Visitez aussi :

diaporama

  • Mauvaises herbes ?
    Mauvaises herbes ?
    Les-dites « mauvaises herbes » n(...)
    ©Laëtitia Beauverger
  • Cultures légumières
    Cultures légumières
    Les modes de mise en valeur des(...)
    ©Laurence Le du-blayo (Costel)
  • Pause contemplative
    Pause contemplative
    Paysage littoral des hommes : ci(...)
    ©Mathilde Manceau (GIPBE)
  • Paysage crépusculaire
    Paysage crépusculaire
    Les îles gardiennes de la cité f(...)
    ©Mathilde Manceau (GIPBE)
  • Paysage de sous-bois
    Paysage de sous-bois
    La forêt est un lieu intime qui(...)
    ©Damien Oger
logo du portail

http://www.bretagne-environnement.org/Paysages/Le-contexte-breton/A-chacun-son-paysage-regards-et-perceptions

 

Dernière modification le 01 décembre 2008


comment ça marche ?

A chacun son paysage : regards et perceptions

Rédigé par :

Mathilde Manceau (GIPBE)

En collaboration avec :

Laurence Le Dû-blayo (umr Cnrs Eso 6590)




Visage de granite Visage de granite

Regard initié de l'habitant, regard formé de l'artiste, regard instruit de l'expert... autant de regards qui se croisent pour approcher le paysage. Par les valeurs individuelles et collectives transmises, chacun se construit son beau paysage. Paysage familier ou paysage étranger, chacun a sa perception, suivant l'échelle à laquelle il se situe.


La découverte des paysages mobilise les sens : les bruits, les odeurs permettent de se repérer dans un environnement. Le ronronnement permanent de la ville, le ressac des vagues et le parfum salé des embruns, les effluves de vases d'estuaires à marée basse, etc. Ces sources sonores et olfactives complètent notre perception des paysages pour laquelle le sens prédominant demeure la vue.

Du haut des falaises bretonnes, le paysage maritime s'ouvre au spectateur sur de larges horizons. Le littoral offre une position propice à la découverte de vues longues. Ainsi, dans la baie du Mont-Saint-Michel se succèdent trois plans : les polders, la mer, la merveille. Ailleurs, le regard porte moins loin. Une majorité des paysages bretons, par leurs faibles contrastes de relief et leur bocage dense, créent des perspectives courtes. Les vues rapprochées sont typiques des centres historiques comme les rues et ruelles de Saint-Malo intra-muros ou de la Ville-Close de Concarneau. Des espaces naturels offrent aussi des vues intimistes, tel le chaos de Toul-Goulic. La situation de l'observateur est déterminante pour la visibilité du paysage. Un paysage de bocage dense, où les vues sont cloisonnées, peut révéler un vaste panorama du haut d'une colline. La plupart des guides touristiques favorise souvent les lieux qui offrent des points de vue dominants, en invitant à la découverte de leurs belvédères, souvent valorisés par des étoiles. En aménagement du territoire, une attention particulière est portée à cette notion de covisibilité, de plus en plus prise en compte dans les projets d'urbanisme et de protection des sites.

Le regard porté aux paysages, ou plus exactement aux images que l'on en perçoit, met en jeu des filtres socio-culturels. Chacun lit le paysage à sa façon, influencé par les représentations individuelles et collectives. Le paysage-cadre de vie, théâtre du quotidien, est intimement lié à l'histoire de ses habitants : à tel chemin, telles habitudes, à tel rocher, telle anecdote. Le paysage contribue à forger l'identité d'un territoire et des hommes qui l'habitent. Souvenirs d'enfance et mythes collectifs s'imbriquent pour créer une perception propre du paysage. En Bretagne, les contes et légendes appartiennent à cet héritage partagé, qui donne une tonalité spécifique à un grand nombre de paysages. Ainsi, la forêt de Paimpont, dite de Brocéliande, est façonnée par les légendes de la fée Viviane, de Merlin l'enchanteur.

La reconnaissance des paysages bretons selon les époques

Ces perceptions évoluent, se modifient au gré des codes culturels, des modes de l'époque. Vers le XVIe siècle, les premiers paysages reconnus sont des paysages de campagne, aux terres fertiles et à la nature paisible, relayant l'idée de prospérité. La Bretagne, avec sa forte proportion de landes, apparaît alors comme un territoire aride, désolé et hostile. Seules les plaines cultivées d'Ille-et-Vilaine retiennent l'attention de l'élite.

Le romantisme de la fin du XVIIIe revisite l'image du littoral soumis à la tempête.

Falaises
Falaises

Ces paysages du sublime et de l'effroyable véhiculent des émotions dramatiques, où les forces de la nature priment. Ils sont dépeints par de célèbres écrivains, notamment Chateaubriand dont les descriptions ont durablement conditionné la vision des littoraux bretons. Au XIXe siècle, la Bretagne est une destination privilégiée car elle représente tous les caractères du pittoresque alors recherché (ruines médiévales, mégalithes, bâti religieux, costumes, folklore).

Ensuite, l'émergence des bains et des cures modifie le regard porté sur les paysages littoraux : la mer indomptée devient la mer guérisseuse. Avec l'avènement des stations balnéaires, ces paysages symbolisent les vacances, par les activités et les plaisirs qu'ils offrent. Aujourd'hui, l'intérêt se focalise sur les paysages sauvages, ou du moins perçus comme tels. La diffusion des sports de plein-air (randonnée, plongée, canoë, etc), en Bretagne particulièrement, favorise l'accès à ces paysages de nature.

Dans cette transmission de codes paysagers, la médiatisation et l'art jouent un rôle essentiel, celui de la mise en valeur des paysages emblématiques. Selon les époques, le regard paysager se construit grâce aux divers supports, actuels ou anciens, utilisés : la littérature, la gravure, la peinture, la photographie, les cartes postales, les guides, la publicité, le cinéma, etc. Ce flot d'images construit un point de vue partagé, qui évolue avec l'histoire culturelle des sociétés.

Le paysage vu par ses usagers

La mer déchaînée s'abattant sur les falaises et les jetées est perçue comme une splendeur aux yeux du touriste... mais qu'en est-il du pêcheur qui se voit contraint de rester au port ? Et les terres de landes, difficiles à exploiter pour l'agriculteur mais chargées d'histoire et de richesses naturelles pour le voyageur ? Le regard porté sur les paysages est aussi influencé par des critères professionnels spécifiques mais cela n'empêche pas ces professionnels d'être attachés à leur territoire ! Le paysage est alors le résultat d'une lecture croisée de différentes perceptions, au-delà de sa matérialité. Le paysage est complexe à appréhender, ce qui renforce d'autant plus la nécessité de l'évaluer lors des opérations d'aménagements. Comprendre les impressions de chacun est un enjeu afin d'établir un équilibre entre la préservation des paysages et leur mise en valeur.


Sources

Le paysage en Bretagne : Enjeux et défis - Laurence LE DU-BLAYO - 2007