RivièreUne rivière, ce n’est pas juste de l’eau qui coule entre deux berges. Tout commence souvent discrètement, sous la forme de plusieurs rus et ruisseaux plus ou moins permanents, pour se terminer par un estuaire, à l’embouchure avec la mer. Entre ces deux extrémités que se passe-t-il ? La rivière va parcourir un territoire, le
bassin versant. L’emprise humaine sur ce territoire, et donc le degré d’artificialisation du cours d’eau, déterminera fortement la qualité de ses eaux et sa biodiversité. Car en s’écoulant, la rivière récupère toutes les eaux du bassin versant…mais aussi ce qu’elles contiennent ! C’est-à-dire des éléments chimiques, des particules plus ou moins grosses, des organismes biologiques… bref tout ce que l’eau peut entraîner ou recevoir lors de ses interactions avec les milieux naturels ou artificiels.
La rivière est donc un réceptacle et, en fonction de son étendue, de ses caractéristiques, elle filtre plus ou moins ce qu’elle contient. Une partie des éléments nutritifs et des polluants est ainsi recyclée dans l’eau ou piégée dans les sédiments ; le reste est rejeté à la mer, influençant fortement la qualité des eaux littorales. Les cours d’eau recyclent aussi la matière. Ils trient les sédiments depuis les plus grossiers en amont lorsque les eaux sont vives, jusqu’aux plus fins en aval là où la vitesse de l’eau ralentit.
Ces mécanismes naturels sont nécessaires au bon fonctionnement des rivières ; ils participent de leur capacité d’auto-épuration. Ils s’expriment d’autant plus dans des cours d’eau suffisamment long où ils ont le temps de se mettre en place. La capacité de recyclage d’une rivière dépend aussi de son fonctionnement écologique, notamment lors de la transformation de la matière au sein de la chaîne alimentaire. Ce recyclage ne peut s’exercer que si les cours d’eau conservent l’intégrité de leurs caractères physiques, qu’il s’agisse de la pente entre l’amont et l’aval, ou de la nature des berges et plus précisément de la relation entre le lit mineur et le lit majeur. Les échanges entre la nappe souterraine et la partie superficielle de la rivière sont également cruciaux pour soutenir les débits d’étiage lorsque la ressource en eau s’amenuise.
Beaucoup de rivières en contact direct avec la mer
TaconCe sont ces mêmes mécanismes physico-chimiques qui permettent aux cours d’eau d’offrir des habitats variés à l’origine d’une grande biodiversité. En Bretagne, les rivières abritent notamment une flore et une faune dont certaines espèces ont une haute valeur patrimoniale, d’autres peuvent être envahissantes (jussies, élodées, Renouée du Japon, etc.), d’autres encore sont potentiellement nuisibles - y compris pour la santé humaine (
cyanobactéries).
S’il y a bien une particularité qui rend les rivières bretonnes remarquables, c’est leur contact direct quasi systématique avec la mer. Il existe de nombreux petits fleuves côtiers le long des 2 730 km de côte régionale. L’influence marine peut même se faire sentir très loin dans les terres ; avant la création du barrage d’Arzal sur la Vilaine, la marée remontait jusqu’à Redon située à plus de 35 km de l’embouchure. Ce lien fort avec la mer explique que la région abrite le plus grand nombre de poissons migrateurs en France, au point d’être devenue un « conservatoire » pour ces espèces. Toutes sont considérées vulnérables dans le livre rouge des espèces menacées de poissons d'eau douce de France ; elles sont protégées par la réglementation nationale et européenne.
Beaucoup d’attentes gravitent autour des rivières car elles sont déterminantes dans l’aménagement du territoire. La qualité et une quantité d’eau suffisante sont indispensables au maintien d’écosystèmes riches et diversifiés, mais également à la production d’eau potable, aux prélèvements d’eau destinés à l’industrie, à l’agriculture et à l’hydroélectricité. En Bretagne, 80 % de l’eau est prélevée en surface car il existe peu de ressources souterraines facilement exploitables. A ces usages, dont la concurrence peut devenir critique en période estivale, s’ajoutent la navigation sur les 371 km de canaux (Nantes-Brest et d’Ille-et-Rance) et l’accueil d’activités de loisirs comme la pêche et le nautisme. Dans une région où l’emprise humaine est forte, concilier ces usages tout en atteignant un bon état écologique des cours d’eau à l’horizon 2015, tel qu’il est défini par la directive cadre sur l’Eau, constitue un véritable enjeu.