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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/Les-milieux/Les-cordons-de-galets/Le-sillon-de-Talbert-est-la-plus-grande-fleche-de-galets-en-Bretagne
Dernière modification le 26 octobre 2009
Rédigé par :
Emmanuèle Savelli (GIPBE)
En collaboration avec :
Dominique Halleux
(CELRL)
,
Julien Houron (mairie De Pleubian)
,
Marion Hardegen
(CBNB)
,
Pierre Stéphan
(UMR 6554 CNRS-LETG)
Le sillon de Talbert est un éperon de galets qui s’élance depuis la côte comme un défi aux courants et à la houle. Ce site naturel fragile est précieux pour son patrimoine géologique, sa flore et sa faune.
Le sillon de Talbert est remarquable à plusieurs titres, à commencer par ses dimensions. Ce spectaculaire objet géologique s’étire sur 3,2 km de long et représente un volume sédimentaire de 1,24 million de m3. Il protège des fortes houles l’archipel de Bréhat plus à l'est, ainsi que toute la côte du Goëlo. Son intérêt patrimonial est indéniable pour la Bretagne car il existe peu de formations de ce type dans la région. Il est aussi reconnu au niveau européen pour sa géodiversité.
Comme tout cordon de galets, le sillon de Talbert se compose en réalité d’un mélange de sédiments plus ou moins grossiers. Certains secteurs, plus riches en sable, forment une dune qui vient coiffer le cordon. Il y a peu d’espèces capables de vivre dans cet environnement instable où les galets peuvent voler par grand vent ! La flore et la faune y sont très particulières. Ces espèces sont spécialisées et comme les accumulations de galets sont rares en Bretagne, elles le sont également.
La portion dunaire du sillon accueille quelques dizaines de pieds de panicaut des dunes, une espèce protégée en Bretagne. On en comptait naguère plusieurs centaines de pieds. L’espèce s’est raréfiée, probablement victime de l’attrait croissant du sillon et sous la pression d’une cueillette excessive. Dans le secteur plus riche en galets, pousse le chou marin ou crambe, au niveau de la laisse de mer. Ses tiges constituaient traditionnellement un légume très apprécié, mais leur récolte est désormais interdite depuis qu’il est protégé en France. On y trouve aussi la variété maritime de la morelle douce-amère inscrite sur la liste rouge de la flore armoricaine.
Au printemps, quelques espèces d’oiseaux viennent nicher sur le sillon : gravelot à collier interrompu, grand gravelot, sterne pierregarin et sterne naine - dont c’est l’un des rares sites de reproduction en Bretagne. L’entrée du sillon, plus végétalisée, est plus propice aux passereaux comme le pipit farlouse et l’alouette des champs. Certaines espèces comme le grand gravelot et la sterne naine pondent des œufs aux motifs tachetés qui se confondent avec les galets. Toutes ces espèces ont en commun d’avoir une reproduction précaire. Parce que leurs pontes sont à la merci de la moindre grande marée ou du premier coup de vent, mais aussi en raison de la fréquentation importante des sites naturels littoraux. Les œufs et même les poussins sont quasiment invisibles au milieu des galets. C’est ce qui explique notamment la présence d’enclos, installés pour protéger les zones de nidification et dont les emplacements peuvent changer chaque année. C’est aussi pour cette raison que les chiens doivent être tenus en laisse sur le site et y sont même interdits d’avril à août.
En hiver, s’il y a moins de visiteurs, il n’y a pas moins d’oiseaux. Bien au contraire, le lieu accueille de nombreux limicoles (gravelot, bécasseaux Sanderling et variables, tourne-pierre à collier), bernache cravant et même le bruant des neiges dont l’hivernage semble régulier à cet endroit. Tous ces hivernants trouvent, dans la vasière située au revers du sillon et qu’il protège comme une « digue naturelle », une aire de repos et de la nourriture en abondance.
L’intérêt patrimonial du sillon de Talbert a conduit l’État à confier en 1996 sa gestion au Conservatoire du littoral. Il assume cette gestion en collaboration avec la mairie de Pleubian qui y effectue des suivis naturalistes, de la sensibilisation et organise la fréquentation du public en fonction des enjeux pour la flore et la faune. Le sillon appartient au réseau écologique européen Natura 2000 et est devenu une réserve naturelle régionale en 2007.
Avec près de 33 000 visiteurs en été[ 1], on comprend aisément que la sensibilisation du public est un élément clé pour améliorer la gestion du site, qu’il s’agisse de la protection de sa biodiversité ou de sa géodiversité. Car il ne faut pas négliger le pillage de galets par des promeneurs en quête de souvenir géologique. L’ampleur du phénomène est difficile à estimer mais il est récurrent. La tentation est grande pour les promeneurs à pieds qui ramènent parfois même plusieurs kilogrammes. Pourtant, le sillon de Talbert n’est pas une exception : il est interdit sur l’ensemble du littoral français de prélever des matériaux naturels, sable, galets ou roches.
Scindé en deux au XVIIIe siècleLes aléas naturels restent la principale source d’évolution pour le sillon de Talbert. Comme toutes les flèches, il évolue en fonction de son alimentation en sédiments, des variations du niveau de la mer et des tempêtes. Ses galets ont été transportés par les fortes houles de nord-ouest. Il était autrefois rattaché aux îles de l’archipel d’Olonne. A la fin du XVIIIe siècle, une brèche s’est ouverte et l’a coupé en deux parties distinctes. Au nord, les galets se sont étalés pour former un vaste estran. Quant à la partie sud, c’est devenu une flèche à pointe libre recourbée à son extrémité sous l’effet des vagues : le sillon de Talbert que l’on connaît aujourd’hui. Dans les années 1970 et 1980, il a fait l’objet de plusieurs aménagements pour tenter de le stabiliser. Le plus imposant est sans conteste la digue rocheuse de 1,4 km de long, implantée au niveau du front du cordon pour le consolider. Il y a aussi eu plusieurs reprofilages et colmatages de brèches dans les années 1980. Et même la pose de filets censés emprisonner les galets. Mais ces essais de défense statique se sont soldés par un échec : non seulement le cordon a continué à se déplacer mais il s’est en plus abaissé. Finalement, en automne 2004, le Conservatoire du littoral a choisi de rendre au site sa souplesse naturelle. Près de 80 % des enrochements ont été concassés sur place afin de le réalimenter. Pour surveiller son évolution actuelle et anticiper ses évolutions futures, il fait l’objet d’un suivi régulier de sa géomorphologie depuis 2002 à l’aide d’un GPS centimétrique. Chaque année, la topographie du sillon est comparée à celle de l’année précédente afin de calculer précisément les modifications de sa forme. |
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