L'agriculture biologique (AB) ne consiste pas uniquement à " cultiver sans chimie ". Elle se fonde avant tout sur une valorisation de l'activité biologique des sols. Ainsi, suivant un mode de production très précis, réglementé aux niveaux européen et national, les pratiques culturales bio se déclinent en plusieurs principes fondamentaux :
- La fertilisation. Ce qui revient à "Nourrir" les êtres vivants du sol (essentiellement les microorganismes), qui fournissent aux plantes les minéraux, au lieu de fertiliser directement le sol avec des engrais solubles.
- La fumure organique. C'est la base de la fertilisation en agriculture bio. Le sol reçoit des matières organiques compostées, des sous-produits d'élevage bio ou des préparations à base de végétaux ou de microorganismes.
- La fumure minérale qui utilise exclusivement des minéraux naturels (sédiments marins ou terrestres, roches broyées)
- Les assolements qui comprennent une rotation obligatoire, au moins tous les deux ans, pour un type de culture et la culture de légumineuses.
- La lutte contre les mauvaises herbes n'utilise aucun désherbant chimique mais plutôt des procédés mécaniques et thermiques. En prévention, la structure du sol est améliorée
- La lutte contre les parasites se fait, soit en utilisant des prédateurs naturels, soit des préparations à base de plantes et de minéraux naturels.
- Le travail du sol (ameublir le sol sans le retourner, ne jamais enfouir de matière organique fraîche, limiter le nombre de passages avec des matériaux lourds, travailler au bon moment).
Un sol plus riche en matière organique
Le sol a tendance à s'enrichir en matière organique grâce aux pratiques bio telles que la rotation des cultures, l'enfouissement des résidus de culture, mais également, l'apport en carbone associé à la fumure organique.
Un sol entretenu par des " habitants " très actifs
Grâce à l'utilisation de composts et d'engrais verts, les populations microbiennes contenues dans le sol augmentent et se diversifient. Il en est de même pour les champignons et les vers. Cette biodiversité est essentielle car ces " habitants " du sol jouent un rôle important dans la transformation des débris organiques en substances minérales. Ils ont également un rôle mécanique non négligeable puisqu'ils détruisent les débris végétaux, mélangent les particules ou encore aèrent le sol.
Une porosité accrue, un sol plus stable
Parler des propriétés physiques des sols revient à considérer la taille des particules qui composent ce sol (texture) et leur agencement les unes par rapport aux autres (structure). Texture et structure déterminent notamment la porosité du sol, autrement dit sa capacité à laisser circuler l'eau et l'air entre les particules. Les pratiques d'agriculture bio sont en cours d'évaluation mais déjà les premiers résultats soulignent une plus forte porosité et une meilleure stabilité structurale des sols. Cette amélioration des propriétés physiques des sols limite les risques d'érosion.
Impact mitigé sur les propriétés chimiques
Les études restent encore incomplètes sur ce sujet : certaines montrent une meilleure disponibilité du phosphore et du potassium pour la plante alors que d'autres témoignent du contraire. En revanche, le pH semble augmenter, ce qui limite les risques de toxicité dus à un sol trop acide pour les végétaux.
En définitive, la fertilité du sol, autrement dit son aptitude physique, chimique et biologique à produire de la biomasse végétale, s'en trouve nettement accrue [1].
Les limites
Pour l'heure, la comparaison des pratiques d'agriculture biologique et conventionnelles est loin d'être achevée et n'indique, actuellement, que des tendances. La portée des études menées est d'autant plus limitée que cette comparaison repose sur l'étude de sites multiples qui mettent en jeu de nombreux facteurs. De fait, la qualité des sols varie énormément d'un lieu à l'autre, et pas seulement à cause des pratiques culturales.
L'agriculture biologique induit, apparemment, un effet sur le sol plus favorable que l'agriculture conventionnelle. Malgré tout, des pratiques bio spécifiques à certaines productions sont susceptibles de polluer. C'est le cas par exemple de l'utilisation de bouillie bordelaise en viticulture bio qui entraîne une accumulation de cuivre dans les sols. Le cuivre en excès devient toxique pour les plantes. Néanmoins, ce type de produit est peu utilisé en Bretagne où se pose davantage le problème d'un risque de pollution par les nitrates, en cas d'excès dans les apports en matière organique. Les pratiques de la bio, généralement positives au regard du sol, peuvent se révéler moins favorables sous d'autres aspects. Du point de vue technique, la lutte contre les ravageurs et les mauvaises herbes est rendue bien plus difficile sans recours aux produits chimiques.
Par ailleurs, les pratiques culturales respectueuses de la qualité des sols ne sont pas l'apanage de la bio. Ainsi, des exploitations dites " conventionnelles " privilégient les amendements organiques, mènent des rotations dans leur assolement et simplifient le travail du sol. De fait, ces exploitations s'orientent de plus en plus vers une agriculture dite raisonnée qui se veut aussi plus respectueuse de l'environnement.
Globalement, l'agriculture biologique induit un effet très positif sur le sol [2]. Si l'évaluation des pratiques d'agriculture biologique reste à préciser, les études existantes montrent déjà qu'elles rendent les sols plus riches en matière organique. De ce fait même, elles favorisent la présence d'une faune et d'une flore très actives et contribuent à une meilleure stabilité de la structure des sols. L'agriculture biologique combine donc, sans en avoir l'exclusivité, un ensemble de pratiques qui favorisent l'évolution des sols.