Plus de la moitié des 30 000 km de rivières bretonnes subissent des dégradations écologiques à cause des activités humaines qui exercent des pressions globalement importantes sur le territoire régional. Elles ont un impact sur la biodiversité des milieux aquatiques mais aussi sur la qualité de l’eau, compromettant ses différents usages.
Colmatage des cours d'eau bretonsLe colmatage des lits de rivière est l’une des principales causes de dégradation des cours d’eau en Bretagne. Il trouve son origine d’une part dans la transformation du paysage rural à partir des années 1960-70, époque au cours de laquelle
les haies, talus et zones végétales en bordure de rivière ont été massivement supprimées, d’autre part dans
le changement des pratiques agronomiques amorcés à la même période. Ces deux phénomènes ont amené à une situation qui aujourd’hui favorise le ruissellement de l’eau de pluie et l’érosion des sols.
La perturbation qui s’ensuit est à la fois physique et chimique. Le bassin versant ne joue plus son rôle de « filtre naturel » : les particules de terre et les molécules (phosphore, pesticides) qu’elles emportent ne sont plus déposées au gré des barrières rencontrées dans le paysage et recyclées par les sols, mais désormais transférées directement dans les cours d’eau. Elles colmatent leurs lits et polluent l’eau, la rendant impropre à la vie de nombreuses espèces [1] et à la production d’eau potable.
Etat du lit majeur des cours d'eau bretonsLes travaux hydrauliques (recalibrage des petits cours d’eau, création de fossés de drainage, etc.), menés surtout dans les années 1980, ont également joué un rôle important dans la dégradation générale des rivières bretonnes dont elles ont modifié l’intégrité physique. Comme le colmatage des lits, ces travaux sont d’autant plus préjudiciables pour la qualité de l’eau en Bretagne qu’ils concernent de nombreux petits cours d’eau. Ces derniers représentent l’essentiel du réseau hydrographique régional et sont très sensibles à toute modification.
Ce type de travaux a une incidence piscicole importante en détruisant les zones où plusieurs espèces (Saumon, Truite, Chabot et Lamproie) se reproduisent et grossissent. Ils mettent également en péril de nombreuses espèces d’invertébrés d’eau douce (plécoptères, trichoptères, éphéméroptères). Moins médiatisés que les pollutions, ces travaux sont néanmoins bien plus pernicieux car difficilement réversibles : il faut plusieurs siècles voire plusieurs milliers d’années pour qu’une rivière recalibrée ou dont le tracé a été rectifié retrouve un état naturel. Fortement réglementés aujourd’hui, ces travaux sont encore illégalement effectués de nos jours comme le montre le bilan de l’action de la police de l’eau de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques : ils représentent le premier type de délits verbalisés juste devant les pollutions.
La pollution de l’eau
Ces travaux hydrauliques ont considérablement modifié les capacités auto-épuratrices des bassins versants et des cours d’eau ; amplifiant ainsi l’impact des pollutions chroniques et accidentelles, ils contribuent à altérer la qualité de l’eau. Aujourd’hui, la pollution de l’eau est en grande partie liées aux fertilisations par des engrais minéraux (azote, phosphore) ou des apports organiques (déjections issues des élevages), à l’emploi de produits phytosanitaires - dont une bonne partie est soluble mais se dégrade peu ou lentement dans le milieu naturel, et enfin à des rejets urbains ou industriels persistants.
Poissons mortsCes pollutions altèrent la biodiversité à tous les échelons de la chaîne alimentaire : on peut leur associer la disparition des espèces les plus exigeantes comme la Truite ou le Saumon. On retrouve même dans le milieu naturel la trace de molécules bien des années après la fin de leur utilisation comme l’a montré une
étude sur des cadavres de loutres.
Si les rejets liés aux activités humaines ne sont pas tous toxiques, ils peuvent néanmoins perturber fortement les milieux aquatiques en provoquant leur eutrophisation. Ce phénomène d’enrichissement excessif en éléments nutritifs se traduit par des proliférations de phytoplancton dont certaines espèces comme les cyanobactéries menacent potentiellement la santé humaine et animale.
L’eutrophisation est accentuée par la présence de barrages qui interrompent l’écoulement naturel des rivières. En Bretagne, on compte aujourd’hui 27 barrages-réservoirs de plus de 500 000 m3 destinés à produire de l’eau potable et/ou de l’électricité. En cloisonnant les cours d’eau, ils introduisent de fortes perturbations, en particulier pour les espèces de poissons migrateurs qui, par définition, ont besoin de circuler librement. Ces barrages ont contribué fortement à la régression des populations de grands migrateurs et contrôlent, encore aujourd’hui, la colonisation des bassins versants par ces espèces.
Enfin, si les rivières bretonnes subissent peu, pour l’instant, de pressions naturelles, la situation pourrait bien changer avec le réchauffement climatique, et ceci d’autant plus si les prélèvements d’eau destinés aux activités humaines augmentent au point de menacer l’équilibre écologique des milieux aquatiques. La plupart des bassins versants bretons sont peu étendus et de nombreux cours d’eau, notamment les fleuves côtiers, sont isolés du réseau hydrographique. Peu d’espèces de poissons dans la région sont adaptées à ces conditions nouvelles et se trouvent de ce fait menacées.