La nuit du 15 au 16 octobre 1987, un ouragan a traversé la Bretagne avec des vents dépassant localement 200 km/h. Il a ravagé les forêts sur une bande de 120 km de large, orientée sud - sud-ouest/nord - nord-est. Le volume de chablis a été estimé à 6,5 millions de m3, soit plus de 20 % du volume régional sur pied ! Douze ans plus tard, en 1999, une deuxième tempête a sévi. Elle a, cette fois, affecté tout le pays. Occasionnant moins de dégâts en Bretagne que dans le reste de la France, sauf dans le nord de l’Ille-et-Vilaine et dans une moindre mesure en Côtes d’Armor, il y eut tout de même 269 000 m3 de bois sinistré, dont une bonne part dans les vieilles hêtraies de la forêt domaniale de Fougères.
Chenille processionnaireEtant une péninsule, la Bretagne est particulièrement exposée aux tempêtes océaniques dont on sait, par ailleurs, que la fréquence risque d’augmenter avec le réchauffement climatique.
Scénario classique : les accidents climatiques d'une telle ampleur qui maintiennent sur place bois morts et arbres cassés, sont souvent suivis par des attaques d'insectes et de champignons opportunistes. Si aujourd’hui la situation phytosanitaire de la forêt en Bretagne s’est globalement assainie, il n’en subsiste pas moins que
des ravageurs, comme la chenille processionnaire du pin sont toujours actifs.
Mais, il n’y a pas que les petites bêtes qui peuvent menacer les arbres. Lorsqu’ils sont présents en trop grand nombre, les grands mammifères comme le Cerf élaphe et le Chevreuil déstabilisent l’équilibre sylvo-cynégétique, et perturbent les activités sylvicoles. Bien qu’en Bretagne la population de Cerf élaphe reste modeste, sa présence est problématique dans les forêts de Loudéac, la Hardouinais, Paimpont et Lanouée. C’est le cas en particulier dans ces deux derniers massifs où la population de Cerfs est la plus importante et où aucun reboisement ne peut être envisagé sans être enclos. La population de Chevreuils en Bretagne a également atteint un niveau préoccupant pour les boisements, malgré des plans de chasse importants.
La forêt privée confrontée à la pression sociale
Autre problème dans la région, la surface des forêts domaniales dont les missions sont, entre autres, d’accueillir le public est l’une des plus faibles de France ; les Bretons doivent se contenter 106 ha pour 1 000 habitants contre une moyenne nationale de 260 ha. De ce fait, les espaces boisés sont soumis à une forte pression de fréquentation du public, en particulier pendant la saison estivale et à l’époque des champignons. Le public a une tendance naturelle à se replier vers les forêts privées, ce qui peut créer des conflits d’usage.
Carte de la sensibilité des espaces boisés aux incendiesCette forte fréquentation, si elle ne s’accompagne pas d’un minimum de précautions, peut notamment augmenter les risques d’incendies. Ce sont surtout des feux de clairières et de landes associées aux massifs forestiers qui ont lieu dans la région, menaçant indirectement la forêt. Les pins maritimes sont les plus sensibles, du fait de la présence fréquente d'ajoncs, de genêts et de bruyères. Ce type de sous-bois prend feu facilement, en particulier en début de printemps, quand la végétation est encore sèche.
La Bretagne est loin des tristes records du sud de la France. Au cours des quinze dernières années, les plus grandes pertes ont eu lieu en 1989 ; 600 hectares de bois ainsi que 1 769 ha de landes sont partis en fumée. La surface moyenne incendiée chaque année par feu a fortement diminué pour atteindre une dizaine d'hectares par an. En 2005, 140 feux ont consumés 108 ha de forêt et 311 ha de landes [
1].