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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/Les-milieux/Les-dunes/Gerer-un-site-dunaire-c-est-savoir-intervenir-le-moins-possible

Dernière modification le 02 juillet 2009

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les réponses

Gérer un site dunaire, c’est savoir intervenir le moins possible

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Dominique Halleux ,  Gwenal Hervouët ,  Isabelle Gay (CLDB) , 
Emmanuelle Elouard Syndicat mixte Grand Site dunaire de Gâvres-Quiberon (SMGSGQ) , 
Gilles Camberlein Conseil général des Côtes-d'Armor (CG22) , 
Jean-françois Le Bas Conseil général d'Ille-et-Vilaine (CG35)




Les dunes sont des milieux naturels fragiles qui résistent moins que les falaises aux assauts du vent et de la houle. Mais surtout, elles ne supportent pas une fréquentation humaine excessive. Si elles peuvent rapidement se dégrader, elles ont tout autant la capacité de « cicatriser » en quelques années… lorsqu’on intervient à temps. Même si la meilleure gestion dunaire est encore de peu intervenir, quand cela s’avère nécessaire, il faut protéger physiquement la dune et mener des opérations de génie écologique afin de conserver sa biodiversité.


Actuellement, la grande majorité des dunes en Bretagne a plutôt tendance à perdre du terrain. A cela, plusieurs raisons. D’une part, les aménagements côtiers (ports, urbanisation) et l’extraction de granulats en mer renforcent l’action destructrice de la houle - de façon générale, celle-ci soustrait plus de sable qu’elle n’en apporte. D’autre part, loisirs et tourisme se sont intensifiés sur l’ensemble du littoral. Et, même si c’est interdit et que cela reste ponctuel, certains sites subissent encore des extractions de sable destructrices ou sont souillés par des décharges sauvages.

Pourquoi protéger les dunes ? Pourquoi ne pas laisser ces milieux naturellement changeants évoluer, quitte à ce qu’ils disparaissent ? Il y a plusieurs raisons à cela. Il ne faut pas oublier par exemple que les dunes fournissent la meilleure des protections contre les tempêtes et les débordements de la mer. Très récemment, la forte tempête du 10 mars 2008 - associée à de forts coefficients de marée – a bien montré partout en Bretagne que lorsque le front dunaire est dégradé, la mer s’engouffre rapidement. Ainsi, à l’anse Du Guesclin en Ille-et-Vilaine, malgré les travaux entrepris depuis les années 1970, le sable de la dune mobile a été projeté sur l’arrière-dune vers le marais. La route départementale bordant le revers de la dune a été recouverte sur une épaisseur de sable d’un mètre par endroits. Les vagues franchissant la crête dunaire se sont déversées sur les terres agricoles et dans le marais jouxtant la dune.

Outre la cinquantaine de plantes rares ou protégées qu’ils recèlent en Bretagne, ces milieux naturels ont une fonction écologique importante pour la faune migratrice ou sédentaire. Ils accueillent toute l’année des centaines espèces d’invertébrés. Et à certaines saisons, de nombreuses espèces d’amphibiens et d’oiseaux en dépendent pour se nourrir ou se reproduire. Plus d’une centaine de dunes de la région sont d’ailleurs reconnues zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique. La plupart sont protégées au titre de leur biodiversité (en tant qu’habitat ou pour les espèces rares y vivant) et sont intégrées dans le réseau écologique européen Natura 2000 ou font partie d’une réserve naturelle comme celle de la baie de Saint-Brieuc.

Les sites dunaires sont également préservés au titre de leurs qualités paysagères en tant que sites inscrits ou classés, ou bien encore en faisant l’objet d’une opération Grand Site, comme c’est le cas pour le massif qui s’étend de Gâvres à Quiberon.

Enfin, ces espaces sont aujourd’hui des lieux de détente très prisés. Loisirs et tourisme génèrent une manne économique pour de nombreuses communes littorales. Ce sont d’ailleurs parfois les premières à souhaiter les préserver. Ainsi pour le massif dunaire Gâvres – Quiberon, les communes de Gâvres, Plouhinec, Étel, Erdeven, Plouharnel, Saint-Pierre-Quiberon et Quiberon ont créé en 1997 le syndicat mixte Gâvres – Quiberon lors de leur adhésion à l’ opération Grand Site[1] afin de protéger et mettre en valeur ses différents aspects.

Intervenir ou non ?

Restauration dunaire dans l'anse du verger
Restauration dunaire dans l'anse du verger

Qui prend soin des espaces dunaires ? Syndicat mixte, commune ou communauté de communes, conservatoire du littoral et des rivages lacustres, office national des forêts, association, conseil général, etc. La réponse est très variable et il y a quasiment autant de gestionnaires que de sites. Ils sont d’ailleurs souvent plusieurs à intervenir sur une même dune. Car, comme pour les autres espaces naturels, la protection des dunes se renforce au fur et à mesure des acquisitions foncières. La plupart du temps, seule une politique coordonnée permet d’agir sur une zone cohérente d’un point de vue écologique.

Ceux qui gèrent les dunes mènent deux objectifs de front : d’une part, restaurer le caractère original du site et d’autre part, canaliser la fréquentation humaine. Ils luttent contre l’érosion, et cherchent à préserver la biodiversité ainsi que les qualités paysagères.

Contrer les destructions causées par le vent et la houle exige d’intervenir pour le long terme mais aussi « à chaud » après une tempête. Le but prioritaire est ici de s’assurer du rôle fixateur de la couverture végétale. Pour cela, on canalise les cheminements, et on isole physiquement les secteurs en cours de restauration ou à protéger. Pour « aider la nature », il est possible de planter des oyats sur les dunes blanches les plus dégradées, et même de donner un coup de pouce supplémentaire en les reprofilant comme sur le tombolo des Chevrets, près de Rothéneuf. Sur le haut de plage, la collecte manuelle des macrodéchets est aussi fortement recommandée ; elle maintient en place, sur la laisse de mer, les fertilisants de la dune embryonnaire.

Les gestionnaires de dunes manient aussi le génie écologique. C’est le cas en particulier dans les zones humides de la dune grise. Il s’agit par exemple de contrôler la fermeture des dépressions arrière-dunaires - c’est-à-dire le développement des fourrés et des boisements – afin de conserver des habitats naturels variés et par conséquent un cortège floristique riche. Un tel travail sur la dune de Bon-Abri - pourtant très dégradée lors de son acquisition en 1980 par le conseil général des Côtes-d’Armor – a permis d’obtenir une mosaïque de zones humides allant du bas marais au coteau boisé en passant par les mares temporaires ou permanentes. La présence de saules confère ainsi à la dune de Bon-Abri une richesse mycologique exceptionnelle à ce milieu dunaire.

Parmi les actions de génie écologique, on peut citer également la lutte contre les espèces invasives, comme le baccharis, qui s’installent au détriment de la flore locale.

Intervenir ou non ? Telle est la question pour le gestionnaire. Contrairement à une falaise, la dune est naturellement changeante. Cela fait partie intégrante de son fonctionnement écologique. Si sa flore est si particulière, c’est en grande partie grâce à sa dynamique sédimentaire naturelle. D’ailleurs, les préconisations des spécialistes sont on ne peut plus claires : « pour ce type d’habitat, la gestion sera basée, dans la mesure du possible, sur la non-intervention. »


[1] La candidature à l’opération « Grand site » pour le massif Gâvres – Quiberon a été lancée en 1993 par le Département du Morbihan, le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement du Morbihan (CAUE 56) et le conservatoire du littoral et des rivages lacustres