La réglementation
En France, toutes les espèces de chauves-souris sont protégées par l'arrêté ministériel du 17 avril 1981. La Directive Habitats du 21 mai 1992 reprend la totalité des chiroptères, soit en annexe II, pour les espèces menacées, soit en annexe IV, pour celles dont le statut reste à préciser ou à surveiller. En Bretagne, 7 des 20 espèces présentes sont inscrites à l'annexe II de cette Directive. Il s'agît des Grand et Petit Rhinolophes, du Grand Murin, du Murin à oreilles échancrées, du Murin de Bechstein, de la Barbastelle et du Minioptère de Schreibers.
La Convention de Berne (conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe) du 1er septembre 1982 et celle de Bonn (conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage) du 24 juin 1982 ont été ratifiées par la France en 1989. Dans la Convention de Berne, toutes les espèces de microchiroptères (annexe II) sont protégées , sauf la Pipistrelle commune qui fait l'objet d'une protection moins stricte (annexe III). La Convention de Bonn protège tous les Rhinolophidés (Grand et Petit Rhinolophes) et les Vespertilionidés (Barbastelle, Sérotine) depuis octobre 1985. Dans le cadre de cette Convention, il existe depuis 1991 un accord sur la protection des chauves-souris d'Europe (Bat agreement). Il oblige les états signataires à :
- interdire la destruction, la détention et la capture des chauves-souris,
- inventorier et protéger les sites les plus importants pour la conservation des chauves-souris, et en particulier les zones de chasse,
- mandater un organisme pour les campagnes de sensibilisation et d'information,
- mettre en oeuvre toutes les mesures pour la sauvegarde des espèces les plus menacées (notamment, en soutenant les programmes de recherche internationaux qui portent sur la conservation des espèces menacées),
- s'efforcer de remplacer les pesticides et les produits chimiques de traitement du bois hautement toxiques par des substituts moins dangereux.
Des contrats Nature pour le Grand et le Petit Rhinolophes
Etude des chauves-souris par radio-pistage
Pour protéger efficacement les chauves-souris, il est nécessaire de mieux comprendre leur comportement au cours de l'année et leurs interactions avec les milieux où elles vivent. Hiver comme été, des chiroptérologues les observent. Ils comptent les animaux en hivernage dans les cavités, et les femelles quittant les gîtes de reproduction pour aller chasser à la tombée de la nuit.
Depuis peu, les scientifiques utilisent le radio-pistage pour suivre les individus sur leur terrain de chasse. Ils étudient aussi les déjections des animaux pour déterminer leur régime alimentaire.
En Bretagne, le Grand et le Petit Rhinolophes bénéficient d'actions de sauvegarde spécifiques grâce à deux Contrats Nature. Celui sur le Grand Rhinolophe concerne la rade de Brest et s'articule autour de six volets :
- les suivis des colonies de reproduction et d'hivernage,
- la sécurisation de gîtes d'hivernage existants (grilles), la création de nouveaux gîtes pour l'hivernage et la reproduction,
- l'étude d'un gîte-témoin, comprenant notamment l'acquisition de matériel de vidéosurveillance pour observer une colonie de reproduction,
- la campagne "droit d'asile pour le Grand Rhinolophe dans les églises et les bâtiments publics", pour réouvrir des combles d'églises ayant été fermés à l'aide de grillage anti-pigeons, et ainsi renforcer le réseau de gîtes potentiels,
- la sensibilisation : la création et la diffusion d'une affiche et d'une plaquette "sauvons le Grand Rhinolophe en Basse-Bretagne", des animations, la participation à des colloques, des rencontres, la création d'un site internet, etc.
- les synthèses scientifiques et la formation : l'organisation d'un stage sur les "méthodes d'étude des populations de Grands Rhinolophes", avec le Vincent wildlife trust (VWT), la visite des sites du VWT en Angleterre, la rédaction de deux synthèses publiées au niveau national, l'une sur les traitements des charpentes et les chauves-souris, l'autre sur les traitements antiparasitaires du bétail et les incidences sur les insectes coprophages et indirectement sur les Grands Rhinolophes.
Le Contrat Nature sur le Petit Rhinolophe concerne, quant à lui, les Côtes d'Armor, le Morbihan, l'Ille-et-Vilaine et les marges orientales du Finistère. Il est mené en partenariat avec le Conseil régional de Bretagne, l'Université de Rennes 1, les gestionnaires des espaces utilisés par cette chauve-souris et les collectivités locales. Ce programme a pour objectifs de :
- préciser les connaissances sur l'état des populations et la biologie de cette espèce en Bretagne. Ce volet comprend notamment le suivi des colonies de reproduction, la cartographie des habitats, l'étude des terrains de chasse ainsi que l'analyse génétique des populations, en partenariat avec l'Université de Rennes 1.
- mettre en oeuvre des actions cohérentes de conservation des gîtes et des habitats utilisés en protégeant les gîtes et en élaborant des préconisations de gestion.
- sensibiliser le public et les acteurs à la nécessité de sa protection. Ce dernier objectif repose, outre l'élaboration de documents techniques, sur l'édition d'une affiche, d'une exposition et d'une plaquette d'information.
Faciliter le passage des chauves-souris
De plus en plus, des expertises chiroptérologiques sont menées préalablement à l'implantation de projets routiers ou d'éoliennes. Il existe plusieurs solutions de protection physique des chauves-souris ; soit des grilles à barreaux horizontaux, posées à l'entrée de gîtes d'hivernage, afin d'empêcher les dérangements par le public, tout en permettant le passage des chauves-souris ; soit des ouvertures ajoutées aux portes de souterrains, aux porches d'église ou aux toitures ("chiroptières").
Chiroptière
Parfois, ces protections physiques ne suffisent pas et des mesures réglementaires ou contractuelles viennent les renforcer. Pour certaines églises, les préfets prononcent des arrêtés préfectoraux de protection de biotope. Ceux-ci réglementent les activités autorisées sur les combles où se reproduit la colonie, ainsi que les périodes d'intervention possibles. Il existe aujourd'hui 25 arrêtés préfectoraux en Bretagne concernant les chauves-souris.
Dans les sites bâtis ou souterrains, des conventions sont signées avec les propriétaires, par lesquelles ces derniers s'engagent à ne pas modifier les gîtes, et autorisent les scientifiques à procéder aux suivis des animaux et à poser des grilles de protection.
A ce jour, 66 sites à chauves-souris sont protégés d'une manière réglementaire ou contractuelle en Bretagne par le Groupe mammalogique breton et Bretagne vivante. La quasi totalité des colonies de reproduction de Grands Murins (Myotis myotis) et de Grands rhinolophes de Bretagne est protégée. L'essentiel des colonies de reproduction de Grands Murins et de Grands rhinolophes de Bretagne est aujourd'hui protégé.
Le réseau "SVP chauves-souris"
Sensibilisation sur les chauves-souris Les chauves-souris sont souvent méconnues, voire subissent les effets d'une image négative. Pour mieux les faire connaître, des animations et des expositions sont régulièrement organisées, notamment dans le cadre de la Nuit européenne de la Chauve-souris qui se tient chaque année, le dernier samedi d'août. Dans le même esprit, l'abbaye Saint-Maurice (Finistère) propose, depuis juin 2004, d'observer, grâce à des caméras infra rouge, toutes les étapes de la vie d'une colonie de grands Rhinolophes qui a élu domicile dans le grenier du Logis de l'Abbé. Le Conservatoire du littoral et des rivages lacustres auquel l'abbaye appartient, et la commune de Clohars-Carnoët qui la gère démontrent ainsi qu'il est possible de cohabiter avec des chauves-souris. Et pour les particuliers qui rencontrent des problèmes avec ces mammifères volants, il existe le réseau «SVP chauves-souris ». Celui-ci est animé par le Groupe mammalogique breton sur la Basse Bretagne (Tel. 02-98-68-86-33), et par Bretagne vivante sur la Haute Bretagne (Tel. 02-98-49-07-18).