Si elles étaient mises bout à bout, les rivières bretonnes atteindraient une longueur totale d’environ 30 000 km. Elles forment un réseau hydrographique dense car le sous-sol régional est surtout constitué de roches cristallines imperméables favorisant le ruissellement au détriment de l’infiltration. De façon schématique, il existe une nette différence entre les rivières de l’est et celles de l’ouest de la Bretagne. A l’ouest, bouillonnent des eaux fraîches et bien oxygénées alors qu’à l’est, les rivières s’écoulent paresseusement laissant le temps à l’eau de se réchauffer.
Partage des eaux dans les principaux bassins versants en BretagneComment expliquer ce contraste ? Par la nature des roches sur lesquelles elles s’écoulent, le relief et le climat. A l’ouest, elles dévalent des pentes raides, leurs débits sont soutenus toute l’année par des pluies régulières et par une restitution, en été, de l’eau stockée dans les
arènes granitiques. Au contraire, en Ille-et-Vilaine et en Morbihan, la pluviométrie est moindre et le paysage moins accidenté ; les débits estivaux des rivières peuvent baisser de façon importante jusqu’à des
étiages sévères.
La Bretagne a aussi pour particularité d’être dotée de petits cours d’eau. En dehors de la Vilaine qui s’étire sur plus de 218 km rien qu’en Bretagne - elle prend sa source en Mayenne, les rivières ne dépassent pas 100 km pour la plupart, en particulier à l’ouest, et leurs bassins versants sont plutôt peu étendus. De nombreux petits fleuves côtiers se jettent directement à la mer et sont isolés du reste du réseau hydrographique. Cet isolement et la faible taille des bassins versants ont un impact écologique important en particulier sur la faune piscicole car ils rendent les milieux aquatiques bretons particulièrement sensibles aux variations climatiques. Ils sont d’ailleurs actuellement en cours de recolonisation par la faune piscicole à la suite d’extinctions importantes lors de la dernière glaciation, il y a environ 20 000 ans.
Les poissons et la Loutre d’Europe, des témoins de l’« état de santé » des rivières
De part la variété de ses milieux aquatiques, la Bretagne est une terre de prédilection pour de nombreuses espèces végétales et animales. Le contraste physique est/ouest se traduit par des différences écologiques marquées. A l’ouest, dominent la Renoncule en pinceau, la Truite fario, le Chabot, le Vairon et la Loche franche. Tous apprécient le courant, une eau fraîche et bien oxygénée. A l’est, on trouve plutôt des espèces caractéristiques de milieux plus calmes et plus chauds en été : les myriophylles, cornifles et nénuphars pour les plantes aquatiques, le Chevesne, le Goujon, le Gardon et la Perche pour les poissons.
Pêche électriqueLa répartition actuelle des différentes espèces est le résultat d’une sélection qui n’a retenu que les plus aptes à coloniser chaque type de milieu. La moindre modification physique ou chimique de ces milieux rejaillit inévitablement sur leurs peuplements. C’est ce qui a conduit les scientifiques à utiliser l’évolution des poissons pour suivre l’ « état de santé » des rivières en Bretagne. L’
Office national de l’eau et des milieux aquatiques utilise ainsi depuis 1990 le
réseau hydrobiologique et piscicole.
Alors qu’à l’ouest de la région, le maintien de la Truite de mer, du Chabot et de la Lamproie prouve que la plupart des habitats et des fonds de vallées ont conservé leur intégrité ; à l’est, la régression voire la disparition des espèces les plus sensibles (Chabot, Lamproie de Planer, etc.) indiquent que les milieux aquatiques sont dégradés. Pourquoi ? Parce que dans les années 1960-80, l’intensification agricole s’est souvent accompagnée d’une transformation du paysage rural, de changements de pratiques agronomiques et de travaux hydrauliques qui ont fortement altéré la qualité de l’eau et des écosystèmes aquatiques.
La Loutre d’Europe, un mammifère semi-aquatique, peut également apporter des informations sur l’état des rivières. Carnivore, l’espèce se situe en bout de chaîne alimentaire ce qui lui confère la propriété d’accumuler les polluants chimiques intégrés aux maillons précédents de la chaîne. L’analyse de ses tissus peut ainsi fournir des indications sur la pollution des cours d’eau et sur la contamination des organismes qui y vivent. L'analyse de 14 loutres victimes de collisions routières en Bretagne, entre 1987 et 1995, a notamment mis en évidence la présence dans le foie des animaux de métaux lourds (mercure, cadmium, chrome), de polychlorobiphényles, et de dieldrine (un insecticide interdit depuis 1972). Ces polluants peuvent atteindre les fonctions vitales de la Loutre (reproduction, système immunitaire, troubles neurologiques, etc.), mais aussi diminuer ses ressources alimentaires.