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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/Le-patrimoine-geologique/Les-outils-juridiques-utilises-en-Bretagne-pour-proteger-le-patrimoine-geologique

 

Dernière modification le 04 février 2010


que dit la loi ?

Les outils juridiques utilisés en Bretagne pour protéger le patrimoine géologique

Rédigé par :

Morgane Cokkinos (GIPBE)

En collaboration avec :

Max Jonin Société géologique et minéralogique de Bretagne (SGMB)




Schistes plissés Schistes plissés

Paradoxalement, le patrimoine géologique alors qu’il est notre bien commun le plus ancien, puisqu’il s’agit de « l’héritage du passé de la Terre »[ 1], n’a été reconnu que récemment. Et surtout, bien après le patrimoine naturel vivant. En Bretagne, des géologues naturalistes universitaires s’investissent depuis vingt ans pour que les objets géologiques remarquables de la région soient reconnus et protégés au même titre que les espèces et les habitats menacés.


Le patrimoine géologique est ce qu’il y a de plus remarquable dans l’ensemble des roches, des minéraux, des formations géologiques, etc. qui en tant que « témoins de l’histoire de la Terre [...] participent à la connaissance des événements physiques et biologiques qui ont marqué notre planète »[ 2]. C’est ce que l’on cherche à conserver pour le transmettre aux générations futures.

Ce patrimoine retrace une histoire qui a commencé il y a environ 4,5 milliards d’années ! Pourtant, on n’a pris conscience de son importance qu’assez récemment. Puisqu’il a fallu attendre les années 1980 pour que la notion de patrimoine géologique commence à émerger.

Car l’homme n’a d’abord accordé de valeur patrimoniale qu’à ses propres œuvres : le patrimoine architectural, en 1834 (Monuments Historiques), puis le paysage pour ses dimensions esthétiques et pittoresques en 1906 et 1930. Ce n’est qu’avec la loi de 1976 relative à la protection de la nature, que l’on a admis qu’elle aussi peut avoir un intérêt patrimonial.

La carrière des landes en 1966 : une première intervention conservatoire

Carrière des Landes
Carrière des Landes

En Bretagne, des géologues universitaires ayant une sensibilité naturaliste se sont préoccupés très tôt de protéger des sites, des roches et des minéraux importants. Ils ont tiré parti au mieux des outils juridiques existant.

La première intervention conservatoire a eu lieu en 1966 avec la carrière des landes en Ille-et-Vilaine, devenue un site classé au titre de la loi de 1930. La commune de Guichen offre avec cette carrière - qui n’est plus exploitée - un véritable condensé de l’histoire de la Bretagne. On peut y décrypter les grands évènements géologiques entre - 550 et - 300 millions d’années. Au cours de ces 250 millions d’années, deux chaînes de montagnes se sont élevées puis ont disparu en produisant de grandes quantités de sédiments.

Mais c’est réellement avec la loi de 1976, relative à la protection de la nature que l’État se donne les moyens de préserver le patrimoine naturel. Elle permet de protéger, au sein des réserves naturelles nationales, des richesses minérales au même titre que des habitats ou des espèces de la faune et de la flore remarquables. Dès 1982, l’association Bretagne Vivante – SEPNB s’appuie sur cette loi pour créer la réserve de l’île de Groix, mettant ainsi à l’abri des collectionneurs et des marchands indélicats la richesse minéralogique des principaux sites. Il s’agissait alors de la seconde du genre en France[ 3].

Pour autant, malgré la loi de 1976, la composante minérale est longtemps restée le parent pauvre de la protection du patrimoine naturel. Alors que la biodiversité faisait l’objet - et encore aujourd’hui - de nombreux inventaires ( inventaire des zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique, listes rouges des espèces menacées, etc.) et de mesures conservatoires ( réseau écologique Natura 2000, etc.), le patrimoine géologique était quant à lui négligé.

Vue aérienne du sillon de Talbert
Vue aérienne du sillon de Talbert

Un tournant décisif a lieu en 1991 avec la Déclaration internationale des droits de la mémoire de la Terre[ 4] qui affirme clairement la notion de patrimoine géologique. Un an plus tard, des géologues bretons, alors pionniers, se lancent dans un inventaire régional des sites les plus intéressants. Il est achevé en 1994 puis étendu à toute la France en 2007. Car entre-temps, la loi sur la démocratie de proximité de 2002 avait rendu officiel l’inventaire du patrimoine naturel, sans oublier cette fois les « richesses géologiques, minéralogiques et paléontologiques ».

C’est également à cette loi que l’on doit de pouvoir créer des réserves naturelles régionales. Un statut dont a bénéficié le sillon du Talbert en 2007. Il s’agit d’une remarquable flèche littorale de galets d’intérêt européen.

La reconnaissance du patrimoine géologique, c’est-à-dire la nécessité d’en faire l’inventaire puis le lancement d’actions conservatoires concrètes, a été lente à se mettre en place. Si désormais les mentalités ont évolué et qu’il s’agit d’une notion plus largement partagée, il reste encore à sensibiliser davantage le grand public et à inventer des outils de protection plus adaptés aux spécificités du monde minéral.

Une grande variété d’objets géologiques remarquables

Falaise de la « Mine d’or » à Pénestin (Morbihan)
Falaise de la « Mine d’or » à Pénestin (Morbihan)

Le patrimoine géologique englobe des objets extrêmement différents qui se singularisent par leur caractère scientifique, pédagogique, leur rareté, leur unicité, l’exemplarité du phénomène dont ils témoignent ou leur lisibilité. Tous ces éléments permettent d’estimer la valeur patrimoniale des objets et de les hiérarchiser.

Ces objets recouvrent des échelles très différentes. Certains peuvent mesurer plusieurs centaines de mètres comme la falaise de la Mine d'Or à Pénestin dans le Morbihan. Cet estuaire fossile est un témoin d'une partie du réseau hydrographique de la Bretagne entre - 600 000 et - 300 000 ans. D’autres ne sont observables que sous un microscope. C’est le cas des acritarches de Camaret-sur-mer en Finistère. Ce plancton fossile se présente sous la forme de kystes, de sphères hérissées d'épines, etc. Sa présence dans une roche sédimentaire permet de donner son âge avec une précision de l'ordre du million d’années.

Enfin, signalons que plusieurs objets, présents actuellement dans les collections des musées, des scientifiques ou des particuliers, et bien sûr dans les bibliothèques[ 5], mériteraient aussi de trouver leur place au sein du patrimoine géologique et d’être conservés.