L'Etat et le conseil régional de Bretagne, membres fondateurs du groupement d'intérêt public Bretagne environnement
http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/Les-milieux/Les-dunes/Les-dunes-abritent-des-joyaux-de-la-flore-armoricaine
En Bretagne, près de la moitié des espèces du littoral se rencontrent dans les dunes. C’est dire les enjeux écologiques liés à ces milieux pour préserver la richesse de la flore régionale. Et pourtant, les conditions de vie y sont particulièrement hostiles ; embruns et sable n’ont rien de mieux à offrir qu’un substrat pauvre, sec, salé et qui plus est mobile ! Les plantes qui s’y installent en sont d’autant plus étonnantes.
En adaptant leur physiologie et leur morphologie à la vie dunaire, les végétaux ont su conquérir ce milieu inhospitalier, et ce faisant participent à sa construction. En voici quelques exemples. Pour résister aux impacts des grains de sable, certaines plantes ont des tiges et des feuilles épaisses. Pour protéger leurs stomates – des organes vitaux pour les plantes où ont lieu les échanges gazeux de la photosynthèse et de la respiration -, elles les mettent à l’abri grâce à une enveloppe résistante ou en enroulant leurs feuilles.
Sur la dune, la sécheresse est probablement le facteur le plus délicat à gérer. Tout est bon pour capter et garder l’eau. Certaines espèces comme l’oyat plongent profondément leurs puissantes racines dans le sable à la recherche de l’eau. Longues et étroites, charnues, poilues, minuscules… les feuilles ont des formes très variées pour limiter les pertes d'eau et l'assèchement par le vent. Mais les espèces les plus stupéfiantes restent sans doute les lichens et les mousses qui vont jusqu'à se déshydrater et ralentir leur métabolisme pour supporter les longues périodes de sécheresse. Il existe de nombreuses espèces annuelles dans les dunes. Elles fleurissent au printemps quand le milieu est humide et ensoleillé puis dispersent leurs graines en attendant que les conditions redeviennent propices.
Les dunes sont aussi des milieux pauvres en éléments nutritifs. Les plantes qui s'y développent doivent se contenter de peu. D'ailleurs, une fréquentation humaine trop importante a tendance à enrichir le milieu et banaliser la flore.
Les dunes bretonnes accueillent quelques joyaux de la flore du massif Armoricain. Des espèces rares ou menacées. Le conservatoire botanique national de Brest évalue à environ 50 le nombre de ces espèces qu’on ne trouve que dans les dunes. Il faut par exemple se rendre dans les dunes de la baie d’Audierne pour croiser l' astragale de Bayonne. Cette espèce est protégée au niveau national ; elle n’est connue que de la Charente Maritime jusqu’au Pyrénées Atlantiques et en baie d’Audierne.
Rien que sur le grand massif dunaire Gâvres – Quiberon, les botanistes ont recensé près de 80 espèces d’intérêt patrimonial pour la flore. Elles sont soit protégées aux niveaux européen, national ou régional, soit mentionnées sur la liste rouge bretonne. On y trouve par exemple l’omphalode du littoral et le liparis de Lœsel, deux espèces protégées au niveau européen, et la seule station bretonne de tétragonolobe siliqueux.
La présence d’un certain nombre de plantes rares dans les dunes tient à la nature calcaire du substrat liée aux débris de coquilles de mollusques marins et de gastéropodes terrestres. Les sols calcaires – et donc les plantes calcicoles qui les apprécient – sont peu communs dans la région.
L’originalité de la flore dunaire en Bretagne vient également de la cohabitation d’espèces méridionales avec des espèces nordiques. C’est le cas, par exemple, du lis de mer, de l’immortelle des dunes et de l’éphédra (ou raisin de mer) qui, avec les dunes bretonnes, atteignent leur limite nord de répartition. L’élyme de sables et la sous-espèce ovata du liparis de Lœsel, au contraire, sont des espèces nordiques en limite sud de répartition dans la région.
Pour préserver la richesse floristique des dunes, il y a plusieurs façons d’agir : intervenir sur le site dunaire en protégeant son intégrité afin de « laisser la nature faire » ou se concentrer sur l’espèce à protéger par des mesures conservatoires et du génie écologique. C’est ce qui a été tenté sur des stations botaniques de liparis de Lœsel situées en zone Natura 2000 sur le massif Gâvres – Quiberon. Le syndicat mixte Gâvres - Quiberon a réalisé des travaux pour rouvrir des dépressions humides où la végétation devient trop touffue afin de limiter la concurrence végétale que ne supporte pas cette orchidée.
Les orchidéesAvec leur richesse en calcaire et leur microclimat chaud et sec, les dunes offrent des conditions idéales au développement des orchidées. Ce sont des enclaves rares en Bretagne, ce qui rend leur présence encore plus précieuse. Plus de 20 espèces ont été observées dans les dunes de la région, les plus rares (liparis de Lœsel et ophrys araignée) côtoyant les plus communes. Elles fleurissent dès le printemps sur les pelouses dunaires soit dans les zones sèches (orchis pyramidal, orchis bouffon, orchis bouc, etc.), soit en bordure des zones humides (orchis incarnat, liparis de Lœsel, spiranthe d’été, etc.). Les orchidées sont très sensibles aux modifications du milieu dunaire, en particulier la disparition des zones humides, la fermeture du couvert végétal et l’apparition d’espèces invasives. Le liparis de Lœsel par exemple ne colonise que les pelouses rases des dépressions dunaires. Si la végétation devient trop dense, il disparaît. |