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http://www.bretagne-environnement.org/Paysages/Les-paysages-hier-et-aujourd-hui/Les-paysages-ruraux/Un-paysage-rural-de-plus-en-plus-artificiel

 

Dernière modification le 01 décembre 2009


état des lieux

Un paysage rural de plus en plus artificiel

Rédigé par :

Ariane Benoit (GIPBE)

En collaboration avec :

Laurence Le Dû-blayo (umr Cnrs Eso 6590) , 
Michel Parfait Conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement du Morbihan (CAUE56)




Panorama d'un paysage rural ordinaire en Bretagne Panorama d'un paysage rural ordinaire en Bretagne

En Bretagne, la dispersion de l’habitat est une caractéristique notable des paysages ruraux. Dans la deuxième partie du XXe siècle, mitage, fragmentation et consommation d’espace deviennent prédominants et les paysages ruraux ne cessent de s’artificialiser.


Bien que cela ne soit pas systématique, dans les pays de bocage l’habitat est souvent dispersé. En Bretagne, c’est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un territoire majoritairement agricole. Que l’on considère des gros hameaux, des groupements petits (6 à 10 maisons) ou élémentaires (2 à 5 maisons) ou plus rarement des maisons isolées, l’habitat dans le paysage est généralement en position d’abri, à mi-pente et dos au vent.

Jusque dans les années 1950, parler d’habitat isolé revenait à s’intéresser souvent à de petits groupes de trois ou quatre familles. Cela se traduisait par un habitat dense regroupé dans des hameaux épars. Lui-même à l’origine d’un réseau fourni de chemins ruraux qui servaient à relier les habitations aux champs mais aussi les hameaux entre eux ou au bourg. Le bourg, alors agglomération principale d’une commune rurale, ne se différenciait pas des hameaux par la taille mais par la présence de services à la population comme l’école et l’église autour desquelles se groupaient quelques maisons.

Après la Seconde Guerre mondiale, la campagne peuplée jusqu’alors par les agriculteurs mais aussi les instituteurs, les artisans, le curé s’est dévitalisée. A partir des années 1980, le cadre de vie devient l’élément principal dans le choix de résidence de nombreux individus. Appelé néo-ruraux, ces nouveaux habitants de la campagne recherchent un environnement agréable et redynamisent ainsi les bourgs mais à proximité des grandes villes.

De nouvelles formes d’habitation vont ainsi apparaître dans le paysage et poursuivre le phénomène de dispersion de l’habitat mais sous de nouvelles formes urbaines et architecturales. Ces maisons néo-rurales se caractérisent par le mitage et l’hétérogénéité du bâti qu’elles forment dans le paysage.

Les lotissements ont fait leur apparition, dès les années 1960, dans les bourgs se trouvant d’abord à proximité des villes. On trouve également de plus en plus de maisons construites le long des voies de communication. Le bourg prend alors une fonction « dortoir » et devient le théâtre des migrations pendulaires résidence - travail.

En 20 ans, la taille des bourgs va doubler ou tripler à proximité des grandes villes. L’étalement progressif de l’habitat autour de ces bourgs - surtout à partir des années 2000 - contribue à l’apparition d’un paysage urbain résidentiel. Celui-ci est sans lien avec les caractéristiques architecturales locales, très lâche et par conséquent très consommateur d’espace. L’évolution est frappante quand on sait que jusque dans les années 1950 le bourg a une taille très réduite, et se résume à une rue principale et quelques maisons serrées autour de l’église.

Bien que la dispersion de l’habitat soit un trait commun à l’ensemble de la Bretagne, chaque pays a ses propres caractéristiques architecturales. Dans le pays de Rennes, il y a des fermes souvent de type longère, ensemble de bâtiments ruraux de forme basse et allongée, en terre et paille ou alors en pierres.

Les toits, recouverts de végétaux jusqu’au milieu du XIXe siècle, sont désormais couramment en ardoises. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, la tuile est très répandue dans le Morbihan et sur le littoral des Côtes-d’Armor. Cette diversité est directement liée à la disponibilité en matériaux locaux ou pour les constructions les plus prestigieuses, aux voies commerciales de matériaux lointains.

1 500 parcs d’activités aujourd’hui

Jeux d'alignements dans un paysage breton
Jeux d'alignements dans un paysage breton

Dès la deuxième partie du XXe siècle, les paysages ruraux vont connaître une mutation importante. La transformation des espaces naturels ou agricoles en espaces bâtis ne va pas cesser de s’accroître. Le développement des voies de communication, voulu par les pouvoirs publics pour désenclaver le Centre Bretagne et, lié au développement des industries agroalimentaires, va avoir tendance à fragmenter le paysage.

Les rocades extérieures, servant à fluidifier le trafic et éviter les secteurs habités, sont propices à la création de zones d’activités et commerciales. Sans valeur architecturale, elles vont se multiplier à proximité des échangeurs et aux entrées de bourgs, marquant fortement les paysages ruraux bretons. La Bretagne compte 1 500 parcs d’activités[ 1] aujourd’hui !

L’intensification de l’agriculture va transformer sensiblement les paysages de nos campagnes et l’utilisation des terres. La taille des bâtiments tels que les silos va augmenter et les élevages hors sol à l’emprise non négligeable vont apparaître. Souvent imposantes (éléments hauts et visibles de loin) et en rupture avec le paysage traditionnel (formes et matériaux utilisés), ces nouvelles constructions ont été voulues et assumées à un moment donné par ceux qui ont modernisé l’agriculture. Ces bâtiments vont modifier la perception du paysage. Ils vont apparaître dans certains secteurs comme une ponctuation dans le paysage rural.

Désormais, la campagne est devenue un support pour des activités économiques plus diversifiées. Y ont fleuri des éoliennes pour produire de l’énergie. Demain peut-être des fermes photovoltaïques apparaîtront. L’impact visuel de ces infrastructures récentes ou à venir est important. Il pose dans de nouveaux termes la question de l’insertion paysagère de la production énergétique : l’échelle des éoliennes n’est pas celle des anciens moulins à vent.


[1] Source : Bretagne qualiparc


Sources

Le paysage en Bretagne : Enjeux et défis - Laurence LE DU-BLAYO - 2007
La terre - janvier-mars 2008