aux structures relais par e-mail, et bientôt en ligne sur notre site Internet.

Contact

Agathe Lefranc, Association pour l’étude et la conservation des sélaciens : Tel. 02 98 05 40 38 ou courriel


Propos recueillis par Emmanuèle Savelli (GIP Bretagne environnement)