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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/Les-milieux/Les-dunes/La-dune-un-milieu-en-perpetuel-mouvement

Dernière modification le 02 juillet 2009

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comment ça marche ?

La dune : un milieu en perpétuel mouvement

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Bernard Hallegouët (UBO) , 
Gérard Prigent Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement en Bretagne (Dreal Bretagne) , 
Marion Hardegen Conservatoire botanique national de Brest (CBNB)




Champ de dunes en formation à Tréguennec Champ de dunes en formation à Tréguennec

Le paysage dunaire est formé d’une succession de zones que l’on reconnaît à leur morphologie et à leur végétation. Au fil des saisons, la mer et le vent façonnent le sable tandis que la végétation contribue à le fixer. Tentons de décrypter son fonctionnement, le temps d’un arrêt sur image.


La dune n'est en réalité que la partie visible d'un vaste stock de sable non consolidé qui comprend également l'avant plage sous-marine et la plage. En absence d’érosions marine et éolienne, avec des apports réguliers et réduits de sable, on peut observer un profil d’équilibre où l’on reconnaît quatre secteurs à la flore bien distincte. La végétation, très spécialisée, s’installe en bandes successives parallèles à la plage. Elle fixe la dune au fur et à mesure qu’elle recouvre le sable. Dans ce milieu pauvre et instable, chaque plante occupe une place bien précise. Plus on s’éloigne de la plage et du sable à nu, plus la végétation se diversifie.

En haut de plage, on observe le premier stade d'accumulation de sable. C’est là que naît la dune embryonnaire. Les invertébrés décomposeurs, très actifs dans cette zone, dégradent le varech de la laisse de mer et fournissent ainsi les éléments nutritifs aux plantes pionnières éparses (chiendent des sables, arroche laciniée, pourpier de mer). Elles ont en commun de bien supporter le sel. Le chiendent des sables est capable d’enfoncer profondément ses racines à la recherche de la nappe phréatique. Il étend ensuite son chevelu racinaire en un large tapis retenant le sable.

Au contact de la dune embryonnaire, commence la dune blanche encore mobile. C’est le royaume de l’oyat, la plante dunaire fixatrice par excellence. Il s’installe en hauteur afin d’éviter l'eau salée et forme des peuplements denses au système racinaire puissant. Bien loin de le gêner, l’ensablement permanent de ce secteur stimule sa croissance et celle de ses racines. Il peut supporter des dépôts annuels de sable de 40 à 80 centimètres !

La dune grise contraste nettement avec la blanche. A l’abri des embruns et des apports massifs de sable, la végétation forme ici une pelouse plus couvrante que sur la dune blanche. Elle doit son aspect grisâtre aux nombreux lichens et mousses qui la tapissent ainsi qu’à l’humus qui commence à enrichir le sable. Mais elle contient aussi une grande diversité d’autres espèces, en particulier l’immortelle adaptée à la sécheresse sur les côtes méridionales.

Enfin dans la partie interne de la dune, les conditions deviennent moins contraignantes pour la flore. Des pelouses basses, on passe aux pelouses hautes et aux prairies enrichies d’espèces pré-forestières (saule des dunes, rosiers), puis aux fourrés (ajonc, prunelliers), voire aux taillis[ 1] (bouleau pubescent, chêne pédonculé).

Il est intéressant de noter qu’indépendamment des quatre secteurs dunaires, il existe souvent, au sein de la dune grise et à l’arrière de celle-ci, des cuvettes naturelles ou artificielles (anciennes carrières de sable par exemple). Une partie est au moins temporairement en contact avec la nappe phréatique[ 2]. Les niveaux d’eau peuvent changer très fortement au cours de l’année, jusqu’à l’assèchement total en période estivale. Ces zones humides occupent parfois de grandes étendues (palues de la baie d’Audierne) et présentent alors des successions de communautés végétales riches et diversifiées en fonction du niveau de la nappe phréatique et de la durée d’inondation.

Mais toutes les dunes en Bretagne ne répondent pas à ce découpage schématique. Ainsi, les flèches sableuses ont une partie terrestre peu développée. Et pourtant, ce sont bien des dunes. Ces fragiles bancs de sable perpétuellement remaniés par le vent, les vagues et les courants de marée peuvent être détruits lors d’une tempête pour se reconstruire peu après[ 3]. Les dunes perchées constituent un autre cas particulier car elles ne sont plus nourries par la plage[ 4]. Ce stock de sable ancien évolue indépendamment de la dynamique marine. C’est pour cette raison qu’on parle de dune « fossile ».

Les rythmes dunaires : variation saisonnière… ou érosion chronique ?

Caoudeyre
Caoudeyre de la dune des Blancs-Sablons

Les différents secteurs dunaires évoluent les uns en fonction des autres selon les évolutions des domaines marins et terrestres. Trois facteurs naturels influent sur la dynamique globale de la dune : la houle et les courants agissent surtout sur l’avant plage et la plage ; le vent construit la dune embryonnaire et exporte les sables au-delà de la ligne de rivage ; la végétation fixe plus ou moins le sable.

La plupart des dunes en Bretagne sont depuis longtemps fixées. Mais au cours de l’année, la plage et la dune embryonnaire changent de forme sous l’influence du vent et des vagues. En hiver, la plage maigrit et le pied de dune est taillé en falaise par la mer. Ce phénomène est particulièrement spectaculaire après les marées de vive-eau et les tempêtes. En été, au contraire, la plage engraisse et la dune se reconstruit. Cette zone est particulièrement instable car les échanges de sable au sein du système dunaire sont importants. Il suffit souvent d’une tempête pour réduire à néant les gains de plusieurs années.

Tout aussi naturellement, le sable se déplace le long de la côte. Dans le cas de houles obliques, une partie de la dune disparaît alors que plus loin - parfois même très loin – le rivage dunaire progresse. Les sédiments en transit s’arrêtent dans les zones moins exposées ou lorsqu’ils rencontrent un obstacle. Dans le cas de houles perpendiculaires à la côte, le sable arraché à la dune est entraîné directement sous l’eau et contribue ensuite, en période de calme, à la réalimentation de la plage. Ces phénomènes spontanés sont exacerbés ou entravés par tout aménagement du trait de côte qui modifie la dynamique marine (digue, cordon d’enrochements, épis, etc.) ou éolienne (brise-vent ou entaille favorisant l’érosion).

La dune est sans cesse soumise à l’action du vent, de la mer et de l’homme. Son équilibre dépend de du stock sédimentaire, des courants de marée, de la houle et du vent. Elle peut subir des changements rapides et réversibles, au fil des saisons. Mais possède aussi une grande inertie, car il faut parfois plusieurs dizaines d’années pour enregistrer les impacts d’une digue ou de tout autre aménagement sur une dune. Les fouilles archéologiques et plusieurs écrits, dès le Moyen-Âge mais surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles, témoignent de grands déplacements de sable ensevelissant les villages et menaçant les cultures dans l’arrière-pays breton[ 5].

Quels sont les stigmates de l’érosion dunaire ? Une microfalaise, en lieu et place d’une dune embryonnaire, qui recule chaque année ; un siffle-vent ; une encoche d’érosion éolienne qui s’autoentretient à la base de la pelouse dunaire ; une profonde excavation plus ou moins arrondie que l’on qualifie de caoudeyre. Le vent profite de la moindre entaille créée par le piétinement, le passage de chevaux ou de véhicules à travers les dunes pour redoubler de violence. Lorsque siffle-vent et caoudeyres se multiplient, on assiste au démantèlement de la dune. Sa hauteur s’abaisse, l’arrière-dune est fortement saupoudrée par le sable et des dunes paraboliques peuvent progresser vers l’intérieur. Sans nouvel apport de sable pour reconstituer le cordon dunaire et sans végétation pour le fixer, le sable se disperse dans l’arrière-pays. C’est ce qui s’est passé en baie d’Audierne après les tempêtes de 1966.

Carrières et extractions de sable : impacts sur la dune

Nombre de dépressions dunaires actuelles sont les reliques d’anciennes carrières de sable. Celui-ci a été employé notamment pour édifier les fortifications militaires allemandes sur la côte pendant la Seconde Guerre mondiale… mais aussi pour reconstruire des villes comme Lorient, Brest et Saint-Malo après la guerre. Plus récemment, jusque dans les années 1970, il a été utilisé pour de grands travaux, comme la création de la piste d’atterrissage de la base aérienne de Landivisiau. Ces excavations d’origine artificielle sont devenues des dépressions humides d’une grande diversité floristique, justifiant aujourd’hui en partie la protection des sites dunaires.

Exploitation des matériaux marins
Exploitation des matériaux marins

S’il est désormais interdit d’ouvrir de nouvelles carrières dans les dunes, il reste possible de prélever des matériaux marins dans le domaine public maritime et sur les fonds marins à quelques milles nautiques du rivage. En Bretagne, il existe aujourd’hui deux concessions (au sens du code minier) attribuées pour cinq ans pour l’extraction de matériaux calcaires marins (gisements de maërl de Lost Pic face à Paimpol et des Pourceaux entre le continent et l'île de Molène). Des procédures sont en cours en vue d’obtenir des concessions de substances calcaires pour sept autres sites sur la côte bretonne (sables coquilliers, maërl).

Conformément à la réglementation, toute demande de concession s’accompagne d’une évaluation de l’impact de l’activité sur l’environnement marin, notamment sur la dynamique sédimentaire des milieux prélittoraux. En prélevant du matériau sous-marin, on peut en effet contribuer à modifier la dynamique sédimentaire d’un site dunaire, et par là-même sa pérennité. La nature ayant horreur du vide, la mer a tendance à combler les trous… C’est ce qui explique le recul de la ligne de rivage à Sables-d’Or-les-Pins, près du cap Fréhel. L'octroi de la concession est décidé par le ministre en charge de l'environnement sous la forme d'un décret pris en Conseil d'Etat ; l’autorisation d’ouverture des travaux miniers est délivrée quant à elle par un arrêté préfectoral, qui fixe les conditions d'exercice de l’activité d’extraction et en particulier les contrôles (levés bathymétriques et sismiques, prélèvements biosédimentaires) menés périodiquement pour évaluer ses effets sur l’environnement.


[1] Localement, des bois de feuillus et de résineux ont été plantés afin d’arrêter la progression des sables (forêt de Pemphent à Santec par exemple).
[2] Les marais arrière-dunaires et la nappe d’eau douce sous-jacente qui contribuent d’ailleurs à assurer par capillarité la cohésion des fondations de la dune.
[3] La flèche à crête multiple de Penn ar C'hleuz en face de Goulven est une bonne illustration de cette alternance constructive et destructive. On y reconnaît toutes les anciennes lignes de rivages depuis 1828, date à laquelle une digue a fermé l’estuaire de la Flèche.
[4] L’érosion éolienne au sommet des falaises de Quiberon peut cependant encore fournir des apports sableux à la pelouse dunaire.
[5] Ces invasions de sable dans les terres s’expliquent par des changements climatiques, par une recrudescence de tempêtes, peut-être associés aussi à un sur-pâturage de la pelouse fixant la dune.


Sources

La flore du Finistère - Emmanuel QUERRE, Laurent GAGER, Franck HARDY, Sylvie MAGNANON, Rémy RAGOT - 2008