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Dernière modification le 02 juillet 2009


état des lieux

Le petit peuple des dunes

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Cyril Courtial Groupe d'étude des invertébrés armoricains (GRETIA)




Criquet des dunes Criquet des dunes

À première vue peu fréquentée par les animaux, la dune fourmille en réalité des plus discrets d’entre eux : les invertébrés. Ils ont relevé le défi de s’adapter à des conditions de vie parfois proches des régions désertiques… même en Bretagne, pourtant plus connue pour la douceur de son climat.


Qui peut vivre dans les dunes littorales, en étant souvent privé d’eau douce, parfois arrosé d’eau salé, régulièrement criblé de sable et chauffé au fer blanc par le soleil estival ? Peu de monde a priori. Et bien contrairement à cette première impression, au moins 800 espèces – et probablement même beaucoup plus - mais qui ne dépassent guère le centimètre ! C’est ce qu’ont montré les prospections entomologiques menées par le Groupe d’étude des invertébrés armoricains.

Il n’y a donc pas que des lapins et quelques oiseaux de passage dans les dunes. Elles sont en fait peuplées d’une multitude d’insectes, d’araignées et autres invertébrés tout à fait adaptés à la rude vie dunaire. Ce sont surtout des espèces qui apprécient la chaleur et la sécheresse. Tout comme les plantes, elles savent adapter leurs comportements et leur morphologie.

Punaise
Punaise

Bon nombre d’espèces vivent la nuit pour profiter de la fraîcheur et de l’humidité. Alors que la journée, elles se cachent dans des feuilles, des fruits ou des terriers. On les reconnaît à leurs pattes fouisseuses, leur tête plate ou encore une pilosité développée. Certaines espèces ont une livrée claire. Un atout pour se camoufler sur le sable et les herbes fauves. Mais c’est surtout une bonne façon d’éviter que leur corps ne s’échauffe trop au soleil. Plusieurs insectes volants ne se déplacent que par des petits bonds en restant près du sol afin de ne pas être emportés par le vent. Certaines espèces de mouches y ont même perdu leurs ailes.

Ultra spécialisées, ces invertébrés se répartissent dans les différents secteurs de la plage et de la dune (dune embryonnaire, dunes blanche et grise et zones humides arrière dunaire). Certaines espèces sont cantonnées strictement dans un secteur voire sur une plante bien précise, d’autres se déplacent le long de la dune en fonction de leurs besoins.

Sur la plage, s’activent les décomposeurs qui profitent des laisses de mer et des bois flottés abandonnés par la mer. Le talitre (Talitrus saltator) par exemple - plus connu sous le nom de puce de mer parce qu’il saute pour se déplacer – participe à la dégradation des algues et autres débris marins. Il les fragmente et initie de cette façon le recyclage de la matière organique. Le bondissant talitre est aussi une proie de choix pour plusieurs carabes vivant le jour (cicindèle) ou la nuit (broscus – Broscus cephalotes, grande nébrie des sables – Eurynebria complanata) et se mettant à l’affût sous les bois morts échoués.

Au niveau de la dune embryonnaire, les invertébrés commencent à être plus diversifiés et plus actifs. La décomposition de la laisse de mer enfouie sous le sable y est intense. C’est un processus clef de la construction dunaire puisque la présence de matière organique décomposée permet aux plantes pionnières de s’installer et de fixer le sable.

Avec la colonisation végétale, on observe les premières associations invertébré – plante hôte… et prédateurs. Ainsi, la larve du crache-sang maritime (Timarcha maritima) ne vit que sur le gaillet des sables. Le Dicranocephalus, une punaise grande et massive, ne s’éloigne guère de l’euphorbe du littoral. L’oyat omniprésent sur la dune blanche nourrit de nombreux insectes, surtout à l’état larvaire comme le charançon Philopedon plagiatum.

La dune grise et la zone arrière dunaire, quant à elles accueillent, le plus grand nombre d’espèces d’invertébrés, notamment des araignées, des criquets, sauterelles et grillons, ainsi que des papillons. Les zones humides offrent un lieu de chasse pour les libellules.

De la dune mobile à la dune fixée, il y a de nombreux escargots qui profitent de la richesse en calcaire du milieu ce qui est rare en Bretagne. Ils restent à proximité des zones humides et aux heures chaudes de la journée, s’abritent par dizaines en grappes suspendues au sommet des végétaux pour fuir le sable brûlant. Pour éviter la dessiccation ils obturent l’entrée de la coquille à l’aide d’un opercule dur et sec.

A l’image des plantes, la richesse et la diversité du petit peuple des dunes augmentent en s’éloignant de la mer lorsque les contraintes du milieu se font moins fortes.

La laisse de mer, l’« engrais » de la dune

Laisse de mer
Laisse de mer

La laisse de mer est cet enchevêtrement d’algues, de bois flottés et débris marins déposés par la mer en haut de plage. Elle a un rôle écologique important pour la dune, la plage et l’avant plage. Plusieurs espèces d’invertébrés – mais pas seulement - dépendent de la laisse de mer pour se nourrir soit directement parce que ce sont des décomposeurs, soit indirectement parce qu’elle constitue leur terrain de chasse privilégié. Ces espèces ne vivent qu’en sommet de plage et sont donc très dépendantes de la façon dont les plages sont nettoyées. La suppression systématique des laisses de mer et des bois flottés détruit leur habitat.

S’il n’y a plus de laisse de mer, il n’y a plus de matière organique disponible pour les plantes pionnières de la dune embryonnaire, ni pour les animaux de l’estran ni pour les algues et plantes aquatiques de l’avant plage. Et quand elle n’est pas supprimée, la laisse de mer est souvent polluée par toutes sortes de déchets plus ou moins gros venus s’échouer sur la plage.

Zoom sur quatre espèces dunaires

Guêpe fouisseuse Bembix rostrata
Guêpe fouisseuse Bembix rostrata

La guêpe fouisseuse Bembix rostrata vit dans les environnements sableux à faible couvert végétal et apprécie notamment les dunes littorales. Pour se reproduire, elle creuse un terrier dans le sable où se développe son unique larve. Elle y dépose sa nourriture composée en majorité de mouches (syrphes, etc.) qu’elle chasse sur le site puis rebouche le terrier. Les adultes eux consomment du nectar.

Carabe Broscus cephalotes
Carabe Broscus cephalotes

Le carabe Broscus cephalotes navigue entre la laisse de mer sur la plage et la dune. Il creuse son terrier sous les débris. De mœurs plutôt nocturnes, il chasse le talitre et certains gros insectes. Il est commun dans les dunes littorales mais on peut aussi le trouver sur les bords de Loire car il vit dans les environnements sableux au sens large.

L’araignée Dysdera fuscipes n’est présente en Bretagne que dans le Morbihan et le Finistère, limite nord de son aire de répartition. Cette espèce, exclusivement littorale, n’a été observée que dans les dunes d’Espagne, du Portugal et de la côte atlantique française. Elle chasse la nuit et se nourrit principalement de cloportes.

Punaise du cakile
Punaise du cakile

La punaise du cakile (Eurydema herbacea), insecte phytophage, ne vit que sur sa plante hôte, la roquette de mer (Cakile maritima), en haut de plage au niveau de la laisse de mer.