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http://www.bretagne-environnement.org/Sous-sol/Les-ressources-souterraines/L-apres-mine/Les-mines-en-Bretagne-hier-aujourd-hui.-Et-demain

 

Dernière modification le 31 août 2011


état des lieux

Les mines en Bretagne : hier, aujourd’hui. Et demain ?

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (GIPBE)

En collaboration avec :

Jean-michel Schroëtter Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM)




De l’étain antique au stratégique uranium des années 1950, la Bretagne a fourni tout un panel de métaux plus ou moins précieux. Entre le XVIIe est le XIXe siècle, elle abritait même quelques unes des mines les plus productives de France.


La Bretagne a une longue tradition minière. Longue et ancienne. Si bien que l’on ne connaît pas aujourd’hui exactement le nombre de mines qui perforent son sous-sol. Géodéris dénombre environ 250 sites miniers dans la région, d'importance très variable puisqu’ils vont d’une simple tranchée de recherche à une vaste exploitation souterraine. Les plus anciennes remonteraient à l’Antiquité. La dernière en activité, la mine du Haut-Montbelleux (35) au sud de Fougères, a fermé définitivement en 1983 pour des raisons d’effondrements dus à la méthode d’exploitation mal adaptée.

Lorsqu’on s’intéresse aux substances minières, on distingue trois notions : le minerai, le gisement et le gîte minéral. Le minerai est riche en minéraux dont on peut extraire de façon économiquement rentable un métal (cassitérite pour l’étain, galène pour le plomb, etc.). Le gisement désigne un lieu où se concentre du minerai. Le gîte quant à lui peut contenir un gisement.

La région fait partie des neuf grandes provinces minières françaises. Grâce à l’inventaire des ressources minérales mené entre 1975 et 1992 par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), on sait que son sous-sol est particulièrement riche en plomb et en zinc, en fer, en uranium et en or.

Les bassins miniers métropolitains et les principales substances extraites
Les bassins miniers métropolitains et les principales substances extraites

Ce n’est pas tant l’importance des volumes exploitables qui rend la Bretagne intéressante que la diversité de ses ressources minérales. Le BRGM y dénombre 421 gîtes, indices et gisements répartis sur l’ensemble du territoire breton. Préférentiellement, il en existe plus à l’ouest qu’à l’est, suivant une ligne de séparation qui va de Saint-Brieuc à Redon. Au sein de ces gisements, gîtes ou indices, on dénombre pas moins de 29 substances différentes : amiante, andalousite, antimoine, argent, barite, béryllium, chrome, cuivre, disthène, étain, feldpath, fer, fluorine, graphite, ilménite, kaolin, mercure, mobylène, or, plomb, pyrite, rutile, tantale, terres rares, titane, uranium, wolfram, zinc et zirconium. Un héritage reçu après une histoire géologique complexe.

L’exploitation minière dans la région a débuté de façon artisanale pour devenir au fil de l’évolution des techniques une véritable industrie. En fonction de la nature du gisement profond ou superficiel, les mines ont été de simples tranchées ou excavations de surface pour devenir de véritables exploitations avec puits, galeries et chevalements métalliques. Elles possédaient à proximité une fonderie ou une forge. Les sites les plus importants en surface et en volumes extraits étaient : Huelgoat-Poullaouen (Finistère), Pont-Péan (Ille-et-Vilaine), Chatelaudren-Trémuson (Côtes-d’Armor) et La Villeder (Morbihan).

Parmi les témoins les plus anciens de l’activité minière en Bretagne, il y a l’exploitation antique de cassitérite à Langonnet dans le Morbihan. L’Armorique occidentale faisait alors partie, avec la Cornouaille anglaise et le nord-est de l’Ibérie, des cassitérides, sources de l’étain antique nécessaire pour fabriquer du bronze.

Exploitations minières en Bretagne
Exploitations minières en Bretagne

Aux environs de 600-500 avant J.-C., a commencé l’exploitation du fer. Les Celtes sont ensuite devenus célèbres pour leur production d’or. Au point que les Romains ont surnommé la Gaule, Gallia Aurifera. Les Celtes s’appuyaient d’une part sur la maîtrise des techniques d’exploitation à ciel ouvert ou souterraine – ils ont été les premiers à pomper les eaux de mines – et d’autre part, sur leur savoir-faire dans le traitement des minerais.

Pendant l’époque moderne (Huelgoat-Poullaouen) et une partie du XIXe siècle (Pont-Péan), la Bretagne avait les mines parmi les plus importantes de France. Avec 200 000 tonnes de plomb argentifère à la fin du XIXe siècle, la mine de Pont-Péan était l’un des principaux sites de production de ce métal en France et même en Europe. Lancée en 1720, elle a été exploitée à plusieurs reprises jusqu’en 1905. Au plus fort de son activité, elle employait plus d’un millier d’ouvriers. Elle possède également le record régional du puits le plus profond : le Puits Républicain descendait à 595 mètres!

Après la Seconde Guerre mondiale, la prospection minière profite de la dynamique des Trente Glorieuses. C’est la course à l’uranium! Les avancées techniques relancent ponctuellement une activité minière ralentie. En 1957, démarre à Saint-Renan en Finistère une exploitation d’étain [1]. En 1975 est mis en place le plan minier breton afin de dégager des options et des spéculations sur l’avenir.

Mais déjà une autre étape de l’histoire minière se profile. Les connaissances sur les richesses minérales du sous-sol métropolitain n’ont jamais été si précises et l’on découvre des substances jusqu’alors insoupçonnées (uranium, titane, etc.). Mais la Bretagne, comme les autres régions minières, met peu à peu ses mines en dormance. La France s’appuie désormais en partie sur le recyclage des métaux (80 % de la consommation de plomb repose aujourd’hui sur le recyclage) et pour le reste sur l’importation. C’est le début de l’après-mine avec comme enjeu la prévention des risques miniers.

Quant à savoir si l’activité minière reprendra un jour en Bretagne, l’idée n’est pas si fantaisiste. Tout dépend du caractère stratégique des ressources minérales et de la rentabilité économique de l’exploitation du minerai.

Aujourd’hui, les mines sont en mer

Les seules mines encore exploitées en Bretagne sont marines. On y extrait du maërl – une algue rouge calcaire - et des sables coquilliers. Si ces substances relèvent du code minier et sont, de ce fait, concédées par l’Etat, elles sont souvent assimilées au secteur des carrières.

Exploitation des matériaux marins en mars 2009
Exploitation des matériaux marins

La Bretagne compte dans ses eaux 90 % de la ressource française de maërl. Son exploitation pose la question de la préservation de la ressource. Car ce support exceptionnel de biodiversité se renouvelle très lentement. Le maërl a un taux de croissance de 0,5 à 1 mm par an !

Le grenelle de l’environnement prévoit l’arrêt de l’extraction du maërl. Cet engagement prend effet dès 2011 pour le site des Glénans et en 2013 pour les autres sites. Le site de Pourceaux est arrêté.


[1] Il s’agit en fait d’une redécouverte d’un site exploité dès l’âge de Bronze.