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Dernière modification le 03 novembre 2009


qui fait quoi ?

Le suivi du requin pèlerin en Bretagne


Le suivi du requin pèlerin en Bretagne Le suivi du requin pèlerin en Bretagne

L’Association pour l’étude et la conservation des sélaciens (Apecs) a commencé à suivre le requin pèlerin dans les eaux bretonnes en 1997. Elle s’appuie sur le signalement d’observations par les usagers de la mer, mène des campagnes en mer d’Iroise et sur l’archipel des Glénan et a tenté la pose de balises sur quelques requins. Eric Stéphan et Agathe Lefranc, chargés du suivi de ce poisson pour l’Apecs, nous livrent les résultats de 10 ans d’étude.


Pourquoi vous intéressez-vous au requin pèlerin ?

Il a beau être le deuxième plus gros poisson du monde, il reste néanmoins très discret et fort mal connu. Il est également classé comme espèce « en danger » en Atlantique Nord-Est par l’Union mondiale pour la nature (UICN). Chaque année des requins pèlerins sont observés dans les eaux côtières françaises et plus particulièrement bretonnes. Il y a encore quelques dizaines d’années, ces observations étaient fréquentes à la pointe de Bretagne. Aujourd’hui, les rencontres semblent beaucoup plus exceptionnelles. À tel point que la population n’a plus conscience de la présence de cet animal pourtant imposant sur nos côtes. Nous avons donc une responsabilité particulière en ce qui concerne la connaissance de cette espèce vulnérable et sa conservation. C’est pourquoi l’Association pour l’étude et la conservation des sélaciens (Apecs) se consacre depuis plus de 10 ans à son étude.

À l’époque, le requin pèlerin n’avait aucun statut de protection international. S’il était protégé dans les eaux britanniques, cette protection nationale ne paraissait pas efficace car il semble que le requin pèlerin soit un migrateur longeant les continents. C’est pourquoi l’Apecs a axé ses programmes sur l’étude des déplacements du requin pèlerin mais aussi sur sa fidélité aux eaux bretonnes dans l’optique d’une modification des réglementations pour une meilleure préservation de l’espèce.

En quoi consiste le suivi de l’espèce en Bretagne ?

Etude d’un requin pèlerin
Etude d’un requin pèlerin

Depuis 1997, l’Apecs invite les usagers de la mer à signaler leurs observations de requins pèlerins sur tout le littoral français. Ces retours de témoignages ont fait émerger deux zones en Bretagne où les observations sont plus importantes : l’archipel des Glénan et le nord de la Mer d’Iroise.

Chaque printemps et été depuis 2003, l’association parcourt ces secteurs sur une embarcation légère et collecte des données sur un maximum de requins. Lors de chaque observation, nous relevons des données élémentaires (la date, l’heure, la localisation, la température de surface et les conditions météorologiques). Nous estimons la taille de l’individu et déterminons son sexe en plongée. Nous photographions son aileron car les marques naturelles permettent d’identifier chaque individu. En comparant chaque cliché avec ceux déjà présents dans des catalogues de référence, il est alors possible d’obtenir des informations sur les déplacements des individus ainsi que sur leur fidélité aux eaux bretonnes. Nous prélevons du zooplancton (alimentation du requin pèlerin) afin d’étudier les stratégies alimentaires de l’espèce.

Pour étudier les déplacements à grande échelle et connaître l’activité sous-marine des requins pèlerins, l’observation directe ne suffit plus. La solution est alors de placer sur l’animal une balise de suivi par satellite. Programmée pour enregistrer pendant plusieurs mois la température, la profondeur et la luminosité, elle se décroche ensuite et remonte à la surface pour transmettre les informations via les satellites du système Argos, permettant de connaître le parcours de l’individu.

Qui y participe ?

Tous les acteurs de la vie maritime, professionnels, plaisanciers, plongeurs, kayakistes, etc. peuvent signaler qu’ils ont observé un requin pélerin. Pour cela, l’Apecs diffuse tous les ans des documents de sensibilisation dans plus de 1 200 structures, rien que sur le littoral breton, susceptibles de relayer l’information et de mettre à disposition du public des fiches d’observation standard. Il s’agit des capitaineries, centres nautiques, associations de plaisanciers, magasins d’accastillage, aquariums publics, associations naturalistes, criées, etc.

La Marine nationale et la direction régionale des Affaires Maritimes sont partenaires du projet. Les aéronefs et les bâtiments de surface peuvent ainsi participer au programme en signalant, dans la mesure où cela est compatible avec leur mission, toute observation de requin pèlerin.

Quels résultats avez-vous obtenu à ce jour ?

Nombre d'observations de requins pélerin en Bretagne en 2009
Nombre d'observations de requins pélerin en Bretagne en 2009

Les premiers résultats sont encourageants. Le réseau de recensement national des observations est à ce jour bien en place et on nous signale chaque année en moyenne entre 100 et 150 individus le long des côtes françaises.

Depuis la mise en place des campagnes de terrain en 2003, l’Apecs a pu observer 46 individus. Parmi ces derniers, 33 ont pu être photo-identifiés. Cette méthode a permis de reconnaître en 2006 un individu déjà observé un an avant sur le même site, ce qui nous encourage à croire que certains individus pourraient fréquenter nos côtes chaque année. On attend beaucoup de l’analyse des paramètres environnementaux enregistrés à chaque observation (température de l’eau, météorologie, composition du zooplancton, etc.) pour comprendre les raisons de la présence du requin pèlerin en Bretagne. Mais étant donné la faible fréquence des observations, cela nécessite un suivi sur le long terme.

En ce qui concerne les suivis par satellite, les résultats des premiers essais de marquage en 2004 et 2005 ont été très décevants. Il est difficile de poser correctement la balise. Vu la taille et le comportement de l’espèce, on ne peut pas capturer un animal pour la fixer. Nous utilisons un harpon pour faire entrer une fléchette sous la peau de l’animal. Mais ce procédé ne permet pas de s’assurer de la bonne tenue de la balise. Nous restons cependant convaincus que le suivi par satellite reste le meilleur moyen d’améliorer les connaissances sur les déplacements à grande échelle du requin pèlerin. L’Apecs a renouvelé l’expérience en juin 2009 en Mer d’Iroise en collaboration avec le parc naturel marin d'Iroise.

Contact

Eric Stephan ou Agathe Lefranc, Association pour l’étude et la conservation des sélaciens :
Tel. 02 98 05 40 38 ou courriel


Propos recueillis par Emmanuèle Savelli (GIP Bretagne environnement)