Des conditions de gestion favorables
L'Anguille est une espèce en déclin et encore mal connue, dont l'enjeu est autant patrimonial que socio-économique. Elle a été classée "vulnérable", dans le livre rouge des espèces menacées de poissons d'eau douce de France en 1992, et "espèce en difficulté méritant une attention particulière", dans le cadre des engagements qui ont suivi la convention de Rio.
La Bretagne, bien située par rapport aux courants du Gulf Stream, reçoit des quantités importantes de Civelles. D'autre part, les rivières bretonnes sont courtes (moins de 100 kilomètres), avec peu d'obstacles, ce qui facilite la colonisation par les Anguilles. Notre région représente donc une échelle opérationnelle favorable pour mettre en place une gestion équilibrée de ce migrateur.
Le volet « Anguille » du programme « milieux aquatiques et poissons migrateurs »
Entre 1994 et 1999, des actions, notamment en faveur de l'Anguille, ont été lancées sur 16 rivières par les Fédérations bretonnes pour la pêche et la protection du milieu aquatique, dans le cadre du contrat de plan Etat-Région. L'expérience, jugée positive, a été reconduite dans le contrat de plan Etat-Région 2000-2006, et élargie à une trentaine de bassins versants.
Mieux connaître les effectifs en rivière, sur la côte et ceux prélevés par la pêche. Pour mettre en place des mesures de gestion efficaces, il faut des indicateurs de l'évolution de la population d'Anguille, aux différents stades biologiques. Ces indicateurs peuvent être :
- l'estimation du recrutement (quantité de Civelles qui entre dans la rivière) ;
- l'état de la population en place sur les bassins versants ;
- estimation de la dévalaison des Anguilles argentées, futurs géniteurs ;
-les quantités prélevées par la pêche à tous les stades ;
- définition d'un potentiel de production par bassin versant.
Les fortes fluctuations annuelles ainsi que la durée importante du cycle biologique de cette espèce obligent à effectuer un suivi sur plusieurs années (de l'ordre de 10 à 15 ans) pour dégager des tendances.
Pêche électrique Des outils de gestion de la population d'Anguilles. Pour cela, il est nécessaire d'établir un modèle de la dynamique de population et de quantifier précisément les différents stades : recrutement en Civelles et Anguilles, dévalaison des géniteurs, densité et structure de population, prélèvements par la pêche.
Trois bassins sont particulièrement bien adaptés :
- le Frémur (Côtes d'Armor), petit cours d'eau côtier ;
- la Vilaine (Morbihan), le plus exploité par la pêche en estuaire ;
- l'Aulne (Finistère), où il y a une forte demande locale.
Piégeage d'anguillettes Favoriser la colonisation des milieux aquatiques continentaux. Cela implique d'équiper les obstacles pour faciliter leur franchissement par les Anguilles et augmenter à terme le nombre de géniteurs. En Ille-et-Vilaine, treize passes à Anguilles ont été construites sur la Vilaine au niveau des barrages de navigation. Les Anguilles ont donc la possibilité de circuler dès l'estuaire (passes au niveau du barrage d'Arzal) jusqu'en amont de Rennes. Il est maintenant envisagé de rouvrir certains affluents (le Meu, le Semnon, etc.).
Parallèlement à ces actions, des opérations de transport de Civelles sur le haut du bassin versant sont testées, afin d'accélérer la colonisation sur des zones actuellement désertées par l'Anguille.
Sur une petite rivière du Finistère, la rivière de Pont-l'Abbé, une passe-piège installée depuis 2001, au pied d'un grand barrage qui bloquait toute migration des Anguilles, a permis de faire transiter plus de 6 000 Anguilles en amont.