Il est difficile d'évaluer le linéaire bocager breton car la plupart des études sont locales ou souvent menées lors de programmes de plantations. Et si on sait comptabiliser les haies plantées, on ne sait rien de celles qui continuent de disparaître.
Types de haies
La dernière enquête statistique menée en 1997 par la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt de Bretagne estimait le linéaire bocager breton à 251 000 kilomètres [1]. Menée par sondage, cette enquête a permis de collecter des informations sur un échantillon de 1 600 carrés de 9 hectares régulièrement répartis sur l'ensemble de la Bretagne. Le linéaire bocager obtenu est la somme les différents types de haie inventoriés : talus nu, arbres sans et avec taillis, taillis sans et avec arbres épars, haie ajourée, basse et ornementale.
Cette enquête révèle que 40 % de la Bretagne sont couverts, en 1997, d'un maillage où « l'enclos moyen » est inférieur à 4 hectares. Ces paysages, fréquents à l'ouest d'une ligne Saint-Brieuc/Lorient et à l'est du Couesnon, caractérisent les sols granitiques les moins fertiles mais les plus arrosés. Ce maillage bocager a souvent pour vocation de protéger les animaux d'élevage et de fournir du bois. Dans les zones de terres herbagères, le maillage perdure encore, mais sous la menace de l'enfrichement.
Evolution du bocage
Toujours en 1997, 28 % du territoire régional possèdent une maille bocagère moyenne comprise entre 4 et 10 hectares. Cela concerne une bonne part des plaines schisteuses à relief doux, aux sols plus fertiles et donc plus favorables à la culture. Les haies basses sont largement présentes dans le sud du Finistère tandis qu'ailleurs, les arbres dominent. Les 33 % de la surface bretonne restant affichent des territoires avec moins de 35 mètres de linéaire de haies et de talus par hectare (haies très ajourées), soit une maille moyenne de plus de 10 hectares. Depuis cette étude, le maintien du bocage a été soutenu dans chaque département breton, par des politiques de plantation de haies et de bosquets ainsi que la construction de talus.
Historique
Il faut remonter à l'âge de pierre pour observer, sur le littoral morbihannais, les premiers talus de terre de 50 cm de haut. Dès lors, la régression de la forêt et l'émergence d'un maillage bocager liant des îlots cultivés sont en marche. La « bocagisation » armoricaine débute vraiment aux derniers siècles du Moyen-Âge. Avant le XVe siècle, elle reste progressive ; la haie, large bande forestière, délimite souvent deux paroisses ou deux seigneuries. Avec l'époque moderne, tout s'accélère et plus particulièrement à la fin du XIXe siècle, quand l'utilisation d'engrais permet enfin la conquête des dernières landes et leur mise en culture. L'apogée de la couverture bocagère bretonne se situe probablement autour de 1950.
Erosion
A partir des années 1960, la modernisation des techniques agricoles, en particulier l'augmentation de la taille des engins, change le regard porté sur les haies bocagères : elles deviennent des obstacles dans des parcelles trop petites. Depuis cette époque, plus des deux tiers des talus et taillis ont été supprimés. Dans les secteurs de grande culture et d'élevage hors-sol, l'abandon de la pâture a provoqué la disparition du maillage. En revanche, là où l'alliance culture/pâturage demeure, le maillage s'est seulement élargi : 30 à 50 % des haies y ont été supprimées.
Dans les années 1970, les crues dévastatrices dans les zones remembrées, l'augmentation des dégâts causés par des tempêtes et la raréfaction de certaines espèces animales et végétales alertent l'opinion publique. Un aménagement raisonné du territoire se met alors en place et de nombreuses politiques de plantation et d'entretien voient le jour dans les quatre départements bretons.