Visitez aussi :

diaporama

  • Filet à plancton
    Filet à plancton
    L’Association pour l’étude et la(...)
    ©Y. Cherel - Apecs
  • Etude d’un requin pèlerin
    Etude d’un requin pèlerin
    L’équipe de terrain de l’Associa(...)
    ©H. Gadenne – Apecs
  • Des capsules de raies
    Des capsules de raies
    De gauche à droite : raie lisse,(...)
    ©A. Wargniez – Apecs
  • Requin pèlerin marqué par une balise Argos
    Requin pèlerin marqué par une balise Argos
    La balise Argos posée sur ce req(...)
    ©Y. Cherel - Apecs
  • Aileron de requin pèlerin
    Aileron de requin pèlerin
    Trop souvent encore, le mot « re(...)
    ©Y. Cherel - Apecs
logo du portail

http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/La-faune/Les-poissons/Raies-et-requins/Le-requin-pelerin

 

Dernière modification le 03 novembre 2009


fiche nature

Le requin pèlerin

Rédigé par :

Alexis Wargniez ,  Eric Stéphan Association pour l'étude et la conservation des sélaciens (Apecs)




Les fentes branchiales du requin pèlerin Les fentes branchiales du requin pèlerin

Aussi inoffensif que spectaculaire

Le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) est le plus grand poisson au monde après le requin baleine et le plus grand de tous les poissons de l’Atlantique Nord. Il peut atteindre une longueur de 12 m pour un poids d’au moins 4 t.


Le requin pèlerin est une espèce pélagique qui fréquente surtout les eaux tempérées et froides des deux hémisphères, en particulier au niveau des plateaux et des talus continentaux. Malgré cette vaste aire de répartition, les observations sont rares. Sauf dans quelques secteurs côtiers où ce poisson peut être observé en train de se nourrir en surface au printemps et en été. Parfois très près des côtes. En France, si on peut le voir sur l’ensemble du littoral, c’est en Bretagne que l’on a le plus de chance d’apercevoir son aileron et l’extrémité de sa queue fendre la surface de l’eau.

Aussi inoffensif que spectaculaire, ce géant débonnaire se nourrit de zooplancton en filtrant l’équivalent d’une piscine olympique par heure d’eau de mer ! Ces peignes branchiaux - organes s’apparentant aux fanons de baleines - jouent le rôle de passoire et retiennent ces petits animaux microscopiques. Grâce aux études récentes, on sait désormais que le requin pèlerin ne cherche pas sa nourriture au hasard. Il préfère les eaux très riches en petits crustacés planctoniques : les copépodes. En revanche, on ne sait pas encore comment il détecte ces zones.

Il reste très mystérieux. Les scientifiques ignorent quasiment tout de sa reproduction et connaissent encore mal la nature de ses déplacements. On sait qu’il entreprend de façon saisonnière de longs voyages ; il peut parcourir plus de 3 000 km en quelques mois. Le requin pèlerin se déplace aussi de la surface vers le fond. Il est capable de plonger à plusieurs centaines de mètres. On suppose que ses déplacements sont guidés par la recherche de nourriture. S’il se laisse observer quand il se nourrit en surface au printemps et en été, on ne sait pas vraiment où il passe l’hiver.

Considéré comme « en danger » depuis 2000

Le requin pèlerin a été pêché un peu partout dans le monde durant plus de 200 ans. Sa chair était consommée mais c’est surtout pour son énorme foie riche en huile qu’il était recherché. Or avec une croissante très lente, une maturité sexuelle tardive, mais aussi une gestation longue et une fécondité faible, cette espèce est particulièrement sensible à la pression de pêche. Aujourd’hui encore, les populations anciennement exploitées ne se sont pas reconstituées. La pêche volontaire est aujourd’hui complètement arrêtée mais l’espèce n’en reste pas moins vulnérable et menacée. Des requins pèlerins sont en effet chaque année victimes de captures accidentelles ou de collisions.

Ce poisson ne figure pas sur la liste des espèces protégées par la loi française mais est inscrit depuis 1996 sur la liste rouge de l’Union mondiale pour la nature. Lors de l’évaluation de cette liste en 2000, les sous-populations du Pacifique Nord et de l'Atlantique Nord Est ont été inscrites comme « en danger ». Cette prise de conscience a permis de faire évoluer le statut de l’espèce de façon significative dans certains pays et s’est traduite, au niveau international, par l’inscription sur différentes conventions.

L’inscription sur l'annexe II de la convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) est effective depuis le 13 février 2003. Elle permet de mieux surveiller et mieux gérer le commerce international en imposant la présentation d’un certificat pour toute exportation et importation d’un requin pèlerin entier ou de produits issus de ce requin tels que les ailerons.

Les inscriptions sur d’autres conventions internationales ( Unclos, Barcelone, Berne, Ospar et Bonn) - qui elles n'offrent pas de statut de protection - incitent les pays signataires à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger l'espèce sur leur territoire et à mettre en place des collaborations pour favoriser la conservation de l’espèce.

Enfin en Europe, ce n’est que depuis décembre 2006 qu’il est interdit aux navires communautaires et aux navires de pays tiers de pêcher, de conserver à bord, de transborder et de débarquer des requins pèlerins dans toutes les eaux européennes. Ce règlement s’applique aussi hors de ces eaux pour les navires communautaires.

Le statut du requin pèlerin montre bien que la vulnérabilité de l’espèce ne fait aujourd’hui plus aucun doute et qu’elle est reconnue par la quasi-totalité de la communauté internationale.

Du temps où l’on pêchait le requin pèlerin en Bretagne

Il faut attendre les années 1930 pour que la littérature scientifique relate régulièrement la présence du requin pèlerin près des côtes bretonnes. C’est à cette époque que l’espèce a commencé à susciter l’intérêt de la communauté des pêcheurs de la côte sud de la région - ce qui confirme une présence relativement importante de l’espèce. Une pêcherie artisanale a débuté en 1942 pendant la guerre, période durant laquelle toutes les matières premières manquaient. Le requin pèlerin est alors devenu la base de toute une économie de subsistance. L’huile extraite de son foie servait à confectionner des lampes de fortune ou du savon en la mélangeant à de la soude caustique. On l’utilisait également pour la friture malgré la fumée noire qu’elle répandait et son odeur nauséabonde. La chair était parfois consommée. Et les déchets servaient d’engrais pour les terres agricoles.

Après la guerre, cette pêche est devenue un complément de revenu saisonnier pour les pêcheurs de Bretagne Sud et s’est poursuivie jusqu’au début des années 1960. À cette époque, les requins étaient encore bien présents dans le secteur. Au point que l’année 1957 marque même le début d’une pêcherie un peu plus industrielle. Deux bateaux concarnois furent armés de canons lance-harpons pour pratiquer la pêche au requin pèlerin. Une centaine de requins pouvaient alors être pêchés par saison[ 1]. Ces navires auront prolongé l’exploitation commerciale du requin pèlerin dans la région durant une trentaine d’années, le dernier harponnage en Bretagne datant de mai 1990.


[1] Gautier M., 1960. La pêche des squales en particulier dans les ports du Finistère. Penn Ar Bed, 21 : 178-183