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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/Le-patrimoine-geologique/Pres-de-la-moitie-de-l-age-de-la-Terre-archive-dans-le-patrimoine-geologique-breton

 

Dernière modification le 04 février 2010


état des lieux

Près de la moitié de l’âge de la Terre archivé dans le patrimoine géologique breton

Rédigé par :

Morgane Cokkinos (GIPBE)

En collaboration avec :

Jean Plaine Unité mixte de recherche Géosciences Rennes (UMR 6118) , 
Max Jonin Société géologique et minéralogique de Bretagne (SGMB) , 
Michel Ballèvre Bretagne vivante (SEPNB)




Fossile de fougère Fossile de fougère

La Bretagne montre une belle diversité de formations géologiques qui nous racontent une histoire passionnante. Les plus anciennes affichent un âge de près de 2 milliards d’années. Les plus récentes correspondent à des phénomènes géologiques encore actifs de nos jours.


La Société géologique et minéralogique de Bretagne (SGMB) a retenu dans l’inventaire du patrimoine géologique de la région plus de 150  sites remarquables. La nature de ce patrimoine est très variée. Certains sites ont été choisis parce qu’ils contiennent d’anciennes traces de vie, les fossiles ; d’autres contribuent à l’originalité des paysages actuels ; d’autres encore témoignent d’évènements tectoniques particuliers, du déplacement des continents, etc. Quelques sites ont un intérêt économique et d’autres ont laissé des traces dans la culture bretonne.

Tous ces lieux sont des archives de l’histoire de la Terre. Si on sait les interpréter, on découvre l’histoire géologique de la région, une histoire très ancienne, une histoire d’avant celle de l’homme. Celle-ci est marquée notamment par la formation et la disparition de plusieurs chaînes de montagnes et du cortège des évènements qui les accompagnent (ouverture et fermeture de plusieurs océans, manifestations volcaniques, variations considérables du niveau marin, climats, etc.).

Florilège de sites géologiques remarquables de Bretagne

La falaise de calcaires bleus de la pointe de l’Armorique à Plougastel-Daoulas en Finistère contient un récif corallien datant d’environ 410 millions d’années[ 1]. Probablement l’un des plus beaux d’Europe. La Bretagne se situait alors en zone tropicale, recouverte par une mer peu profonde et chaude dans laquelle vivaient des coraux et se déposaient des sédiments calcaires. Si l’on devait donner un exemple contemporain de ce type d’environnement marin, ce serait celui des Bahamas aujourd’hui.

Estran fossile du Corréjou
Estran fossile du Corréjou à Camaret-sur-Mer

La falaise du Corréjou à Camaret-sur-Mer (Finistère) montre l’exemple très pédagogique d’un estran fossilisé il y a 460 millions d’années. Cette exceptionnelle dalle de grès armoricain offre un ensemble de rides de courants[ 2] figées dans la roche. Ces rides sont tout à fait semblables à celles que l’on observe aujourd’hui à basse mer sur l’estran sableux voisin.

Toujours à Camaret-sur-Mer, sur une falaise, on peut voir une roche déformée en profondeur, puis mise à nue par le jeu de l’érosion. Avec le pli en forme de cloche de la Mort-Anglaise haut de plusieurs mètres, on prend mieux la mesure des forces colossales qui se sont exercées il y a 350 millions d’années lorsque la chaîne de montagnes hercynienne se formait.

Autre site particulièrement intéressant pour la Bretagne : la carrière de La Marette à Saint-Malon-sur-Mel en Ille-et-Vilaine. Elle nous livre sur quelques mètres carrés l’essentiel de l’histoire géologique de la région. Au lieu de s’aligner parallèlement les unes contre les autres, les couches sédimentaires forment une discordance nette. À lui seul, ce front de taille résume une période de temps entre - 600 et - 300 millions d’années. Deux chaînes de montagnes (cadomienne et hercynienne) se sont formées puis se sont érodées, laissant place à des dépôts sédimentaires.

La Bretagne compte également dans son patrimoine géologique les rares gneiss icartiens de Port-Béni à Pleubian en Côtes-d’Armor. Ce sont les plus vieilles roches de France. Elles seraient âgées de 1,8 à 2 milliards d'années, soit presque la moitié de l’âge de la Terre !

Lave en coussins
Lave en coussins à Erquy

Parmi les curiosités géologiques peu communes, on peut citer les laves en coussins de la pointe de Guilben à Paimpol, de la pointe de La Heussaye à Erquy, de Lohuec en Côtes-d’Armor ou encore de Lostmarc’h à Camaret, Elles signalent un volcanisme basaltique sous-marin. Et c’est d’ailleurs parce qu’elles se sont refroidies sous l’eau qu’elles ont pris cette forme caractéristique, restée pendant longtemps énigmatique.

Sur l’Île de Groix, ce sont les minéraux – comme le rare glaucophane avec ses aiguilles bleu sombre – qui renferment de précieuses informations sur l’histoire géologique de la région. Ils prouvent l’existence d’un océan qui a disparu lors de la collision de plaques tectoniques. C’est lors de cette même collision que la chaîne de montagnes hercynienne est née.

Si le patrimoine géologique est un moyen privilégié d’accéder au passé, il comprend aussi des exemples de géologie vivante ! Ainsi, le sillon de Talbert à Pleubian en Côtes-d’Armor est une des plus remarquables flèches littorales de France. Il offre la possibilité de voir un phénomène géologique actif – la formation d’une accumulation sédimentaire - et de suivre son évolution.

Mine de kaolin de Ploemeur
La mine de kaolin de Ploemeur

L’intérêt économique trouve parfois son origine dans un phénomène géologique peu courant. À Ploemeur en Morbihan, on extrait des kaolins. Ce minéral entre dans la composition de papier de haute qualité mais également dans la confection de céramiques (sanitaires, carreaux, etc.) ou encore de fibres de verre. Il naît de l’altération d’un granite en climat chaud et humide. Le gisement de Kerphalite[ 3] de Glomel (Côtes-d’Armor) exploite quant à lui l’andalousite, un autre minéral industriel. Il existe très peu de sites de cette nature au monde. Le gisement de Glomel fournit à lui seul environ un quart de la production mondiale.

Tous les paysages qui font l’identité de la Bretagne sont structurés par leur histoire géologique. On peut citer par exemple les roc’h déchiquetés des Monts d’Arrée, les chaos granitiques de Toul Goulic (Côtes-d’Armor) ou du Huelgoat (Finistère), la côte de granite rose de Ploumanac’h (Côtes-d’Armor), etc.

Enfin, certains sites de l’inventaire géologique breton ont aussi une valeur culturelle. La kersantite est une roche très particulière. Elle tient son nom du hameau de Kersanton en Loperhet. Elle est exploitée de longue date ; tendre à la taille mais résistante à l’altération, elle a été largement exploitée pour produire des pierres de taille pour la construction mais aussi pour toute la statuaire des églises et des chapelles de Bretagne. Avec elle, le patrimoine géologique et le patrimoine culturel se rejoignent.

Les sites géologiques sont ils fragiles ?

En dehors du fait que les sites géologiques sont soumis aux phénomènes naturels d’altération et d’érosion, ils présentent aussi une vulnérabilité anthropique.

D’une part, ils peuvent disparaître lors de travaux, d’aménagements ou, bien sûr, d’exploitation de ressources naturelles (carrières, mines, etc.). La gestion des territoires doit donc désormais intégrer leur protection.

D’autre part, roches, minéraux et fossiles ont une dimension esthétique et attisent la curiosité voire la convoitise des collectionneurs et donc des marchands. Il convient donc de protéger règlementairement les sites les plus remarquables et d’informer largement afin de contrôler au mieux cette prédation. Si les améthystes de Crozon avaient été protégées, sans doute pourrions-nous encore en observer dans les falaises du Grès armoricain. Au sillon de Talbert (réserve naturelle régionale), le cordon de galets étant fréquenté par plus de 30 000 visiteurs en été, on comprend que le geste apparemment anodin qui consiste à emporter un galet en guise de souvenir peut vite se transformer en réelle menace pour un stock sédimentaire au renouvellement incertain. La réserve naturelle nationale François Le Bail de Groix a, depuis 1982, définitivement arrêté le pillage minéralogique des secteurs les plus remarquables de l’île.


  • [1] appelée le Dévonien sur l’échelle de temps géologique
  • [2] Elles sont nommées ripple marks
  • 3] La kerphalite est le nom commercial du sable grossier presque exclusivement constitué de grains d'andalousite