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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/La-flore/Les-microalgues-d-eau-douce/Les-cyanobacteries-toxiques-pour-l-homme-et-les-animaux

 

Dernière modification le 14 novembre 2007


les impacts

Les cyanobactéries toxiques pour l'homme et les animaux

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Luc Brient Unité mixte de recherche Ecosystème, biodiversité, évolution (Ecobio) , 
Thierry Panaget Agence régionale de santé de Bretagne (ARS Bretagne)




Microcystis aeruginosa Microcystis aeruginosa

Certaines cyanobactéries synthétisent des toxines qui peuvent présenter un danger pour la santé humaine et animale. L'exposition à ces toxines se fait soit par ingestion d'eau, soit par contact cutané en pratiquant des loisirs nautiques.


Les cyanobactéries produisent de nombreuses molécules chimiques dont certaines très utiles comme des antibiotiques, des antiviraux et des antitumoraux, et d'autres néfastes comme des toxines. Parmi celles-ci, on distingue les hépatotoxines, les neurotoxines et les dermatotoxines qui peuvent contaminer les humains, mais aussi la faune sauvage ou encore les animaux domestiques.

Les hépatotoxines (dont notamment les microcystines) sont les plus courantes, elles agissent sur le foie en créant, entre autres, des tumeurs. Toutes les espèces présentes en Bretagne peuvent en synthétiser. On compte une soixantaine de molécules appartenant au groupe de microcystines dont la plus étudiée est la microcystine-LR qui a servi à l'organisation mondiale de la Santé pour fixer à 1 μg/L la concentration limite tolérée pour l'eau potable. Au total, plus de 90 molécules toxiques ont été déterminées à partir des différentes espèces cyanobactériennes. On estime qu'une seule cellule peut produire plus de 150 molécules différentes !
Les neurotoxines sont des alcaloïdes qui attaquent le système nerveux et peuvent provoquer la mort par arrêt respiratoire. Ce sont les toxines d'eaux douces les plus redoutables. N'étant pas inclues dans les protocoles d'analyse, elles n'ont pas encore été décelées dans la région bien que des espèces de cyanobactéries potentiellement productrices soient régulièrement identifiées. Enfin, les dermatotoxines sont à l'origine de fortes irritations cutanées et de conjonctivites. Les méthodes d'analyse actuelles ne permettent pas non plus de les identifier.

Tableau : Toxicité potentielle de quelques cyanobactéries en Bretagne.
Source : Prolifération des cyanobactéries dans les eaux intérieures et conséquences sur les eaux de baignade et de consommation, Inf'ODE n°28, 2003)

Espèce

Toxine

Toxicité

Détectée 1 dans les eaux de loisir

Microcystis aeruginosa

microcystines

hépatotoxique

X

Woronichinia naegeliana

microcystines

   

Snowella lacustris

microcystines

   

Aphanizomenon flos-aquae

toxines PSP

neurotoxique

X

anatoxine-a

neurotoxique

 

Anabaena circinalis,

anatoxine-a

neurotoxique

 

Anabaena spiroïdes

anatoxine-a

neurotoxique

X

Planktothrix agardhii

microcystines

hépatotoxique

X

Les principales voies d'exposition à ces substances toxiques sont le contact cutané, l'ingestion d'eau de consommation ou d'aliments et, éventuellement, l'inhalation par aérosols. La toxicité des cyanobactéries est très variable dans le temps. Une même espèce peut créer simultanément plusieurs sortes de toxines et plusieurs espèces peuvent créer les mêmes toxines. Celles-ci sont produites à l'intérieur des cellules, puis libérées dans l'eau après leur mort. Les algicides, parfois utilisés pour endiguer les efflorescences de cyanobactéries, ont donc tendance à augmenter la concentration en toxines dans l'eau. C'est pourquoi le conseil supérieur de l'Hygiène Publique de France et l'agence française de Sécurité Sanitaire des Aliments ont conseillé d'éviter d'employer ces produits, notamment en période de prolifération. Ces toxines peuvent survivre encore pendant plusieurs semaines et elles sont fortement thermo-résistantes. Mais comme pour les proliférations, les mécanismes qui déclenchent la production de ces substances toxiques sont encore mal connus. Il est donc actuellement impossible de faire, a priori, un diagnostic sur la nature et la quantité de toxines produite lors d'une efflorescence de cyanobactéries. D'où la nécessité d'une surveillance sanitaire pointue.

À ce jour, une vingtaine d'espèces de cyanobactéries potentiellement toxiques ont été identifiées en Bretagne, et seules des hépatotoxines ont été recherchées et décelées (les techniques de mesures pour les autres toxines que la microcystine-LR ne sont utilisées qu'en recherche et ne sont pas encore développées en routine). Aucune étude épidémiologique n'a été menée pour connaître l'impact sanitaire des cyanobactéries dans la région. Mais, de nombreux cas d'intoxication graves ont été recensés en Grande-Bretagne et en Australie suite à l'ingestion d'eau de consommation insuffisamment traitée. Près de soixante décès ont même été enregistrés dans un centre de dialyse rénale au Brésil.

Comme dans tout phénomène d'eutrophisation, les efflorescences de cyanobactéries provoquent des modifications importantes qui altèrent les milieux aquatiques touchés. Par exemple, la décomposition naturelle du phytoplancton mort consomme l'oxygène dissous et en prive, par conséquent, les autres êtres vivants. De même, la biodiversité diminue, au moins ponctuellement, dans les environnements eutrophes. Enfin, les proliférations ont aussi un impact indirect en raison de l'usage de sulfate de cuivre comme algicide. Le conseil supérieur de l'Hygiène Publique de France et l'agence française de Sécurité Sanitaire des Aliments déconseillent fortement son utilisation qui présente des risques d'écotoxicité pour la faune aquatique.


(1) Détectées aux moins une fois lors du suivi sanitaire en Bretagne en 2004