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http://www.bretagne-environnement.org/Patrimoine-naturel/Les-milieux/Les-dunes/Les-dunes-bretonnes-autrefois-menacantes-aujourd-hui-en-danger

Dernière modification le 02 juillet 2009

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état des lieux

Les dunes bretonnes : autrefois menaçantes, aujourd’hui en danger

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Bernard Hallegouët (UBO)




Falaise créée par l'érosion à la pointe de Kernic Falaise créée par l'érosion à la pointe de Kernic

Modestes et souvent fragmentées, les dunes bretonnes se sont édifiées généralement en plusieurs étapes à partir de l’Âge du Bronze. Depuis la fin du XVIIe siècle, les grands massifs dunaires sont fixés. Mais selon les sites, ils résistent plus ou moins bien à l’érosion marine par manque de sable. Les apports actuels sont insuffisants en raison des nombreux prélèvements effectués autrefois par les hommes sur les plages, en mer et dans les dunes, mais aussi parfois suite à des travaux de stabilisation de la ligne de rivage. De plus, le changement climatique annoncé ne devrait pas leur être favorable, puisqu’il va renforcer l’érosion marine.


La Bretagne n’offre pas les grandes plages des Landes, du Cotentin ou du Nord de la France. Ici, plages et dunes sont plutôt modestes, à l’état de fragments, nichées entre des pointes rocheuses, surtout le long de la Manche, entre la baie de Morlaix et celle du Mont-Saint-Michel. Il n’y a que dans le Finistère et le Morbihan que les sables littoraux s’étirent sur plusieurs kilomètres et s’étalent sur une bande côtière dont la largeur peut atteindre un kilomètre. On estime qu’il existe près de 120 sites dunaires dans la région, couvrant plus de 11 110 ha pour un linéaire côtier total de 258 km[ 1].

Dunes sur Molène
Molène

Certains îlots bretons, comme l’île Molène devant Trébeurden, sont faits exclusivement de sable. Ces accumulations sont le plus souvent situées à l’abri de massifs rocheux, comme à Aganton, Callot, Houat ou à Saint-Nicolas dans l’archipel de Glénan. Leurs sables ont été apportés par le vent et viennent de vastes plages aujourd’hui submergées. C’était il y a environ 5 000 ans lorsque le rivage se rapprochait de sa position actuelle.

Ce n’est que plus tard, à différentes époques selon leur localisation en Bretagne, que les dunes se sont formées sur le continent. Pour certaines d’entre elles, cela a commencé dès l’Âge du Fer, et cela s’est poursuivi au Moyen-Âge. Pendant cette période, le niveau marin était stable ce qui a favorisé l’accumulation du sable en bordure des plages. D’autres massifs sont nés à la suite du transport éolien de sable vers l’intérieur des terres pendant les périodes de dégradation climatique comme au Petit Âge Glaciaire, entre la fin du Moyen-Âge et le XIXe siècle. De violentes tempêtes ont alors déstabilisé les cordons littoraux et déplacé le sable vers l’arrière-pays. Ainsi au XVIIIe siècle, les vents d’ouest apportaient sur le parvis de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, le sable des rivages de Santec, pourtant distants de plusieurs kilomètres.

Lors des migrations massives de sable éolien, des dunes ont escaladé les pentes en arrière du rivage. Quand le niveau marin est remonté, les vagues ont détruit les plages au contact des falaises. Sur la côte sauvage de la presqu’île de Quiberon ou sur le plateau de Trézien, près de Plouarzel, il subsiste au sommet des falaises des dunes perchées, dites fossiles, totalement coupées des apports sédimentaires marins.

Les dunes en danger

Champ de dunes en formation à Tréguennec
Champ de dunes en formation à Tréguennec

Les dunes mobiles menaçaient autrefois les villages et envahissaient les terres cultivées. A l’heure actuelle, elles sont fixées mais presque partout les rivages dunaires sont en danger. Sur l’ensemble de la région, on constate que le trait de côte a tendance à reculer vers l’intérieur des terres, particulièrement aux dépens des dunes. Il faut savoir qu’une dune a besoin d’apports réguliers pour se maintenir. Or, le stock de sable de la plage qui l’alimente fluctue naturellement dans le temps, et actuellement, les apports marins sont déficitaires.

Il y a plusieurs raisons à cela. De nombreuses extractions en avant des plages - voire sur les plages elles-mêmes (comme à Fréhel et en baie de Goulven) - ont créé des vides que la mer a tendance à combler en rongeant les cordons dunaires. Depuis un siècle, la montée contemporaine du niveau marin contribue à redistribuer les dépôts sédimentaires entre les dunes, les plages et les fonds marins. Pour se protéger des tempêtes, presque partout, on a multiplié les travaux de défense du littoral ; il en résulte souvent l’interruption des échanges entre les plages et les dunes, et l’artificialisation de côte.

Le maintien des plages se fait aujourd’hui grâce au stock de sable éolien au-dessus de la ligne de rivage. C’est ce qui explique les falaises que les vagues taillent dans les fronts dunaires. Les petits massifs risquent de disparaître et les plus importants sont fragilisés.

Pour autant, dans certains cas, il arrive que de nouvelles dunes voient le jour. C'est le cas au centre de la baie d'Audierne, face à la palue de Tréguennec en avant de l'étang de Trunvel, depuis l'étalement du cordon de galets par les tempêtes On observe aussi des avancées dunaires gagnant sur la mer - suite à des changements de la dynamique hydro-sédimentaire -  souvent liées à des endiguements comme en baie de Goulven.

Le changement climatique annoncé pourrait se traduire par une recrudescence de tempêtes dont les effets seraient catastrophiques, comme on l’a déjà observé durant la seconde partie du XXe siècle : rupture des cordons du pays Bigouden et envahissement des palues par la mer. L’amplification de la montée du niveau marin devrait également accélérer le recul des rivages dunaires et la mer pourrait envahir des marais littoraux et des fonds de carrière en arrière des cordons dunaires.

Les sables, de précieuses archives
Chapelle Saint-Anne ensevelie dans les dunes de l'île de Batz
Chapelle Saint-Anne ensevelie dans les dunes de l'île de Batz

Un œil exercé peut discerner les différents types de dunes présentes en Bretagne : cordon dunaire et dunes bordières, dunes escaladant le versant continental et dunes perchées, flèches dunifiées simples ou à crêtes multiples, tombolos unissant une île au continent. En décryptant leurs formes plus ou moins conservées, on peut découvrir une partie de leur histoire.

Archéologues et géologues s’intéressent de près à ces précieuses archives. Chaque site est susceptible de dévoiler des sols anciens, des silex taillés, des mégalithes (menhirs et tombes), une chapelle ou un village. Ainsi, des menhirs dressés ont été découverts dans les carrières de Kerharo et Kerdraffic à Plomeur (Finistère), aujourd’hui devenues des zones humides. De même, la dune de Gâvres a révélé une allée couverte, un village médiéval a été trouvé au sud de Quiberon et une église ensevelie depuis le XVIIIe siècle a été retrouvée sur la côte nord de Plouguerneau.


[1] Les accumulations littorales de Bretagne : lutte contre l’érosion, aménagement, programmes des interventions. Synthèse des études départementales. J.-P.-L. Dubreuil, Service régional d’aménagement forestier (1976)


Sources